La plante qui survécut aux dinosaures

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Les cycades datent de l’époque des dinosaures.

Les cycades (cycadées) ont une très longue histoire. Les premières virent le jour il y a 280 millions d’années, à l’époque du Permien, mais prirent vraiment leur élan à l’époque des dinosaures, quelque 30 millions d’années plus tard.

Elles dominaient alors le paysage, et les films de dinosaures les montrent souvent croquant les feuilles des cycades. Pourtant, le feuillage de toutes les cycades modernes est très toxique et les scientifiques croient qu’elles ont adopté cette toxicité foliaire très tôt dans leur évolution, justement pour se protéger des sauriens.

Par contre, les dinosaures jouaient quand même un rôle important dans la survie des cycades. En effet, leurs gros fruits sont colorés, juteux et comestibles, alors que la graine au centre est toxique. La supposition est donc que les dinosaures avalaient les fruits tout rond pour digérer leur chair, puis rejetaient les graines presque intactes dans leurs excréments. Ce passage à travers leur système de digestion aurait d’ailleurs aidé non seulement à assurer la distribution des graines des cycades, mais aussi à leur germination.

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Distribution mondiale des cycades aujourd’hui.

Les cycades ont bien failli disparaître avec les dinosaures et des milliers d’espèces qui habitaient la Terre à cette époque, seules environ 300 espèces en 11 genres persistent de nos jours. On les considère des fossiles vivants: leur lenteur de croissance et de reproduction fait qu’elles ne font plus le poids dans un monde dominé par les plantes à fleurs au développement beaucoup plus rapide. Ainsi, les cycades sont, pour la plupart, très rares dans la nature, poussant seulement là où d’autres plantes n’arrivent pas à survivre.

Une cycade chez vous

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On peut trouver de petits cycas du Japon en pépinière à prix assez raisonnable.

La plus connue des cycades restantes et une des rares couramment cultivées comme plante d’intérieur est le cycas du Japon (Cycas revoluta). (On voit aussi à l’occasion le zamier furfuracé ([Zamia furfuracea], très différent, sans tronc digne de mention et aux folioles à la pointe arrondie). Le cycas du Japon vient de quelques îles isolées du sud du Japon où on utilise parfois la moelle centrale de son tronc comme farine, l’appelant faux sagou (le vrai sagou provient de la moelle d’un palmier). La moelle est pourtant très toxique à l’origine et cette farine ne devient comestible qu’après un traitement laborieux. Au Japon, le faux sagou n’est consommé qu’en cas de famine et peut laisser des séquelles néfastes si on en consomme trop ou pendant trop longtemps, provoquant des symptômes similaires aux maladies de Parkinson et d’Alzheimer.

Menacé à l’état sauvage par une récolte trop poussée dans ses îles d’origine, le cycas du Japon n’est pourtant pas du tout menacé de disparition, car il est cultivé abondamment dans les pays tropicaux et subtropicaux du monde entier (il est rustique dans les zones 9 et plus) comme plante ornementale. Il ressemble à un palmier avec son gros tronc épais et rugueux et sa couronne de frondes pennées vert foncé cireux, mais n’est pas du tout un palmier. Les palmiers sont des plantes relativement modernes apparentées aux graminées. Les cycades sont des gymnospermes, proches parentes des conifères, bien qu’elles n’en aient nullement la silhouette. Elles produisent toutefois des cônes souvent gigantesques, le seul lien évident avec les conifères.

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Les spécimens matures ressemblent à des palmiers.

Le cycas du Japon est une plante à croissance très lente. Il peut théoriquement atteindre jusqu’à 7 m de hauteur, mais seulement après environ un siècle… et il peut vivre 1000 ans! En pot, il restera à une taille très raisonnable pendant 20 ans et plus. Curieusement, toutes les nouvelles frondes de l’année sortent en même temps, à la fin du printemps, formant une couronne autour du tronc. Voilà ce qui est très différent des palmiers, qui produisent une fronde à la fois.

Cône femelle à gauche, cône mâle à droite.

Le cycas du Japon, comme toutes les cycades, est dioïque, c’est-à-dire qu’il y a des plants mâles et d’autres femelles… mais vous ne saurez le sexe de votre cycas que lorsqu’il fleurira pour la première fois, ce qui peut prendre 20 ans et plus!

Un détail curieux: les cycas produisent des racines normales qui descendent et s’étalent dans le sol comme celles de toute autre plante, mais aussi des racines spécialisées dites coralloïdes qui se forment à la surface du sol et qui sont habitées par des cyanobactéries. Ces dernières fixent l’azote atmosphérique pour le partager avec le cycas, lui permettant de très bien vivre dans un sol pauvre. Ainsi, les cycas ont peu besoin d’engrais.

Culture

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Le cycas du Japon est facile à cultiver à l’intérieur.

Le cycas a la réputation d’être une plante d’intérieur facile à entretenir, étant presque de la catégorie des «increvables». On vend fréquemment de jeunes plants, avec un tronc encore très court (il ressemble alors à un ananas!), dans les jardineries et parfois des spécimens plus matures avec un tronc plus développé.

Notez que la pointe de ses feuilles sont plutôt acérées, donc il vaut éviter de le placer dans un endroit très passant. Sachant qu’il est toxique, vous éviterez de le placer là où des enfants ou des petits animaux peuvent avoir accès.

Il préfère une luminosité intense, mais peut tolérer un éclairage moyen, et une bonne chaleur, du moins pendant l’été. Si possible, placez votre cycas à l’extérieur pendant la saison estivale pour qu’il puisse profiter d’un éclairage accru et d’une meilleure circulation d’air.

Il faut bien sûr le rentrer à l’automne, à moins de resider dans la zone subtropicale où il peut supporter les hivers frais et même quelques degrés de gel si c’est pour une courte durée. Dans la maison, il est heureux dans les pièces bien chauffées tout comme les endroits plutôt frais.

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Cycas en pot à bonsaï.

Son arrosage est facile: il suffit d’applier la règle d’or de l’arrosage et donc d’arroser quand le terreau est sec au toucher. Pour le stimuler à croître, rempotez-le tous les trois ou quatre ans en changeant le terreau et en augmentant peu à peu la taille du pot. Parfois, on voit le cycas du Japon cultivé dans un pot à bonsaï, ce qui assure une allure orientale bien appréciée.

Multiplication

Quant à la multiplication, mieux vaut l’oublier. La plante ne produit que rarement des rejets qu’on pourrait bouturer et il faut attendre des décennies avant qu’elle atteigne l’âge de fleurir. Même là, il vous faudrait avoir un plant mâle et un plant femelle en fleurs en même temps et transférer le pollen vous-même!

La seule possibilité logique de multiplication à la maison consiste à obtenir des semences fraîches, parfois offertes sur Internet. La germination est très lente (jusqu’à six ou sept mois), mais relativement sûre. Par contre, la croissance lente du semis fait qu’il prendra de quatre à six ans avant de commencer à ressembler à notre image d’un cycas.

Pour ces raisons, je vous suggère d’acheter votre cycas sous forme de plante… et même, une plante de la taille que vous recherchez.

Un examen avant l’achat

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Attention: des cochenilles peuvent se cacher sous les frondes.

Il faut soigneusement examiner la plante avant de l’acheter pour être certain qu’elle est libre de voyageurs indésirables.

En effet, des cochenilles farineuses (qui ressemblent à de petites boules d’ouate blanche) ou leurs cousines les cochenilles à bouclier ou kermès (qui forment de petites bosses sur les feuilles) peuvent s’y cacher et vous ne voulez pas rapporter ces insectes à la maison.

D’ailleurs, même si vous avez examiné la plante de tous bords tous côtés à l’achat, il est toujours sage de la mettre en isolation pendant 40 jours à l’arrivée dans la maison, au cas où. (D’ailleurs, on devrait faire la même chose avec toute plante d’intérieur achetée.)


Et voilà: une plante lente à pousser mais fiable, facile à cultiver et très originale. De plus, vous pouvez être certain que jamais elle ne sera bouffée par un dinosaure!

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Une réflexion sur “La plante qui survécut aux dinosaures

  1. Monsieur Hodgson,

    Je prends quelques minutes pour vous remercier. Il y a bientôt 2 ans, depuis votre conférence à St-Joseph-de-Beauce, que je lis tous les matins votre Infolettre. Même si je n’ai pas le «pouce vert» et que seulement deux plantes partagent mon environnement, j’ai beaucoup d’intérêt pour toutes vos chroniques. Chaque jour, vous me permettez d’apprendre et d’apprécier davantage cette merveilleuse nature. Aussi, j’ai un regard beaucoup plus attentif lorsque j’ai la chance de voir ou de visiter un jardin.

    Merci de partager avec nous votre grande passion. Merci de conserver votre simplicité afin d’intéresser même des lecteurs qui s’y connaissent moins. Merci d’investir tout ce temps à effectuer des recherches et à prendre le temps de produire quotidiennement des articles. Merci de nous instruire généreusement et gratuitement même si vous ne recevez aucune rémunération pour le faire.

    Je vous souhaite de très Joyeuses Fêtes Monsieur Hodgson!

    Danielle Robinson
    St-Joseph-de-Beauce, Québec

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