Un jardin qui affiche ses couleurs – Partie 2
Par Julie Boudreau
Harmoniser les couleurs des plantes du jardin est un beau défi à relever quand on gagne en expérience. Après avoir étudié la théorie des couleurs dans un article précédent, c’est maintenant le moment de se pencher sur les différentes combinaisons de couleurs possibles.

Le jardin monochrome
Selon certains spécialistes de la couleur, le jardin monochrome est le plus simple à réaliser, car il n’est composé que d’une seule couleur. En réalité, mis à part le jardin blanc, un jardin monochrome réalisé avec une autre couleur est un réel défi. Car, toutes les plantes doivent avoir exactement le même ton et la même teinte. Par exemple, si on réalisait un jardin monochrome rose, toutes les plantes devraient avoir exactement le même rose, ni plus pâle, ni plus foncé.
Il faut beaucoup de recherche et une bonne connaissance des différents cultivars pour arriver à trouver des plantes qui ont exactement la même couleur. Cette recherche profonde explique la notoriété que l’on accorde aux jardins monochromes.

Cependant leur trop grande uniformité peut parfois les banaliser. Dans ce type de jardin, aucune couleur ne fait ressortir la couleur de sa voisine. Même Gertrude Jekyll, une célèbre jardinière des années 1920, considère «qu’un jardin bleu doit être beau avant d’être bleu». Elle pousse «l’offense» jusqu’à conseiller d’y ajouter une tache de blanc ou de jaune clair, histoire de rendre les bleus plus vibrants. «Ensuite, après être beau, le jardin pourra être bleu, du mieux qu’il le peut!», ajoute-t-elle dans ses écrits.
Le jardin en camaïeu
Un camaïeu est un assortiment de couleurs, toutes issues d’une même couleur de base. On joue ici avec les tons et les teintes. Ainsi un jardin rose accueillerait toutes les variantes de la couleur rose, du pâle au foncé, des tons froids aux tons chauds.
Certains jardiniers prétendent que le jardin en camaïeu est un jardin monochrome raté! Cet agencement de couleurs est plus intéressant que le précédent parce qu’il est moins uniforme. Les différentes couleurs s’harmonisent facilement en s’agençant entre elles. C’est un jardin facile à réaliser.
Je conseille souvent aux jardiniers débutants de commencer avec le camaïeu, car c’est un style d’agencement des couleurs où on ne peut pas se tromper. Choisissez une couleur et tenez-vous-y! Vous aimez le mauve? Rassemblez ensemble toutes les plantes qui ont des fleurs mauves, violettes, pourpres, lavande, prune, etc. Succès garanti!

Le jardin harmonique
Une harmonie est une série de couleurs différentes, mais qui s’agencent à merveille. Il n’y a pas de technique précise pour déterminer les couleurs d’une harmonie. Le résultat est tout simplement agréable à l’œil. L’harmonie la plus courante est le mélange de rose et de mauve, sous plusieurs intensités. Parfois une tache discrète de jaune clair vient s’y ajouter. Dans l’harmonie, il faut miser sur l’uniformité et ne pas hésiter à réutiliser la même plante plusieurs fois. Dans l’harmonie, rien ne dérange.
On désigne parfois les harmonies comme des agencements de couleurs analogues. Ainsi, c’est un agencement de plantes dont les couleurs se côtoient dans le cercle chromatique. Par exemple, le bleu, le mauve et le magenta. C’est aussi une très bonne approche pour créer des jardins harmonieux.

Le jardin de contraste
Dans la théorie des couleurs, le contraste est l’opposition d’une couleur primaire et de sa couleur complémentaire, c’est-à-dire les deux autres couleurs mélangées ensemble. Par exemple, le jaune contraste avec le violet (rouge et bleu), le rouge contraste avec le vert (jaune et bleu) et le bleu contraste avec l’orange (rouge et jaune).
Cependant, au jardin, on peut considérer deux couleurs qui se heurtent l’une à l’autre comme des couleurs contrastantes. Du bleu foncé (comme celui d’un pied-d’alouette) contre du jaune vif ou du rouge contre du blanc. Dès qu’on juxtapose une couleur froide (blanc, bleu, violet) à une couleur chaude (jaune, orange, écarlate), il y a contraste. Cela dit, un jaune d’or va contraster avec un rouge vif… deux couleurs chaudes!

Autrement dit, la théorie des couleurs aide en partie à créer des contrastes réussis, mais plusieurs autres options qui trouvent davantage dans le domaine du ressenti.
Autant on peut abuser des camaïeux et des harmonies, autant il faut utiliser les contrastes avec parcimonie. Une touche ici. Une touche là. C’est tout! Trop de contrastes peut générer du désordre visuel. Et, qui dit désordre visuel, dit pizza! Et l’effet pizza est ce que nous ne voulons pas au jardin. Ce sera le sujet du troisième et dernier texte de la série.
Le rôle du blanc et du gris
Le blanc et le gris sont des couleurs qui s’harmonisent avec tout. Elles sont parfois essentielles pour rehausser la couleur de certaines fleurs plus discrètes. Par exemple, les fleurs violettes peuvent se perdre dans un feuillage vert, contre lequel cette couleur a de la difficulté à ressortir. C’est ici qu’une tache de blanc, devant, derrière ou parmi les fleurs violettes, devient très utile.
Le blanc rend les couleurs foncées, plus vibrantes, plus vives. En général, on a tendance à considérer le blanc comme une couleur neutre, mais ce n’est pas tout à fait le cas. Même s’il est vrai que le blanc se marie avec toutes les couleurs, c’est une couleur qui apporte souvent du contraste au jardin.

La véritable couleur neutre est plutôt le gris. Le gris est plus discret. L’œil n’est pas porté vers le gris. Celui-ci peut être utilisé pour rediriger le regard vers un point d’intérêt. Un massif de feuillage gris aux côtés de la plante vedette et une autre tache de gris, un peu derrière, aide l’œil à cerner ce qu’il y a d’intéressant. Le gris est aussi la solution pour séparer deux plantes qui ne s’harmonisent pas bien ensemble.
Et ici commence le vrai plaisir! Avec ces quatre approches d’association des couleurs en poche, le véritable travail de composition du jardin commence. Il s’agit maintenant de sortir les photos et de voir quelles sont les plantes qui fonctionnent bien ensemble et lesquelles tuent l’ambiance. Mon meilleur conseil est de choisir une approche et de s’y tenir pour l’ensemble de la plate-bande. Tout ce qui ne respecte pas la règle choisie est déplacé dans une autre plate-bande.
Quels sont vos bons coups? Montrez-nous des photos de votre jardin sur la page Facebook du Jardinier paresseux!


Merci de ces conseils de pro en compagnonnage artistique! J’ai des platebandes parsemées dans la cour arrière, et je compte y faire des essais : une monochrome, une en camaïeu, une harmonique, une contrastée. Une petite expérience pour de futurs projets. Vos articles sont précieux. Merci, Julie!