Categories

Recherche

Sursemis et terreautage: pour une pelouse plus verte et plus écologique

Nous n’avons pas tous les mêmes attentes envers notre pelouse. Pour certains, une belle pelouse est un tapis de gazon vert, dense et uniforme, entretenu régulièrement et débarrassé de toutes les plantes jugées indésirables. Pour d’autres, dont je fais partie, l’objectif est tout autre: tondre le moins souvent possible et laisser cohabiter les graminées avec le trèfle et les autres plantes qui se sont installées au fil des ans. On obtient alors une mosaïque de différentes nuances de vert, ponctuée de quelques fleurs au fil des saisons.

La majorité des jardiniers se situe quelque part entre ces deux extrêmes. Ils souhaitent simplement une pelouse raisonnablement verte, peut-être avec quelques fleurs ici et là, nécéssitant une tonte occasionnelle et très peu d’entretien. Peut-être aimeraient-ils corriger quelques zones dégarnies, épaissir leur pelouse ou réduire la présence des mauvaises herbes…

Peu importe votre vision de la pelouse idéale, s’il y a un seul entretien à ajouter à la tonte, c’est bien le sursemis accompagné d’un léger terreautage. Cette intervention est probablement celle qui procure le plus de bénéfices, autant pour la santé que pour l’apparence de la pelouse. En la rendant plus dense, plus diversifiée et plus vigoureuse, elle réduit aussi les besoins d’entretien à long terme et lui permet de mieux résister aux sécheresses, aux maladies, aux insectes et aux mauvaises herbes.

Et justement, la fin de l’été est le moment idéal pour réaliser cette opération.

Pourquoi la fin de l’été?

Au Québec, la meilleure période pour réaliser un sursemis s’étend généralement de la mi-août à la mi-septembre. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les producteurs de gazon en plaques choisissent eux aussi cette période pour ensemencer leurs champs.

Le sol est encore bien chaud, ce qui favorise une germination rapide des semences. Les journées sont moins chaudes et les nuits plus fraîches, ce qui réduit le stress des jeunes pousses. L’écart de température entre le jour et la nuit favorise également la formation de rosée, qui aide à maintenir le sol humide et diminue les besoins en arrosage.

Les pluies sont également souvent plus fréquentes et plus régulières qu’au cœur de l’été, un autre avantage pour les nouvelles graminées. À cette période, la plupart des mauvaises herbes annuelles ont déjà terminé leur principale période de germination et font donc moins concurrence aux jeunes plants.

Les nouvelles graminées disposent ensuite de plusieurs semaines pour développer un bon système racinaire et s’endurcir avant l’arrivée de l’hiver. C’est aussi à cette période que les graminées de climat frais connaissent leur plus forte reprise de croissance après les chaleurs estivales. Elles profitent donc pleinement de ces conditions favorables pour s’établir.

Plus on habite au nord, plus il est important d’intervenir tôt, puisque les premières gelées surviennent plus rapidement et raccourcissent cette fenêtre idéale.

Sursemis et terreautage

Le sursemis consiste à semer des graminées dans une pelouse déjà en place. Cette pratique permet de densifier le couvert végétal, ce qui laisse moins d’espace aux mauvaises herbes pour s’établir. En couvrant rapidement le sol, les graminées interceptent la lumière. Or, les graines de nombreuses mauvaises herbes ont besoin d’être exposées à la lumière pour germer ou germent beaucoup moins bien lorsqu’elles sont ombragées. Même celles qui réussissent à lever peinent ensuite à s’implanter en raison de la forte compétition exercée par une pelouse dense. Une pelouse dense demande donc généralement moins de désherbage, moins d’herbicides et moins de réparations au fil des années.

Le sursemis permet également de diversifier les espèces présentes. Une pelouse composée de plusieurs espèces est généralement plus résistante à la sécheresse, aux insectes, aux maladies et au piétinement, puisque chaque espèce possède ses propres forces et faiblesses. Elle demeure plus belle malgré les aléas, ce qui réduit les interventions nécessaires pour la maintenir en bon état.

Le terreautage consiste à appliquer une très mince couche de compost mûr ou de terreau sur la pelouse. Personnellement, je privilégie le compost, puisqu’il apporte non seulement de la matière organique et quelques éléments nutritifs, mais aussi une foule de micro-organismes bénéfiques.

Le terreautage procure plusieurs avantages. Il offre un excellent lit de germination aux nouvelles semences, améliore graduellement la structure du sol, augmente sa capacité à retenir l’eau, nourrit lentement la pelouse, stimule l’activité des organismes du sol qui transforment la matière organique en éléments nutritifs assimilables par les plantes et permet de corriger légèrement les petites irrégularités de la surface. Avec le temps, une pelouse qui pousse dans un sol plus riche et mieux structuré nécessite généralement moins d’arrosage, moins de fertilisation et n’aura généralement jamais besoin d’être déchaumée ou aérée.

Pourquoi j’utilise le compost Bionik? 

Une belle pelouse commence par un sol en santé. C’est pourquoi j’utilise le compost marin et forestier Bionik. Sans tourbe ni fumier animal, il est fabriqué au Québec à partir de résidus forestiers et marins. Il enrichit progressivement le sol en matière organique et stimule sa vie biologique. Avec le temps, un sol plus vivant retient mieux l’eau, favorise le développement des racines et permet d’obtenir une pelouse plus dense, plus résistante et plus autonome. Sa fabrication s’inscrit également dans une approche d’économie circulaire qui valorise des ressources locales.

Les bonnes semences pour le bon endroit

Le meilleur mélange de semences est celui qui convient à votre terrain et à vos objectifs. Une pelouse en plein soleil, à l’ombre ou soumise à un fort piétinement n’a pas les mêmes besoins. En choisissant un mélange adapté à votre situation, vous obtiendrez une pelouse plus belle, plus résistante et nécessitant moins d’interventions.

Si votre objectif est simplement de réparer quelques zones dégarnies, un mélange à germination rapide est tout indiqué. Il contient généralement une plus forte proportion de ray-grass, une graminée qui s’établit en quelques jours seulement. C’est la solution idéale pour reverdir rapidement une pelouse, même si cette espèce est habituellement un peu moins durable que d’autres graminées.

À l’inverse, si vous souhaitez réduire l’entretien, recherchez des mélanges riches en fétuques. Ces graminées poussent généralement plus lentement, résistent mieux à la sécheresse et demandent moins de tontes, moins d’arrosage et moins de fertilisation.

Ombre?

Les terrains plus ombragés profitent aussi de mélanges riches en fétuques, qui tolèrent beaucoup mieux le manque de lumière que la plupart des autres graminées. Les endroits soumis à un fort piétinement, quant à eux, gagnent à recevoir un mélange renfermant une bonne proportion de pâturin du Kentucky. Grâce à ses rhizomes, cette graminée récupère rapidement après le passage et contribue à maintenir une pelouse dense et uniforme. En contrepartie, elle s’établit beaucoup plus lentement que le ray-grass et les pelouses où elle domine demandent généralement davantage d’arrosage et de fertilisation que celles composées principalement de fétuques.

Il existe aussi des mélanges destinés à créer des surfaces demandant très peu de tontes ainsi que des mélanges plus économiques pour ensemencer de grandes superficies à moindre coût.

En règle générale, privilégiez les mélanges composés de plusieurs espèces ou de plusieurs cultivars plutôt qu’une seule espèce. Cette diversité rend la pelouse plus résiliente face à la sécheresse, aux maladies, aux insectes et aux variations des conditions de croissance. Lorsqu’une espèce est moins bien adaptée à une situation ou est affectée par une maladie, une autre peut prendre le relais. La pelouse demeure ainsi plus dense, plus belle et plus résistante au fil des saisons.

Ajouter du trèfle?

Je le recommande fortement. Qu’il soit déjà inclus dans le mélange de semences ou ajouté par la suite, le trèfle blanc constitue un excellent complément à une pelouse.

D’ailleurs, les premières pelouses ornementales aménagées en Grande-Bretagne aux XVIIIe et XIXe siècles contenaient souvent du trèfle. Ce n’est qu’avec l’arrivée des herbicides sélectifs au milieu du XXe siècle qu’il a commencé à être considéré comme une «mauvaise herbe». Les fabricants de ces produits faisaient la promotion de pelouses composées uniquement de graminées, puisque leurs herbicides éliminaient le trèfle sans endommager le gazon.

Le trèfle offre pourtant de nombreux avantages. Grâce à des bactéries vivant dans des nodules sur ses racines, il est capable de fixer une partie de l’azote de l’air et d’en enrichir progressivement le sol. Il demeure également vert plus longtemps que la plupart des graminées durant les périodes de sécheresse, ce qui aide la pelouse à conserver une belle apparence. Si l’on espace les tontes, ses petites fleurs blanches nourrissent une grande variété de pollinisateurs. Bref, il réduit souvent les besoins en fertilisation, améliore la résilience de la pelouse et, à mon avis, une pelouse parsemée de petites fleurs blanches a beaucoup de charme.

Si vous semez du trèfle, choisissez de préférence des semences inoculées avec les bactéries fixatrices d’azote. Elles favoriseront la formation rapide des nodules racinaires et permettront au trèfle de remplir pleinement son rôle.

Les étapes

Voici comment procéder, étape par étape.

1. Tondre court

Commencez par tondre la pelouse un peu plus court qu’à l’habitude, soit à environ 4 à 5 cm. Cette tonte plus basse permet aux semences d’atteindre plus facilement le sol. Si la tonte produit beaucoup de résidus, ramassez-les afin qu’ils ne nuisent pas au contact entre les graines et le sol.

Photo: Magic K

2. Désherber

Profitez-en ensuite pour retirer les plus grosses mauvaises herbes, particulièrement les vivaces envahissantes ou les plantes qui occupent beaucoup d’espace. Il n’est pas nécessaire d’obtenir une pelouse parfaite. L’objectif est simplement de réduire la compétition afin de donner aux nouvelles graminées les meilleures chances de s’établir.

3. Sursemer

Vous pouvez ensuite procéder au sursemis. Les semences peuvent être épandues à la volée ou à l’aide d’un épandeur. Deux passages en croisant les directions permettent généralement d’obtenir une répartition plus uniforme.

4. Terreauter

Une fois les semences épandues, appliquez une très mince couche de compost bien mûr ou de terreau de qualité. Personnellement, je privilégie le compost, qui apporte non seulement de la matière organique et quelques éléments nutritifs, mais aussi une foule de micro-organismes bénéfiques. Cette mince couche protège les semences du dessèchement, améliore leur contact avec le sol et favorise la germination.

Évitez toutefois la terre noire bon marché. Elle contient souvent peu de matière organique, offre un moins bon milieu de germination et devient parfois difficile à réhumidifier une fois sèche. Répartissez le tout uniformément à l’aide du dos d’un râteau, d’un balai à feuilles ou, pour les grandes surfaces, d’un niveleur à gazon.

5. Passer le râteau

Passez ensuite très légèrement le râteau afin d’assurer un bon contact entre les semences, le compost et le sol. Les graines doivent demeurer près de la surface; il n’est pas nécessaire ni souhaitable, de les enfouir profondément.

6. Rouler (facultatif)

Si vous possédez un rouleau à gazon, un léger passage améliorera encore le contact entre les semences et le sol. Cette étape demeure toutefois facultative.

7. Arroser

Enfin, l’arrosage est sans doute l’étape la plus importante de tout le processus. Jusqu’à la germination complète, les premiers millimètres du sol doivent demeurer constamment humides. Mieux vaut effectuer de petits arrosages fréquents que de rares arrosages abondants.

Une fois les semences levées, réduisez progressivement la fréquence des arrosages tout en augmentant leur durée. Vous encouragerez ainsi les jeunes racines à descendre plus profondément dans le sol, ce qui rendra la pelouse plus résistante à la sécheresse.

Photo: Kaboompics

Selon la température et les espèces semées, cette période d’arrosage dure généralement de deux à trois semaines. Par la suite, les pluies plus fréquentes, la rosée abondante et les températures plus fraîches de la fin de l’été et de l’automne suffisent souvent à prendre le relais.

La levée des semences et les premiers soins 

Toutes les graminées ne germent pas à la même vitesse. Le ray-grass peut lever en seulement 5 à 10 jours, les fétuques prennent généralement de 7 à 14 jours, tandis que le pâturin du Kentucky demande souvent de 14 à 28 jours, parfois même davantage selon les conditions.

Ne vous laissez donc pas tromper si votre pelouse semble déjà bien verte après une semaine ou deux. Cette première verdure provient souvent du ray-grass, qui germe très rapidement. Continuez à maintenir le sol humide jusqu’à ce que les espèces plus lentes, comme le pâturin du Kentucky, aient également eu le temps de lever. Vous obtiendrez ainsi une pelouse plus dense, plus durable et mieux équilibrée.

Premiers soins

Pendant cette période, évitez autant que possible de marcher sur la pelouse et limitez l’accès aux animaux domestiques. Les jeunes pousses sont fragiles et leurs racines ne sont pas encore bien ancrées. Il est également normal de voir apparaître quelques mauvaises herbes annuelles. Elles profitent des mêmes bonnes conditions de germination que les graminées, mais la première tonte en éliminera souvent une bonne partie.

Lorsque le gazon atteint environ 8 à 10 cm de hauteur, il est temps de procéder à la première tonte. Utilisez une lame bien affûtée et ne retirez jamais plus du tiers de la hauteur du gazon.

Par la suite, laissez idéalement la pelouse atteindre 10 à 12 cm avant de la tondre à 7 à 8 cm. Si l’apparence vous préoccupe moins et que vous souhaitez maximiser la résistance à la sécheresse ainsi que les bénéfices pour la biodiversité, vous pouvez même attendre qu’elle atteigne 12 à 15 cm avant de la rabattre à 8 à 10 cm. Une pelouse plus haute développe un système racinaire plus profond, conserve mieux l’humidité du sol et résiste davantage aux périodes de chaleur et de sécheresse.

Faut-il fertiliser?

Dans la plupart des cas, si vous avez utilisé un bon compost, ce n’est pas nécessaire. Le compost fournit déjà les éléments nutritifs nécessaires à l’établissement des jeunes graminées. Il améliore également la structure du sol, augmente sa capacité à retenir l’eau et nourrit les organismes qui rendent les nutriments progressivement disponibles aux plantes.

Si vous souhaitez tout de même fertiliser, choisissez un engrais biologique à libération lente et appliquez-le selon les recommandations du fabricant. Évitez les excès d’azote, qui favorisent une croissance rapide du feuillage au détriment du développement des racines. Les jeunes plants risquent alors de moins bien s’endurcir avant l’arrivée de l’hiver.

En réalité, le compost est généralement plus important que l’engrais. Il améliore durablement le sol en y ajoutant de la matière organique et en stimulant la vie microbienne, alors que l’engrais sert surtout à compléter l’apport en éléments nutritifs. Autrement dit, un sol vivant nourri au compost profite davantage d’un apport d’engrais qu’un sol pauvre auquel on ne fait qu’ajouter des fertilisants.

Les engrais d’automne?

D’ailleurs, malgré leur nom, les engrais d’automne devraient généralement être appliqués à la fin de l’été. C’est à cette période que les graminées de climat frais connaissent leur plus forte reprise de croissance après les chaleurs estivales. Elles utilisent alors très efficacement les éléments nutritifs pour développer leurs racines, épaissir leur couvert et accumuler des réserves avant l’hiver. Appliqué trop tard en automne, un engrais est beaucoup moins utile, puisque la croissance ralentit fortement avec la baisse des températures.

N’oubliez pas non plus qu’une pelouse bien fertilisée pousse plus rapidement. Elle devra donc être tondue plus souvent. Si votre objectif est de réduire l’entretien, il n’est pas toujours souhaitable de chercher à accélérer sa croissance.

Si vous ne deviez choisir qu’un seul des deux, investissez d’abord dans un bon compost. C’est lui qui donnera les meilleurs résultats à long terme.

La pelouse du paresseux

Le sursemis n’est pas une tâche que l’on doit réaliser chaque année, à moins que vous ne recherchiez une pelouse plus classique, très dense et uniforme. C’est simplement un outil. Utilisez-le lorsque votre pelouse en a besoin, pas parce que le calendrier vous dit de le faire.

Au quotidien, les gestes qui font réellement la différence sont beaucoup plus simples: tondre à une hauteur de 8 à 10 cm, ou même davantage si votre tondeuse le permet; ne jamais retirer plus du tiers de la hauteur du gazon en une seule tonte; pratiquer l’herbicyclage en laissant les résidus de tonte sur place; et adopter le feuillicyclage en déchiquetant les feuilles mortes à l’automne pour les laisser se décomposer directement sur la pelouse. Ces quelques habitudes améliorent progressivement la santé du sol, réduisent les besoins en fertilisation et rendent la pelouse plus résistante aux sécheresses.

Pelouse diversifiée, une foule d’avantages

Mais surtout, acceptez qu’une belle pelouse soit vivante, diversifiée et parfaitement imparfaite. Un peu de trèfle ou quelques autres plantes basses n’en font pas une pelouse négligée. Au contraire, cette diversité la rend souvent plus résistante à la sécheresse, aux maladies et aux insectes. Et, si vous voulez mon avis, elle est aussi beaucoup plus belle qu’un tapis de gazon parfaitement uniforme.

Photo: Vero Lova

Une pelouse écologique n’est pas un tapis de golf. C’est un écosystème vivant qui filtre l’eau de pluie, rafraîchit les environs, protège le sol de l’érosion, nourrit une foule d’organismes et demande beaucoup moins de travail.

Mieux encore, avec le temps, rien ne vous oblige à conserver toute cette surface gazonnée. Vous pouvez progressivement remplacer les zones les moins utilisées par des plates-bandes d’arbustes, de vivaces, de couvre-sols, de plantes indigènes ou même, lorsque les conditions s’y prêtent, par une prairie fleurie. Vous réduirez ainsi encore davantage l’entretien, tout en augmentant la biodiversité de votre terrain.

Au fond, que vous préfériez une pelouse plus classique ou plus diversifiée, le sursemis et le terreautage comptent parmi les meilleurs moyens de la garder dense, vigoureuse et durable. La meilleure pelouse n’est pas celle qui demande le plus de soins. C’est celle qui répond à vos besoins… avec le moins de travail possible.


  1. Merci Mathieu pour tous ces bons conseils !

  2. Diane Gregoire

    Quand appliquer le traitement pour vers blancs? 2x par été ? En même temps que les semis et terreau?

  3. J’adore vos chroniques. Est-ce que le trèfle blanc est resistant à l’urine de chien?

  4. Quoi faire avec du chiencer dans ta pelouse