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Réponses à vos questions: faut-il laisser les fleurs fanées sur le terreau?

Je possède une azalée des fleuristes depuis plusieurs années. Elle passe les étés à l’extérieur et les hivers dans une pièce fraîche.

J’ai remarqué qu’une amie dépose les fleurs fanées sur la terre de son pot, tout autour de son azalée. Elle dit ainsi retourner les éléments nutritifs à la plante. J’ai commencé à faire la même chose, mais je me demande s’il y a suffisamment d’activité microbienne dans le terreau d’une plante d’intérieur pour rendre ces éléments assimilables.

Azalée des fleuristes. Photo: Karen Randy F

C’est une bonne pratique au jardin, mais est-ce aussi une bonne idée pour une plante en pot? Cela forme tout de même un paillis intéressant et abondant, puisque mon azalée fleurit généreusement.

Pouvez-vous m’éclairer à ce sujet?

Réponse

Mes plantes d’intérieur passent aussi l’été à l’extérieur, d’une part parce que j’ai peu de soleil à l’intérieur lorsque les arbres débourrent, mais aussi parce que ça me permet de m’en occuper encore moins… du moins s’il pleut de temps à autre.

Il arrive souvent que des feuilles d’arbres tombent dans mes pots et je les rentre ainsi. Est-ce que les feuilles se décomposent? Non. Elles restent souvent sèches à la surface du terreau jusqu’à ce que je me décide à les ramasser. Est-ce qu’elles finiraient par se décomposer? Probablement, mais combien de temps cela prendrait-il?

La stérilité des terreaux

Que se passe-t-il donc dans un terreau pour plantes d’intérieur? Ils sont généralement composés en grande partie de mousse de tourbe de sphaigne, de différentes qualités, mais peuvent aussi contenir de la fibre de coco, de bois, de la perlite, de la vermiculite et d’autres amendements pour stabiliser le pH ou améliorer la rétention d’eau. Mais l’ingrédient principal reste la mousse de tourbe.

La mousse de tourbe se décompose très lentement en raison de composés phénoliques qui inhibent l’activité bactérienne. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles on l’utilise comme substrat en horticulture: elle se décompose lentement, donc on n’a pas besoin de la remplacer constamment. Si elle se décomposait rapidement, elle se fragmenterait en petits morceaux qui se compacteraient, ce qui nuirait au drainage et à l’aération nécessaires aux racines.

Photo: Teona Swift

Lors de l’ensachage, les terreaux sont souvent stérilisés par la chaleur, ce qui élimine aussi la majorité des bactéries qui pourraient décomposer la matière organique. Les micro-organismes présents ensuite proviennent de notre environnement intérieur, qui est relativement pauvre en vie microbienne. Le terreau sera donc inoculé avec le temps, mais pas nécessairement avec les organismes les plus efficaces pour décomposer cette matière.

Des conditions moins qu’idéales pour la vie microbienne

Les conditions dans nos maisons sont déjà peu favorables à la vie microbienne: l’air y est souvent sec, les échanges avec le sol naturel sont inexistants et la diversité des micro-organismes y est beaucoup plus faible qu’à l’extérieur. Dans un pot, cet effet est encore accentué.

La sécheresse en surface – qu’on maintient volontairement pour éviter l’asphyxie ou la pourriture des racines – rend aussi le milieu peu favorable aux micro-organismes qui décomposeraient les fleurs. Elles finiront éventuellement par se décomposer, mais sur plusieurs années.

Photo: Dmitriy Ganin

Il faut aussi noter l’absence d’insectes et de faune du sol, comme les vers de terre, qui accélèrent normalement la décomposition en pleine terre. Dans un pot, ils sont absents, à quelques exceptions anecdotiques près.

Il est possible que les fleurs finissent par sécher et se fragmenter en petits morceaux qui se mélangeront au terreau. Vous ne les verrez plus, mais elles seront encore là, sans réellement nourrir la plante, quoiqu’une petite partie des minéraux qu’elles contiennent puisse se libérer dans l’eau lors de l’arrosage.

Le facteur «vacances»

Une autre considération est à prendre en compte: lorsque vous sortez vos pots, le terreau subit une véritable «transfusion» de vie. Le vent et l’eau de pluie y déposent des spores de champignons décomposeurs et des bactéries qui colonisent rapidement la surface. De minuscules ouvriers comme les collemboles ou les acariens prédateurs s’installent dans l’humidité sous les fleurs fanées. Ce sont eux qui commencent réellement le travail de fragmentation que le terreau stérile d’intérieur ne peut pas accomplir seul.

C’est d’ailleurs le seul moment où votre amie a partiellement raison: durant l’été, la température plus élevée accélère le métabolisme des microbes. Cette activité biologique devient alors suffisante pour qu’une partie de l’azote des fleurs soit réellement libérée et participe (un peu) à la nutrition de la plante.

Toutefois, ce cycle est de courte durée. Au retour à l’intérieur, le choc est brutal: l’air sec du chauffage et la baisse de luminosité provoquent un déclin massif de ces populations de micro-organismes. Si la diversité biologique globale du substrat augmente avec le temps, elle tombe néanmoins en dormance durant l’hiver. Le processus de décomposition s’arrête alors presque totalement dès que la plante regagne sa pièce fraîche.

Est-ce qu’un paillis comme celui formé par les fleurs est avantageux?

La vitesse de minéralisation – la transformation de la matière organique en éléments nutritifs assimilables par les plantes – est trop lente pour subvenir aux besoins nutritifs de votre plante. Il faudra donc continuer à fertiliser normalement.

Est-ce que cela a un avantage? Peut-être un léger effet sur l’humidité en surface. Mais cela peut aussi garder la surface trop humide. Si vous observez des moucherons ou de la moisissure, c’est un signe que le terreau ne sèche pas assez rapidement.

Photo: Pexels

Pour ma part, je ne considère pas que ce soit un réel avantage, mis à part le fait que c’est une tâche de moins à faire, mais je n’y vois pas non plus d’inconvénient dans la plupart des cas. Vous pouvez probablement laisser les fleurs à la surface de votre terreau, tout en surveillant de près, mais ce paillis ne nourrira pas votre azalée comme ce serait le cas à l’extérieur, dans un jardin.

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