Il faut que je vous avoue: dans mes aménagements, je ne suis vraiment pas une grande fan de fleurs. Chez moi, ce qui pousse, c’est plutôt légumes, fruits, tout ce qui se mange. Si vous me voyez admirer une fleur dans mon jardin, c’est probablement une fleur de courge avec un bel ovaire ou bien les fleurs de fèves d’Espagne pleines de colibris. Les fleurs d’ornement… c’est joli, mais avouons-le, ça ne remplit pas le frigo!
Sauf que dernièrement, je suis tombée sur une photo d’une fleur qui m’a complètement scotchée. C’était sur Facebook, une de ces publications qui se partagent à vitesse grand V. Une fleur si bizarre, si originale, que j’ai d’abord cru qu’elle était une image d’IA! On aurait dit qu’une grand-mère très talentueuse avait fait du crochet et que quelqu’un avait planté son ouvrage dans un jardin.
Cette merveille s’appelle Banksia coccinea et elle vient d’Australie.
Une star des réseaux sociaux?
Depuis que j’ai vu cette première photo, on dirait que cette plante est devenue la coqueluche des réseaux sociaux. Et je ne suis pas la seule à avoir pensé que l’intelligence artificielle était responsable. «Ça peut pas exister pour vrai!», disent les commentaires.
C’est exactement le même phénomène qui s’était passé l’année dernière avec l’Hydnora africana, cette plante qui pue affreusement et que j’avais couverte dans ma série d’Halloween. Du jour au lendemain, il m’a semblé que tout le monde partageait des photos de cette fleur des plus singulières. Les plantes aussi ont leurs quinze minutes de gloire sur les réseaux sociaux… ou alors c’est une question d’algorithme qui m’envoie plus de Banksia parce que j’ai regardé une image plus de quelques secondes…
Dans tous les cas, il faut dire que la Banksia coccinea a tout pour devenir virale: elle est photogénique, complètement bizarre, et elle défie ce qu’on pense savoir sur l’apparence des fleurs.
Une architecture florale qui défie l’entendement
La Banksia coccinea produit des inflorescences (en gros, des bouquets de fleurs) qui comptent environ 280 petites fleurs individuelles. Contrairement aux autres fleurs où tout se tasse ensemble dans un «motton» relativement compact, celle-ci organise ses fleurs en colonnes bien distinctes, avec de grands espaces vides entre chaque colonne. Et le plus fou, c’est que chaque petite fleur a un style (c’est le nom de la partie rouge ou orangée qui sort de la fleur) qui se recourbe tellement qu’il finit par faire des boucles. Et non, toutes les fleurs n’ont pas un style aussi stylé!
Résultat? On dirait vraiment du crochet ou du tricot fait à la main.
Cette forme si particulière n’est pas juste pour faire joli (même si c’est réussi!). En fait, cette fleur a évolué spécialement pour son principal pollinisateur: un petit marsupial australien appelé le possum à miel (Tarsipes rostratus en latin, ou noolbenger en langue aborigène). Ce petit animal a une langue de presque 2 cm qui bouge super rapidement – trois fois par seconde! – et cette architecture florale bizarre facilite son travail.
Les graines de cette plante ont aussi une stratégie de survie fascinante: elles restent prisonnières dans des follicules ligneux (des enveloppes sèches et dures) pendant des années, attendant qu’un feu de forêt les libère. À 140 °C, les follicules s’ouvrent et les graines peuvent germer dans le sol enrichi par les cendres. Comme quoi les feux de forêt, bien qu’ils puissent être désastreux, ont toujours fait partie de la vie et de l’évolution.
Le rêve impossible pour nos jardins
Bon, évidemment, après avoir vu ça, ma première pensée a été: «Est-ce que je peux en planter une dans ma cour?» (Oui, même moi qui ne suis pas folle des fleurs, j’étais tentée!)
Mais non. Évidemment que non. Cette beauté australienne a besoin de températures qui ne descendent jamais sous -6 °C. Ici au Québec, avec nos hivers qui vont allègrement à -25 °C ou pire… Ce n’est pas pour une jardinière paresseuse.
Et même en pot à l’intérieur, c’est mission impossible. C’est une plante qui vient du sud-ouest de l’Australie, où le climat ressemble à la Méditerranée. Elle a co-évolué avec son environnement pendant des millions d’années, et on ne peut pas le reproduire dans un salon. Elle a besoin de son cycle naturel de saisons, avec des périodes de fraîcheur relative et des changements dans la durée du jour.
Alors à moins d’avoir une serre ultra-spécialisée avec contrôle de température, d’humidité et de photopériode… on peut oublier ça! Peut-être un défi pour un jardin botanique? Je dis ça, je ne dis rien!!
L’émerveillement à portée de main
Mais vous savez quoi? Ça m’a fait réaliser quelque chose. On passe notre temps à s’émerveiller devant des curiosités botaniques qui viennent de l’autre bout de la planète, alors qu’on a des trésors floraux extraordinaires juste ici!
D’ailleurs, dimanche, j’ai donné une conférence à la ferme florale Libella, un endroit dont je vous ai déjà parlé et que j’adore. Chaque fois que j’y vais, je sors de là avec le sourire, les yeux pleins de couleurs et les oreilles bourdonnantes du vol des pollinisateurs.
Après ma conférence, je suis allée passer la nuit au gîte Chesham à Notre-Dame-des-Bois (du côté de Mégantic), et là j’ai découvert un autre jardin absolument magnifique, rempli de fleurs cultivées et organisées avec soin. D’ailleurs, la pergola ensevelie de vigne vierge: super spot pour un verre après le boulot!
Sachant que je travaillais sur cet article, j’ai pris le temps d’observer les fleurs de près, de voir leurs différents organes, leurs imperfections, leurs textures… Et même si je préfère mettre mon énergie dans ce qui se mange, je dois dire que mon regard sur les jardins de fleurs a changé durant cette fin de semaine. Parce que voyez-vous, je suis finalement VRAIMENT contente que d’autres aient de jolis jardins fleuris… et surtout quand c’est ouvert au public!
La beauté est dans notre cour
Pas besoin d’aller chercher une banksia australienne (même si elle est vraiment cool!) pour avoir des fleurs magnifiques. Les fleurs qu’on fait pousser ici ont leurs propres formes extraordinaires, leurs propres adaptations géniales, et surtout… elles poussent ici sans qu’on ait besoin de trop les dorloter (en règle générale!).
Prenez nos orchidées sauvages, par exemple. Oui, on a des orchidées au Québec! Le sabot de la Vierge (cypripède acaule) est tout aussi bizarre et fascinant que n’importe quelle fleur exotique. Et nos droséras – des plantes carnivores! – qui attrapent les insectes avec leurs petits tentacules collants. C’est aussi impressionnant qu’une fleur australienne qui ressemble à du crochet, non?
Et que dire de la fleur de carotte sauvage? Une jolie ombelle de fleurs femelles, avec juste une fleur mâle au milieu, souvent plus foncée.
La diversité des formes florales dans la nature est absolument hallucinante. On pourrait passer des heures à s’émerveiller devant les stratégies que chaque espèce a développées pour attirer ses pollinisateurs. Certaines imitent des insectes, d’autres font des pièges, d’autres encore changent de couleur… C’est un monde fascinant!
Alors oui, la Banksia coccinea est extraordinaire avec son allure de tricot, mais la prochaine fois que vous vous promenez dans un jardin – que ce soit à la ferme Libella, au gîte Chesham ou simplement dans votre propre cour – prenez le temps de vraiment regarder les fleurs qui vous entourent.
Il suffit parfois qu’une photo Facebook nous ouvre les yeux pour réaliser que la nature, partout où elle se trouve, n’arrête jamais de nous surprendre! D’ailleurs, surprenez-moi: quelle est votre fleur préférée?
Moi? J’ai un faible pour la simplicité des marguerites et j’adore les asters à feuilles cordées qui tapissent mon terrain en septembre.

