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Semis intérieur dans des rouleaux de papier toilette: une fausse bonne idée?

Récemment, j’ai vu circuler plusieurs publications en ligne vantant l’utilisation des rouleaux de papier hygiénique comme contenants pour les semis. L’idée semble bonne à première vue: ils sont gratuits, biodégradables et on affirme qu’ils permettent d’éviter le choc de la transplantation, puisqu’ils se décomposent.

Avec la saison des semis qui approche à grands pas, la question mérite d’être posée: qu’en est-il vraiment? S’agit-il d’un pot à semis écologique et efficace ou d’une fausse bonne idée?

Composition des tubes de carton

Au Canada, les rouleaux de papier hygiénique sont fabriqués principalement à partir de fibres de papier recyclées, issues de papiers et de cartons post ou pré consommation. L’utilisation de fibres vierges est généralement très limitée pour ce type de produit.

Les tubes sont formés par enroulement en spirale de couches de carton, maintenues ensemble à l’aide de colles industrielles, le plus souvent à base d’amidon. De faibles quantités d’agents de renforcement ou de charges minérales (comme le calcium ou l’argile) peuvent aussi être présentes pour assurer la rigidité.

Photo: Getty Images

Comme il s’agit de papier recyclé, le carton peut contenir des traces résiduelles d’encres ou d’autres contaminants provenant du papier d’origine, malgré les procédés de désencrage et de purification. Les rouleaux blancs sont obtenus à partir de fibres désencrées et blanchies, généralement par des procédés sans chlore (peroxyde d’hydrogène, oxygène ou ozone).

L’important à retenir, par contre, c’est qu’aucun des matériaux présents dans ces rouleaux n’est reconnu comme phytotoxique, même pour de jeunes semis.

Carton ou plastique?

Le carton recyclé donne souvent l’impression d’être plus écologique que le plastique, surtout en horticulture. Pourtant, la réalité est plus nuancée.

Un rouleau de carton utilisé comme pot à semis est à usage unique et de courte durée, après quoi il se décompose ou doit être composté. À l’inverse, les pots de plastique, souvent mal perçus, peuvent avoir un meilleur bilan écologique lorsqu’ils sont réutilisés pendant plusieurs années: leur impact de fabrication est alors amorti sur de nombreux cycles de semis.

Photo: Pexels

De plus, le carton des rouleaux est déjà très bien valorisé par les filières de recyclage, tandis que le plastique horticole est plus difficile à recycler et gagne surtout à être réemployé.

En pratique, l’option la plus écologique n’est donc pas nécessairement le matériau «naturel», mais celui qu’on utilise le plus longtemps et le plus efficacement, sans devoir racheter de nouveaux contenants.

Font-ils de bons pots à semis?

Examinons maintenant leur format, qui diffère des autres contenants à semis par leur forme cylindrique et profonde. Cette profondeur est mal équilibrée pour le développement racinaire: dans ces contenants, les racines ont tendance à pousser vers le bas plutôt qu’à se ramifier.

Photo: Pleine Vie

Les côtés du rouleau sèchent rapidement, tandis que le fond, souvent encore sans racines au début, demeure humide. On observe alors un double problème: dessèchement en surface et excès d’eau au fond, ce qui peut créer des conditions favorables à des problèmes d’asphyxie racinaire.

Leur usage est aussi limité dans le temps, puisqu’ils contiennent un volume de terreau restreint comparativement à d’autres pots. À ce titre, ils se comportent un peu comme des plateaux multicellules: les semis doivent être rempotés assez rapidement. Lorsque j’ai utilisé des rouleaux par le passé, je les coupais toujours en deux, ce qui corrige partiellement ces problèmes.

La composition est-elle adaptée aux semis intérieurs?

Les rouleaux sont composés de fibres de bois recyclées et sont conçus pour résister temporairement à l’humidité, et non pour se décomposer rapidement comme les pots en tourbe pressée.

En conditions fraîches de printemps, leur décomposition est lente. Ainsi, lors de la transplantation, que ce soit dans un pot plus grand à l’intérieur ou directement au sol, il est généralement préférable de retirer le rouleau afin de permettre aux racines de se développer librement. Cela invalide en grande partie l’argument selon lequel les rouleaux réduiraient le choc de transplantation ou conviendraient particulièrement aux semis à racines sensibles.

Moisissures: un effet secondaire possible

Le carton peut aussi favoriser l’apparition de moisissures. Dans la majorité des cas, celles-ci sont bénignes pour les jeunes semis. Toutefois, dans certaines conditions, des champignons problématiques peuvent s’installer, notamment ceux responsables de la fonte des semis.

Il est important de préciser que le carton n’est pas la cause directe: ce sont plutôt un arrosage excessif et une mauvaise ventilation, dont les effets peuvent être accentués par le carton, qui créent ces conditions.

Quand ça peut fonctionner et quand éviter

Pour ma part, lorsque j’ai utilisé des rouleaux de papier hygiénique pour des semis, je les coupais toujours en deux afin d’éviter les désavantages d’un contenant trop profond. Je les utilisais principalement pour la laitue.

La laitue est à croissance rapide et résistante au froid. Je la sème donc à l’intérieur 2 à 4 semaines avant la transplantation à l’extérieur. Dans ce contexte, le rouleau devient un contenant temporaire, utilisé sur une courte période avant que les racines ne remplissent le contenant. Au moment de la transplantation, je retire le carton. Dans ce cas précis, c’est un contenant fonctionnel, rapide, abordable et acceptable.

Photo: Getty Images

Cependant, il y a peu d’avantages à semer d’autres plantes dans ces petits contenants, surtout lorsqu’on les conserve à l’intérieur pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois et repiquer dans un contenant plus gros. Les tomates et poivrons seront nettement mieux dans des pots de plastique plus large.

Pour les plantes sensibles à la transplantation, comme les Cucurbitacées ou les haricots, les rouleaux sont essentiellement inutiles, puisqu’on doit les retirer, ce qui dérange le système racinaire. Aucun avantage ici.

Personnellement, je sème généralement dans des pots de 3 ou 4 pouces, et les semis y restent jusqu’au moment de la transplantation à l’extérieur. Cela m’évite complètement d’avoir à repiquer à l’intérieur.

Pour ceux qui préfèrent, il est tout à fait possible de semer dans un plateau à semis ou dans un contenant de plastique recyclé, puis de repiquer plus tard dans un pot plus grand après la germination. Dans ces cas, les rouleaux de carton deviennent essentiellement inutiles.

Les presse-mottes: une alternative intéressante

Pourquoi utiliser du carton, ou même des pots de tourbe, dont l’efficacité est discutable pour les semis à racines sensibles, quand on peut tout simplement éviter le pot?

Le presse-motte permet de former de petites mottes de terreau compressé servant de contenant aux semis. On sème directement dans ces mottes, qui tiennent ensemble grâce à la cohésion du terreau et au développement des racines.

Semis réalisés avec un presse-motte.

Cette méthode permet d’éviter le carton et le plastique, de ne pas perturber les racines sensibles, de réduire le choc de transplantation, tout en offrant un excellent drainage et une bonne aération. Elle empêche aussi l’enroulement des racines, un problème fréquent avec les pots traditionnels.

Les presse-mottes sont disponibles en différents formats, selon le type de semis et la durée de culture. Elles sont particulièrement adaptées aux semis repiqués rapidement, comme la laitue, les choux, les fines herbes et plusieurs fleurs annuelles. Dans ces cas, le carton devient tout simplement inutile.

Il s’agit d’un outil qu’on achète une seule fois et qu’on peut utiliser pendant des années, voire toute une vie.

Bref, l’utilisation des rouleaux de papier hygiénique comme contenants à semis n’est pas nécessairement une mauvaise idée, mais ce n’est pas non plus une bonne solution. Il existe plusieurs alternatives plus efficaces et plus cohérentes à long terme, mais dans des contextes précis et temporaires, ils peuvent dépanner.


  1. Bonjour, comme d’habitude un modèle de précision et de rationalité. Merci!

  2. Très bien résumé, merci beaucoup !

  3. Merci pour cette information. Qu’en est-il des boîtes de cartons d’oeufs?

  4. Clairette Gauthier

    Intéressant, explications claires

  5. Où peut-on se procurer un presse-motte ?

  6. Je n’utilise pas le carton mais pour les plants qui n’aiment pas la transplantation ´ j’utilise un pot que je fabrique en utilisant du papier journal, il s’agit d’enrouler un papier journal coupé sur mesure pour faire deux épaisseurs sur une canette et fermer le fond. Haricot, courgette et concombre ne restent pas plus que 3-4 semaine dans le pot avant d’être transplanté. Et la résistance est très bonne malgré les arrosages.
    C’est indispensable pour lutter contre le vers gris. Je garde un collet hors terre pendant la plantation pour empêcher le vers gris de venir sectionner le plan à la base,

    • Excellente idées le pot en papier journal, j’ai oublié de le mentionner!

      • Salut Mathieu, le seul problème avec le papier journal c’est qu’il y a de l’encre et aussi que le papier journal est recyclé.

  7. J’utilise depuis toujours les rouleaux à l’extérieur lorsque je sème les haricots directement au jardin et c’est toujours un succès assuré. Le rouleau de papier protéger le semis des insectes nuisibles tant qu’il le pourra.

  8. Marthe Laverdière le propose dans ses capsules surtout pour les haricots pour décourager un indésirable qui vient manger les racines des plantules, je crois que c’est le vers blanc mais pas certaine. Le rouleau empêche d’accéder aux racines et une fois décomposée la plante est assez grande et l’indésirable ne s’en prend plus aux racines. Je rapporte des propos ce n’est pas mon expertise….

  9. Merci pour la suggestion du presse-mottes – très intéressant.
    Toutefois, j’utilise des rouleaux de papier de toilette depuis des années avec succès pour les semis aux racines fragiles. Ils sont taillés en deux avec la base repliée (en faisant une petite coupe en croix). Je les place ensuite dans un contenant plus grand et je les enterre. Ainsi, quand vient le temps de les transpoter, le rouleau est en partie désagrégé, mais demeure assez structuré pour le déplacement : nul besoin de l’enlever alors. Et, bien qu’il soit impossible de vivre sans plastique dans notre société, il me plait d’éviter les occasions de « consommer » des micro-plastiques.
    Bien sûr, il serait possible de sauter une étape, en semant dans des pots plus grands, mais dans mon expérience, les semis grandissent mieux de cette manière. De surcroit, j’économise sur les lampes pendant la période de levée (moins d’espace, moins d’éclairage requis) et cela facilite le suivi des succès et insuccès.

  10. Les boîtes d’œufs sont bien utiles. Je prends chaque compartiment. Et le transpose dans un pot plus gros lorsque le petit plant est bien vigoureux, avant de transplanter à l’extérieur. Ça fonctionne très bien. Il y en a d’autres qui utilisent les boites d’œufs ?