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Quelle est cette jolie graminée qui pousse le long des routes?

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Phragmite envahissant en août.

C’est le roseau ou phragmite commun (Phragmites australis). D’ailleurs, plusieurs jardiniers le trouvent si joli quand il porte ses beaux panaches gris à l’automne et l’hiver qu’ils en déterrent pour les rapporter chez eux. Mais malheur à ceux qui le font: c’est une plante incroyablement envahissante grâce à des rhizomes traçants très nombreux et très denses. Bientôt vous n’aurez plus que du phragmite chez vous, car il étouffe essentiellement tous les végétaux environnants! Et il est très difficile à éliminer.

On le voit souvent dans les fossés le long des routes, dans les marécages et près des cours d’eau, car le phragmite préfère une bonne humidité. Il peut même pousser dans jusqu’à 1 m d’eau. Sa tolérance des sols salins et les eaux saumâtres est excellente. Une fois établi dans un coin humide, par contre, il part à la conquête des terrains plus secs avoisinants, notamment les champs des agriculteurs.

Un immigré illégal

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Phragmite envahissant à l’automne.

Le phragmite à craindre est la forme européenne (P. australis subsp. australis), appelé souvent phragmite envahissant. On croit qu’il fut introduit accidentellement en divers sites côtiers au Canada et aux États-Unis au début du 20e siècle (1916 au Québec), apporté dans le ballast des bateaux. Le phragmite envahissant recouvre désormais des milliers de kilomètres carrés dans son continent d’adoption, de la Colombie-Britannique à l’ouest jusqu’à Terre-Neuve dans l’est et de la Floride au sud jusqu’au Québec au nord. La plus grande concentration est toutefois dans la région des Grands Lacs et dans la vallée du Saint-Laurent ainsi qu’en Nouvelle-Angleterre.

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Rhizome de phragmite.

On le distingue de la forme nord-américaine par sa croissance extrêmement dense, avec jusqu’à 200 tiges par mètre carré, tellement qu’elle ne laisse pas de place aux autres végétaux et forme ainsi une monoculture qui rebute la faune indigène. Aussi, il peut atteindre jusqu’à 5 m de hauteur, étouffant tout sauf les arbres déjà grands dans le secteur. Et ses racines sont allélopathiques: ils dégagent des produits toxiques pour mieux éliminer leurs compétiteurs. Enfin, il s’étend rapidement par rhizomes souterrains qui peuvent, dans certains cas, descendre jusqu’à 9 m dans le sol et sont alors essentiellement inextirpables.

Autre problème, il assèche les milieux où il pousse et constitue alors une menace pour les marécages et autres milieux humides.

«En termes de compétiteur végétal, c’est probablement l’une des plantes les plus envahissantes», confirme Claude Lavoie, biologiste, professeur à l’Université Laval et membre d’un groupe de recherche sur les phragmites, dans un article du journal Le Soleil.

La sous-espèce indigène

Le phragmite nord-américain, P. australis americana, est beaucoup plus rare et on craint même sa disparition si la compétition avec le phragmite envahissant se maintient. Il ne forme pas le peuplement dense, mais pousse plutôt çà et là à travers d’autres végétaux, donnant un milieu où la vie sauvage foisonne. Il produit peu de rhizomes et reste plus ou moins à sa place. Enfin, il atteint rarement plus de 2 m de hauteur.

Des remplaçants de bon aloi

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Les miscanthus (ici Miscanthus sinensis ‘Purpurascens’) peuvent ressembler aux phragmites par leur taille et leur forme générale, mais poussent en touffe: jamais vous ne voyez des rhizomes vagabonds à leur pied.

Si vous voulez planter de belles graminées aux panaches hivernaux attrayants, voici quelques suggestions: Des graminées ornementales qui restent à leur place. Cet article vous aidera à choisir des variétés qui vont rester à leur place.

Contrôle

C’est trop tard et cette plante commence à envahir votre terrain? Oubliez les herbicides: ceux qui sont disponibles au grand public ne donnent pas de résultats intéressants sur le phragmite commun. Vous pouvez essayer de le faucher fréquemment, ce qui devrait théoriquement l’affaiblir, mais en fait, la plupart des essais à ce niveau ont été infructueux: il repousse, tout simplement. Le brûler ne s’est pas montré trop efficace (il faut le refaire pendant au moins trois années)… et est illégal de le faire dans plusieurs municipalités. Aussi, on peut utiliser le bétail pour le contrôler (les chèvres seraient particulièrement efficaces), mais ce n’est pas toujours possible en ville.

Si vous essayez de le déterrer (bonne chance!), surtout, ne jetez pas les rhizomes sur un terrain vague: vous ne ferez qu’étendre le problème. Et il ne faut pas non plus les mettre dans le compost de peur qu’ils survivent au compostage. Jetez-les aux rebuts, voilà tout.

Il ne faut pas espérer non plus que le phragmite s’épuisera de son propre accord. Certaines colonies sont plus de centenaires et ne montrent aucun signe de vouloir disparaître.

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Une bâche noire peut tuer le phragmite.

La méthode qui s’est montrée la plus efficace sur les terrains privés est, jusqu’ici, le bâchage: vous le fauchez au printemps et puis vous couvrez le sol de tout le secteur (bien au-delà de la zone infestée, sinon des rhizomes vagabonds auront vite fait de sortir de la partie recouverte) d’une toile noire que vous fixez en place avec des pierres ou des briques. Laissez-la en place pendant une année au complet: sans lumière, même un phragmite, qui dépend entièrement de la lumière solaire pour son énergie, va s’épuiser et mourir. Si, après un an, il y a encore quelques repousses, remettez la toile pendant encore un an.

Après, vous pouvez planter d’autres végétaux (moins envahissants, j’espère!) ou laisser la végétation naturelle se réinstaller. Des expériences révèlent que, dès que le phragmite est éliminé, les espèces indigènes reviennent au galop.

Enfin, si vous en avez chez vous, informez votre municipalité. Plusieurs ont des programmes de contrôle du phragmite et peuvent peut-être vous aider.

Article publié sur ce blogue pour la première fois le 27 octobre 2015.

Étiquettes + Phragmites australis, Phragmite envahissant, Phragmite commun, Phragmite américain, Roseau commun


commentaire sur "Quelle est cette jolie graminée qui pousse le long des routes?"

  1. C’est toujours intéressant de vous lire , merci…!

  2. Si j’en avais chez moi, ce qui n’est pas le cas présentement, est-ce qu’installer une vieille toile de piscine dessus peut faire l’affaire ?

  3. Marthe lessard dit :

    Bonjour, y a t’il aussi des semences qui peux être problématique ou seulement les rhizomes qui sont très envahissants ?

  4. Cette plante s’établit rarement par semences, qui sont un moyen de multiplication secondaire pour cette plante. D’ailleurs, il faut un été long et chaud pour leur les semences murissent correctement. Autrement, leur viabilité est faible.

  5. Françoise dit :

    Il y en avait beaucoup le long de la rive, j’ai alors vaporisé du RoundUp et le problème a été résolu. La rive est maintenant recouverte de vignes sauvages.

  6. Pierre Mathieu dit :

    Le lien pour les graminées qui restent à leur place ne fonctionne pas. Voici le bon lien :
    https://jardinierparesseux.com/2022/08/17/des-graminees-ornementales-qui-restent-a-leur-place/

  7. J.J. dit :

    Problème récurrent avec les espèces “importées”. À ma connaissance, en France le phragmite ne fait pas partie des plantes envahissantes et se contente de prospérer normalement dans les zones humides.
    Un emploi possible peut être (comme le miscanthus), après broyage, l’utiliser comme litière dans les élevages de bétail, ou comme combustible (biomasse), une façon de le rendre utile..
    Il existe en France, un petit oiseau, une fauvette aquatique : le Phragmite des joncs ( Acrocephalus schoenobaenus).

  8. Josée dit :

    Malheureusement, le lien qui mène aux graminées qui restent à leur place ne fonctionne pas.

  9. CLEMOT dit :

    Oui en effet et c’est bien dommage!…

  10. celadon7 dit :

    Phragmite tu as le bonjour de renouée du Japon , et jussie .

  11. jenny dit :

    Témoignage de prêt
    Bonjour
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