Un jardin résilient
Par Julie Boudreau
Chaque année, de «nouveaux mots très tendance» font leur apparition… partout! On les saupoudre dans les conversations, ils envahissent les médias sociaux et on en fait des ateliers et séminaires payants! Il y a quelques années, c’était «agriculture urbaine» et avant cela, «développement durable». Ces temps-ci, les mots à la mode sont assurément «biodiversité» (que j’ai déjà abordé ici) et «résilience».

La résilience n’est pas une nouvelle technique de jardinage ou une nouvelle façon de faire pousser les plantes. La résilience, c’est un grand concept qui s’applique à plusieurs domaines et pas seulement au jardinage. J’aime bien la définition de l’Office québécois de la langue française:
«La résilience est la capacité d’un système, d’un habitat, d’une population ou d’une espèce à retrouver un fonctionnement et un développement normaux après avoir subi une perturbation importante.»
Et des perturbations importantes, sur le plan environnemental, ces temps-ci, on en vit de plus en plus! Des périodes de sécheresse prolongées, des pics de chaleur de plus en plus intense, des pluies extrêmes qui provoquent des inondations et des vents violents qui arrachent des toits de maison! Devant tous ces aléas climatiques, il faut réagir, ou plutôt, comme le propose la résilience… s’adapter.
Toute résistance est futile
Dans bien des définitions de la résilience écologique, on parle souvent de capacité à résister aux changements climatiques. Et même si résister à une perturbation est fort louable, je vous propose une résilience horticole qui est plutôt axée sur l’adaptation que la résistance. Plutôt que de se battre «contre» la sécheresse, la pluie, la chaleur et le vent, pourquoi ne pas faire équipe avec ces nouvelles réalités?

La bonne plante au bon endroit… encore!
Cette phrase, vous l’avez entendue et réentendue à toutes les sauces! Elle bourdonne dans nos oreilles depuis des siècles pour une bonne raison: c’est que c’est vrai! Si, depuis toujours, vous avez planté les bons végétaux aux bons endroits, votre jardin a déjà une longueur d’avance dans le domaine de la résilience! Créer un jardin résilient commence par ça: planter des végétaux qui tolèrent les inondations temporaires dans les bassins qui captent des surplus d’eau; planter des végétaux très tolérants à la chaleur et à la sécheresse dans les endroits ensoleillés et ainsi de suite.
Ainsi, rendre son jardin résilient, c’est d’abord retourner à la base et étudier son sol, le drainage, la course du soleil et la direction des vents. C’est observer les plantes déjà présentes pour détecter les signes de faiblesse. Puis, c’est introduire de nouvelles plantes parfaitement adaptées aux conditions existantes.
Observer… et remplacer
Il se pourrait bien que certaines plantes vivaces ou certains arbustes, si beaux et si heureux il y a une vingtaine d’années, commencent à présenter des signes de stress ou d’épuisement. Cette plate-bande qui était arrosée une fois par semaine a maintenant besoin de deux ou trois passages par semaine. La résilience amène une nouvelle réflexion et une nouvelle façon de concevoir le jardin.
Opter pour plus de diversité
Nul ne peut prédire l’avenir! Mais, quand on étudie la résilience au jardin, il faut penser à long terme. Les plantes prennent des années à se développer. Les conditions climatiques aujourd’hui seront possiblement différentes dans 20 ou 30 ans. Pour nous aider, nous avons des scénarios, c’est-à-dire des études qui tentent de prédire à quoi ressemblera le climat du futur.
Puisqu’il s’agit un peu d’un jeu de devinettes, mieux vaut miser sur la biodiversité. Plus on plante d’espèces différentes, plus on augmente les chances d’en voir quelques-unes survivre dans des conditions extrêmes. La monoculture est le grand ennemi de la résilience.
Prendre des notes
Chaque fois qu’un été est particulièrement chaud et sec, notre jardin nous pointe en gros caractère gras les plantes qui ne passeront pas le test du temps. Chaque fois qu’une pluie diluvienne se manifeste, le chemin des torrents d’eau nous indique où il faut améliorer la captation et où on doit faciliter l’écoulement. Bref, chaque catastrophe climatique nous en apprend sur la résilience de notre jardin. Si tout survit sans broncher, la résilience est acquise. Sinon, il faut relever les plantes et les secteurs problématiques afin de mieux les adapter.

S’intéresser à l’arrosage et à la gestion de l’eau
Parmi les enjeux les plus reconnus scientifiquement au Québec se trouve celui de l’eau. Dans les années à venir, on ne prévoit ni plus ni moins de précipitations. En fait, l’eau tombera plus intensément, tout d’un coup. Il y aura donc de très fortes précipitations intenses, suivies de très longues périodes sans eau. Cela nous amène à deux réflexions. La première est que les réserves d’eau potable risquent de connaître des périodes de disette. Au jardin, cela se traduira par des interdictions d’arrosage plus longues et plus strictes. Ainsi, nos plantes doivent survivre à ces longues périodes sans eau. Dans la même réflexion, l’idée de développer des moyens de capturer toute cette eau en vue d’une utilisation future est aussi une bien bonne idée. Ainsi, les barils de pluie et les réservoirs souterrains pourraient combler les besoins en cas de sécheresses extrêmes.

S’intéresser au paillis
Dans le même ordre d’idées, trouver des moyens pour garder la fraîcheur dans le sol est aussi une avenue résiliente. L’application de paillis organiques va devenir un automatisme (et c’est d’ailleurs un incontournable pour le jardinier paresseux). En plus de limiter les besoins en arrosage, le paillis, en se décomposant, va contribuer à la vie microbienne du sol et fournir des minéraux assimilables par les plantes.
Ainsi, la résilience, c’est un peu comme de se préparer à l’apocalypse de zombies! On prévoit le pire et on essaie d’être fin prêt avant le coucher du soleil… À vos truelles!

Merci ça nous fait réfléchir. mais pour les grandes villes ça devient un peu un casse tête, je commence a penser de mettre mon jardin de tomates à l’hombre. L’an dernier mes tomates ont eu des coup de soleil tout blanc au niveau du pédoncule et ni jus ni goût. Les seules belles avait beaucoup d’ombre. Chez moi c’est pas très grand.
Intéressant, Merci Julie.
C’est fou comme les plantes supposées de plein soleil, sèchent et comment elles vont bien avec quelques petites heures de soleil et de l’ombre. J’ai une très grande biodiversité chez moi avec des plantes indigènes et si je veux ajouter ou remplacer un végétal, je divise ce que j’ai et qui fonctionne déjà bien dans mon jardin. Oui, avec les changements climatiques, comme vous le mentionnez, il faut s’adapter un peu à chaque année.
Merci pour cet article « résilient ».
Merci Julie pour cette bonne réflexion. Après de nombreuses piqûres douloureuses,je vous réitère ma demande à vous ou vos collègues pour un article en ce qui concerne les plantes qui n’attirent pas trop les guêpes de sol, et que contiennent donc les plantes si attractives? Parfums, couleurs? Merci.
Merci, Julie! Rationnalité, créativité et science s’amalgament dans cet article super intéressant, qui nous rappelle qu’on doiit demeurer humble face à ce qu’on ne peut pas contrôler. Merci pour vos suggestions et pour votre humour (apocalypse des zombies, vraiment?).