Mythe horticole : Est-ce vrai que les aiguilles de pin acidifient le sol ?

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Les aiguilles de pin n’influencent presque pas l’acidité du sol. Photo: pxhere

Voici une légende horticole très courante et persistante : que les aiguilles de pin (et d’autres conifères) acidifient le sol et qu’il ne faut alors pas les utiliser comme paillis ni en mettre dans le compost.

L’idée est qu’elles sont très acides et rendront alors le sol trop acide pour la culture de la plupart des plantes. D’ailleurs, beaucoup de jardiniers mélangent des aiguilles de pin au sol au pied des plantes qui aiment un sol acide (plantes acidophiles), comme les rhododendrons, les bruyères, les bleuetiers et les hortensias, en pensant justement rendre le sol plus acide. Mais ils gaspillent leurs efforts, car en fait, les aiguilles de pin n’ont presque aucun effet sur l’acidité d’un sol.

Pas si acides

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Aiguilles de pin brunes : déjà beaucoup moins acides que les aiguilles vertes. Photo: Charles Rondeau, publicodainepictures.net.

Il y a deux raisons pour lesquelles les aiguilles de pin n’acidifient pas le sol et la première est qu’elles ne sont pas si acides ! En fait, les aiguilles vertes sont généralement passablement acides… mais déjà moins quand elles jaunissent (leur état quand elles tombent) et encore beaucoup moins quand leur décomposition est terminée. Si vous analysez le pH* (degré d’acidité) des aiguilles de pin brunes assez décomposées, il est généralement entre 6,0 et 6,5… plus alcalin que l’eau de pluie (normalement environ 5,6). Et le pH idéal pour la plupart des plantes est entre 6,0 et 7,0. Où est le problème ?

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*L’échelle de pH va de 0 (extrêmement acide) à 14 (extrêmement alcalin). Illustration: olivarose.fr

Pas beaucoup d’influence

L’autre facteur est que le pH des sols est très stable. Plusieurs agents, dont la microflore, agissent comme tampon pour maintenir le pH du sol où il est. Changer le pH d’un sol est très difficile et demande des applications importantes de produits acidifiants, comme le soufre, ou alcalinisants, comme la chaux. De plus, le sol tend à revenir à son pH d’origine si l’on ne fait pas des applications répétées. Veut, veut pas, c’est largement la roche-mère qui détermine le pH du sol et il n’est pas facile de le changer.

L’application d’aiguilles de pin ou de tout autre paillis ou amendement de sol résultant de la décomposition des produits végétaux n’aura qu’une influence tellement mineure sur le pH qu’elle sera difficile à détecter.

Facile de faire la preuve

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Une analyse du sol permettra de découvrir la vérité au sujet du pH sous un pin. Photo: Lynette, Flickr

Il est facile de faire la preuve que le pH du sol n’est pas trop influencé par la présence des aiguilles de pin. Faites une analyse de sol sous un pin mature, et qui alors couvre le sol à son pied d’aiguilles depuis des années, et une autre sous un arbre à feuilles caduques du même secteur qui n’a pas la réputation d’acidifier le sol. Le pH sera sensiblement le même, d’ailleurs probablement identique.

Mais pourquoi les plantes ne poussent-elles pas bien au pied des pins ?

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S’il y a peu de végétation sous les pins, c’est à cause de leurs racines superficielles et de l’ombre qu’ils jettent, pas à cause de l’acidité de leurs aiguilles. Photo: Hans Rohr, Wikimedia Commons

Je sais que beaucoup de lecteurs vont s’opposer à ce que j’écris ici en insistant sur le fait que les aiguilles de pin doivent nécessairement rendre le sol très acide, sinon comment expliquer le fait que la végétation poussant sous un pin est si parsemée? Mais il n’y a pas qu’une acidité excessive qui peut nuire à la croissance des plantes.

Essayez de creuser un trou sous un pin et vous comprendrez rapidement la vraie raison de cette faible végétalisation. Les pins (et la plupart des autres conifères) produisent un amas très dense de racines juste sous la surface du sol. Ces racines absorbent rapidement toute la pluie qui tombe et tout minéral disponible dans le sol. Le sol sous un pin est donc sec et pauvre en permanence et peu de végétaux peuvent tolérer la présence de racines aussi dominantes. Cela explique leur difficulté à pousser sous un pin.

L’autre facteur est que l’ombre est souvent dense sous un grand pin ou dans une forêt de pins… une condition peu propice à la croissance des végétaux chlorophylliens.

Un paillis très apprécié… aux États-Unis

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Ballots de paillis d’aiguilles de pin. Photo: spacecoastlandscapesupply.com

Saviez-vous que les aiguilles de pin se vendent comme paillis aux États-Unis ? On trouve de gros ballots vendus sous le nom de « pine straw » ou « pine needle mulch ». C’est d’ailleurs le paillis le plus populaire dans bien des régions. Curieux, n’est-ce pas, que les Américains jardinent avec les aiguilles de pin alors que les francophones (on dira que la fausse information que les aiguilles de pin acidifient le sol est plus répandue dans les pays francophones) ont les aiguilles de pin en horreur… ou essaient en vain d’acidifier le sol des leurs plantes acidophiles avec elles.

Et les feuilles de chêne aussi

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Les feuilles de chêne non plus n’acidifient pas le sol… mais déchiquetez-les avant de les utiliser comme paillis, sinon leur décomposition sera très lente. Photo: tracy, Wikimedia Commons

Ce que j’explique ci-dessus au sujet des aiguilles de pin est aussi vrai des feuilles de chêne, aussi souvent accusées d’être trop acides. Souvenez-vous tout simplement du détail suivant : le pH naturel d’un sol est très difficile à changer et l’influence des feuilles décomposées ou en décomposition, en surface ou mélangées au sol, ne le changera pas pour la peine.20171010A pxhere

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23 réflexions sur “Mythe horticole : Est-ce vrai que les aiguilles de pin acidifient le sol ?

  1. Lamia

    Cher Jardinier Paresseux, je n’ai pas de jardin (tout juste un balcon que je fleuris l’été), mais j’apprends tellement de choses passionnantes avec vous que ça me donne envie d’en avoir un un jour ! Merci !

  2. Sylvain Dubé

    Je pense comme vous, les mythes agricoles sont nombreux et il faut vraiment regarder la forêt pour les comprendre et y voir clair. Merci Larry pour vos informations pertinentes et utiles. Bonne journée.
    Cette année les feuilles des arbres ont finalement changées de couleur.Enfin! Tout cela à cause de la chaleur. Est-ce que cela va changer le cycle de vie de la nature l’an prochain?

  3. ha ha ha ! j’adore ces chroniques sur les mythes …. je me suis fais prendre et influencer si souvent par des jardiniers amateurs qui savent … comment bien expliquer les mythes. mille mercis. une passionnée paresseuse

  4. Bertrand Dumont

    S’il n’y a pas de plantes qui poussent sous les pins, c’est que lors de leur décomposition les aiguilles produisent des trépénes, des substances qui empêchent/limitent la germination d’autres plantes. C’est pourquoi il est totalement déconseillé d’utiliser des aiguilles de pin pour recouvrir un semis, au cas où le processus de décompostion serait déjà commencé. Un fait connu depuis longtemps par les horticulteurs.

  5. Christine Gagnon

    Et les copeaux de cèdre !? Je comprends que c’est la roche mère qui surtout détermine l’acidité du sol. Je pense que les copeaux proviennent de bois déchiqueté. Est-ce que les copeaux de cèdre, eux, sont acide au point de changer le ph?
    Merci Jardinier paresseux !

  6. Victor

    Le jardinier devrait être moins «paresseux» en faisant ses recherches. ;- )

    30 secondes dans google:
    « Un chercheur français, Jack Masquelier, a émis l’hypothèse que des substances inhibitrices de la germination pouvaient exister dans le sol et peut-être dans les aiguilles de Pins. Par des décoctions d’aiguilles de Pins, Masquelier a démontré la présence de leucoanthocyanes constitués d’une molécule de base (leucocyanidol) légèrement polymérisée (c’est-à-dire des multiples de cette molécule de base).»

    Des substances similaires (acidifiantes et/ou inhibitrices de croissance) ont été trouvés depuis ce temps là dans tous les conifères. Ces composés sont utilisés notamment dans le développement de traitements anti-cancers par exemple le taxol, extrait de l’if du canada (Taxus canadensis). C’est encore plus vrai pour le thuya qui a des composés anti-bactériens qui le protège de la dégradation.

    • D’accord, mais… cela n’empêche pas que les plantes peuvent croître, et très bien croate, en présence d’aiguilles de conifères de toute sorte. Après tout, les leucocanthocyanes se décomposent en même temps que les aiguilles: quand les aiguilles sont au stade brun, il n’y a a essentiellement plus. D’ailleurs, des leucocanthocyanes sont présentes dans beaucoup de semences.

    • RAYMOND GABRIEL

      Trente secondes sur Google, mais un peu plus sur le terrain et ces histoires de substances inhibitrices s’envolent en quelques semaines. Une haie de Thuyas broyés laissés sur place a donné une superbe haie de groseillers et autres fruitiers. Quand on aime bien les légendes….

  7. RAYMOND GABRIEL

    Merci pour cet article dont je partage entièrement les conclusions. Vous pouvez étendre à tous les conifères… l’acidité en soi n’est pas un problème, la fertilité du sol et le climat sont essentiels. Au passage, je voudrais vous signaler que vous avez un peu inversé deux paramètres (pour leur importance) en citant l’absence de lumière comme deuxième point pour expliquer qu’il n’y pousse rien. Or c’est avant tout la lumière qui conditionne la croissance et explique par son absence le fait que « sous les conifères, il ne pousse rien) ». J’ai acheté 3 hectares de sapinière fraîchement rasée, avec des tonnes de branches et de souches, sous laquelle « il ne poussait strictement rien » (en dehors des sapins, bien sûr). Après un broyage forestier qui était censé augmenter…l’acidité, j’étais devant un véritable désert, avant la plantation de nouveaux arbres. Un an plus tard la végétation faisait plus d’un mètre de haut, et ce n’était que le début.

  8. joel

    Merci pour cet article et ces infos que j’ignorais ! Petite nuance, si l’acidité n’est du coup pas le facteur d’inhibition de cette matière organique, il faut je pense garder d’autres facteurs chimiques d’inhibition de croissance, germination, etc., que ce soit par les résines, les nombreux acides phénoliques (hydroxycinnamiques –> p-coumarique, férulique et syringique, et d’autres probablement), terpénoïdes… et de nombreux autres composés, qui qui peuvent mal convenir aux plantes non adaptées à un biotope de résineux. Certains de ces composés sont rapidement dégradés, d’autres beaucoup moins… Mais c’est vrai que cette peur de l’acidité (ou inhinition autre) apportée par de la matière organique de résineux est encore très (trop) présente.

    • Merci pour la précision… mais je ne voulais par compliquer les choses en traitant de germination, les semis étant essentiellement les végétaux affectés par la présence de phénols et compagnie, les plantes matures et bien établies étant moins touchées. Après tout, habituellement, si on pose un paillis, c’est qu’on ne veut pas de germination. Il suffisait, pour cette petite chronique, de démystifier l’effet des aiguilles sur l’acidité du sol.

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