L’ultime paresse!
Je viens de commettre l’ultime acte de paresse: j’ai engagé quelqu’un pour s’occuper de mes plantes. Ça me fait tout drôle de dire ça, moi qui suis si maniaque du jardinage. Et encore plus, puisque j’encourage constamment mes lecteurs à réduire le travail à faire sur leur terrain. Mais ma situation est, je pense, plutôt unique.

Un homme travaillant
D’abord, je souligne que je suis un jardinier paresseux, mais pas une personne paresseuse. Ma journée de travail «normale» commence vers 5 h du matin et se poursuit souvent jusqu’en soirée. Et cela, bien souvent, 7 jours par semaine. Évidemment, je prends des pauses, mais disons que cela ne me laisse pas grand temps pour m’occuper de mes plantes.
D’ailleurs, si le concept de jardinier paresseux m’est venu à l’esprit, c’est que je cherchais les moyens d’avoir un beau terrain même si je ne pouvais y consacrer qu’un maximum de deux heures par semaine. Ce ne fut pas si difficile: moins d’engrais (pour que les plantes poussent moins vite), plus de paillis (pour éliminer l’arrosage et les mauvaises herbes) et un choix de plantes nullement sujettes aux insectes ou aux maladies. Autrement dit, des plantes qui peuvent pousser toutes seules: voilà les bases du jardinage paresseux. Et ça fonctionne! La plupart de mes plates-bandes ne reçoivent même pas une heure d’entretien par année, et ma pelouse (eh oui, j’en ai encore une) demande 20 minutes de tonte par semaine au lieu des 2 heures et demie du début.
Tester le marché
Le hic, c’est que, voyez-vous, en tant que journaliste horticole digne de ce nom, je dois essayer tout ce qu’il y a sur le marché.
Après tout, comment pourrais-je écrire sur une plante si je ne l’ai jamais cultivée? Or, il y a quelques dizaines de milliers de plantes sur le marché au Québec. Et, comme je dois aller au-delà des pépinières d’ici afin de découvrir les plantes avant qu’elles apparaissent sur le marché local, il me faut connaître des milliers de plantes comme les doigts de ma main. Ainsi, tous les ans, je plante des centaines de nouvelles variétés chez moi: annuelles, vivaces, arbustes, légumes, etc.

Et c’est là, je dois l’admettre, que j’ai commencé à perdre le fil: très souvent, je me souviens d’avoir commandé une plante, mais je ne sais plus ce qu’elle est devenue ni où je l’ai plantée.
Avec les meilleures intentions…
Quand j’ai commencé à planter tout ce qui pouvait arriver sur le marché, j’avais les meilleures intentions du monde. Toutes les plantes seraient fichées sur ordinateur à l’arrivée et, à mesure de leurs progrès, j’allais tout noter dans une base de données. Et j’allais vous retransmettre les renseignements ainsi cueillis. Sauf que je n’ai jamais eu assez de temps pour m’y appliquer. Le temps de planter, oui (je ne niaise pas avec une pelle, ça, je peux vous le jurer!), mais après…
Combien de fois ai-je dû me creuser les méninges pour savoir ce qu’il était advenu de telle plante, pour la découvrir, en pleine floraison, devant la fenêtre de mon bureau! Il a fallu me rendre à l’évidence: ça n’avait plus de bon sens, j’avais besoin d’aide!

Eh bien, depuis peu, j’ai une jardinière à mon emploi. Son travail: entretenir adéquatement les nombreux végétaux entourant ma maison et mettre tous les détails sur ordi, etc. Non pas que je ne toucherai plus jamais aux plantes, mais, au moins, j’aurai de l’aide pour leur assurer un suivi. Alors, voilà donc que j’ai commis l’ultime acte de paresse pour un jardinier: quelqu’un d’autre jardine à ma place!
Mais me voici avec un nouveau problème: que faire de tout le temps libre que cela me fait gagner, soit au moins 10 ou 12 heures par été? J’ai une idée folle: si je recommençais à entretenir un véritable potager? Que voulez-vous, jardinier un jour, jardinier toujours, paresseux ou pas!
Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans Fleurs, plantes, jardins en août 2023.
