Par Larry Hodgson
Je sais que vous attendiez ça avec impatience: la floraison de la première mauvaise herbe du printemps!
Oui, la toute première indésirable à fleurir dans de nombreux jardins et, en fait, dans à peu près n’importe quel environnement, car la plante n’est certainement pas limitée aux zones cultivées, est le tussilage (Tussilago farfara), originaire d’Europe et d’Asie occidentale, mais maintenant bien établi comme une mauvaise herbe nuisible dans de nombreuses régions du monde.
Beaucoup de gens, même peut-être la plupart, le confondent avec un pissenlit. Et en effet, les inflorescences jaunes ressemblent certainement beaucoup à des fleurs de pissenlit, mais il y a une énorme différence. Où sont les feuilles? Les pissenlits (Taraxacum officinale) produisent d’abord une rosette de feuilles dentées, puis les grappes de fleurs surgissent du centre de la rosette. Le tussilage semble sans feuilles quand il fleurit. Les grandes feuilles larges, ne ressemblant nullement aux feuilles du pissenlit, apparaissent plus tardivement.
Les Romains l’appelaient Filius ante patrem (fils avant le père) pour cette curieuse habitude de fleurir bien avant la feuillaison.
Par contre, la plante fleurie n’est pas tout à fait libre de feuilles. Les petites écailles qui recouvrent les tiges des fleurs sont en fait de minuscules feuilles. Ainsi, lorsqu’il fleurit, le tussilage n’est pas aussi dépourvu de feuilles qu’il n’y paraît.
Ce ne sont pas seulement les fleurs jaune vif qui ressemblent à des fleurs de pissenlit. Après avoir fini de fleurir, la tête florale porte également des akènes munis d’aigrettes plumeuses blanches comme celles d’un pissenlit. Ajoutez à cela le fait que les deux plantes appartiennent à la même famille, les Astéracées, et vous avez certainement un potentiel de confusion.
Deux plantes différentes?
Les mêmes gens qui prennent les fleurs pour celles d’un pissenlit sont généralement confondus quand le feuillage sort un mois ou plus plus tard: ils pensent que les feuilles, plus ou moins en forme de cœur, relèvent d’une autre plante et ne font pas d’association avec la plante à fleurs jaunes du printemps.
À cette étape, il est facile de confondre le tussilage avec le pétasite hybride (Petasites hybridus), une autre plante envahissante courante, du moins en Europe (on le trouve rarement en Amérique du Nord), car leurs feuilles sont similaires. D’ailleurs, pendant longtemps, même les taxonomistes étaient confondus, car le pétasite hybride porta autrefois le nom Tussilago hybrida. Autrement dit, ils avaient pris le pétasite pour un hybride du tussilage. Aujourd’hui, on sait qu’ils ne sont que de très lointains cousins et qu’aucune hybridation n’a eu lieu. Cependant, le premier nom botanique publié est toujours conservé, donc P. hybridus sera éternellement une preuve de cette erreur lointaine.
Les feuilles rappellent un sabot par leur forme, d’où le nom commun «pas-d’âne». On peut les reconnaître non seulement par leur forme, mais aussi par leur endos couvert de feutre blanc.
Une plante qui se déplace!
Le tussilage est d’origine eurasiatique, mais a été introduit en Amérique du Nord et ailleurs en tant que plante médicinale. Il a depuis longtemps pris la clé des champs et est désormais une mauvaise herbe très répandue, notamment dans les sols glaiseux et humides. En Amérique du Nord, il est surtout répandu dans le nord-est du continent et on le trouve seulement sporadiquement dans les Prairies et la côte ouest.
Plante pionnière, il apparaît souvent dans les sols perturbés, notamment sur les terres de remblai. Avec ses feuilles denses et larges, il étouffe les plantes indigènes et peut arriver à dominer le paysage. Cependant, il aime le soleil et disparaîtra peu à peu quand des arbres et arbustes s’installeront et créeront plus d’ombre.
Une plante médicinale
Le tussilage a une longue histoire d’utilisation médicinale, notamment comme antitussif. D’ailleurs, le nom Tussilago (et donc aussi tussilage) vient du latin tussis (toux) et agere (chasser), car il «chasse la toux».
Encore de nos jours, cette plante est très prisée en herboristerie, où l’on utilise les feuilles et les fleurs fraîches et séchées comme antitussives, adoucissantes, anti-inflammatoires et astringentes. Les fleurs et les jeunes feuilles sont comestibles aussi et peuvent servir de légumes.
Toutefois, les feuilles et surtout les fleurs contiennent des alcaloïdes toxiques pour le foie. Ainsi l’utilisation du tussilage n’est pas recommandée pour les personnes ayant des problèmes de foie ni pour les femmes enceintes ou celles qui allaitent.
Comment le contrôler
Le tussilage arrive dans les jardins soit par un sol rapporté contaminé de rhizomes ou par la voie des airs grâce aux aigrettes chargées de graines qui partent au vent pour atterrir sur de nouveaux terrains.
Une fois établi, le tussilage s’étend rapidement par rhizomes souterrains. Comme ces rhizomes peuvent descendre jusqu’à 3 m de profondeur, vous comprendrez qu’utiliser le sarclage pour l’éliminer est une perte de temps. De plus, sarcler sectionne les rhizomes et tout morceau qui reste dans le sol donnera un nouveau plant. Ainsi, très souvent, plus vous sarclez, plus le tussilage s’étend.
Vous aurez plus de succès à couper, encore et encore, toute feuille qui apparaît, ce qui aura comme effet d’épuiser peu à peu le rhizome. Ou à couvrir le sol d’une bâche noire ou d’un vieux tapis avant la sortie des feuilles et à laisser cette couverture opaque en place pendant au moins un an (deux ans peuvent être nécessaires si le tussilage est bien établi). Les deux méthodes empêchent le tussilage de faire de la photosynthèse et alors les rhizomes finissent par s’épuiser et mourir.
Les gens moins respectueux de l’environnement l’éliminent en vaporisant un herbicide comme le glyphosate sur les jeunes feuilles.
Le tussilage est-il donc une belle fleur à chérir, une plante médicinale à utiliser ou une mauvaise herbe à éliminer? Il est tous les trois, évidemment: tout dépend de votre attitude, de vos besoins et de vos attentes.
Billet adapté d’un article paru dans ce blogue le 23 avril, 2017.

