Grimpantes

Une plante grimpante pour cacher le voisin

Dans la cour arrière, ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir une vue sur les vallées onduleuses de Charlevoix ou les battures du Saint-Laurent (Ah! Les chanceux!). La plupart d’entre nous avons des voisins. Parfois, plusieurs voisins! C’est d’ailleurs la réalité dans plusieurs développements résidentiels, où les maisons sont très proches les unes des autres. Cela a pour effet fâcheux d’avoir deux ou trois (jusqu’à sept) voisins qui ont une vue directe dans notre cour.

Treillis qui cache un garage.
Un treillis placé juste devant la clôture permet de gagner les quelques centimètres manquants pour camoufler le garage du voisin. Photo: Field Outdoor Spaces, flickr.

La clôture a une limite… mais pas les plantes!

Dans la plupart des municipalités, on peut ériger une clôture d’au plus 1,80 mètres (6 pieds). C’est le maximum autorisé par la réglementation. Malheureusement, ce n’est pas toujours assez. Surtout quand la terrasse extérieure est le moindrement surélevée. Ou quand les voisins ne sont pas des plus sympathiques. On ne peut pas hausser la clôture, mais on peut certainement installer un écran juste devant la clôture pour y laisser pousser des plantes grimpantes.

Une structure solide

L’objectif ici est d’ériger une structure de plus de 1,80 mètres. Une qui sera à la fois très solide et un tantinet décorative en hiver quand la structure sera dégarnie de feuillage.

Pour la solidité, tout part de la base. On optera de préférence pour une fondation coulée dans le béton. Il se vend en quincaillerie des armatures en acier inoxydable à fixer dans le béton encore frais. Puis, on visse les poteaux dans ces étriers.

Entre les poteaux, on installera le treillage, qui peut être fait de bois, d’acier ou de fils de fer tendus. J’ai toutefois une petite hésitation à utiliser le treillis de lattes de bois. Il a tendance à gondoler avec le temps. Aussi, pour les endroits venteux, ce genre de treillis est facilement arraché. Il faut que ce soit solide, oui, mais il faut aussi que la structure offre peu de résistance au vent.

Quelles plantes grimpantes choisir?

Pour accomplir notre mission de camouflage, on optera pour des plantes grimpantes à croissance rapide et vigoureuse. Ce doit aussi être des plantes denses.

L’hydrangée grimpante  (Hydrangea anomala petiolaris) sera écartée de la sélection en raison de sa croissance lente.

Les clématites (Clematis spp.) ne sont pas tout à fait de bonnes options: leur hauteur a une certaine limite (trois mètres environ), tout comme leur densité. Et, si on a le bonheur d’avoir une cour orientée au sud, c’est le voisin qui profitera de la floraison, car les fleurs se tournent vers le soleil.

Clôture couverte de vigne verge.
Ici, carrément cultivée sur la clôture, la vigne vierge crée un écran dense et on gagne quelques centimètres en hauteur! Photo: Julie Boudreau

La vigueur en premier

Les meilleures options sont donc les plantes grimpantes à feuillage. Côté vigueur et densité, on ne fait pas mieux que la vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia, zone 2) et son petit cousin le lierre de Boston (Parthenocissus tricuspidata, zone 5) qui peuvent facilement atteindre plus de 10 mètres de hauteur. Arrivées au bout du treillis, ces plantes grimpantes se laisseront retomber, créant du volume en hauteur. Et voilà pourquoi il est important que le treillis soit bien solide. Il doit être capable de supporter cette charge.

Bourreau des arbres sur une clôture
Le bourreau des arbres est une bonne plante pour camoufler le voisinage. Photo: Julie Boudreau.

Ces deux plantes s’accrochent aux structures à l’aide de suçoirs. Elles peuvent donc s’agripper aux planches sans avoir besoin d’en faire le tour. Ce sont aussi deux plantes dont les fruits attirent les oiseaux et dont les feuilles ont une belle coloration rouge à l’automne. Malheureusement, si le scarabée japonais est présent dans votre région, ce ne seront pas les meilleurs choix, car il les défolie parfois complètement.

Un gentil bourreau

Vient ensuite une autre belle option qui est le bourreau des arbres américain (Celastrus scandens). Vigoureux à souhait et rustique en zone 4, lui aussi atteindra sans broncher les 3 ou 4 mètres requis pour cacher un voisin. Le feuillage n’a rien d’exceptionnel, si ce n’est sa coloration jaune d’or à l’automne. En plantant un plant mâle et un plant femelle, on obtient des fruits orange très décoratifs. Malgré son nom de tortionnaire, le bourreau des arbres est très vigoureux, mais pas au point d’étouffer toute la végétation environnante.

Toutefois, le bourreau des arbres asiatique (Celastrus orbiculatus), introduit d’Asie, est réputé comme une plante envahissante et problématique. Sa culture est carrément bannie en France.

Des plantes grimpantes qui repartent du sol

Houblon qui cache une clôture.
Imaginez ce houblon sur un écran bien positionné. Photo: Julie Boudreau.

Mon troisième choix se tournera vers deux plantes très vigoureuses et qui renaissent du sol à chaque printemps.

En effet, l’aristoloche siphon (Aristolochia macrophylla, anc. A. durior) et le houblon (Humulus lupulus) sont deux plantes grimpantes dont les tiges meurent complètement (ou presque) chaque année, du moins, dans les régions froides. Parfois, certaines portions plus endurcies peuvent survivre et débourrer sur 50 à 100 cm de hauteur. Mais en général, dans les zones de rusticité 5 et moins, tout repart du sol. Ce sont deux plantes rustiques en zone 4.

L’aristoloche porte des larges feuilles en forme de cœur et c’est une plante qui tolère bien l’ombre.

Quant au houblon, c’est une plante de plein soleil avec une feuillage denté et lobé. La variété à feuillage doré est fort jolie. Il y a de nombreux cultivars de houblon et bien sûr, certains sont recherchés par les amateurs de bière artisanale. Pour ces deux plantes, on peut facilement tondre ce qui repousse un peu trop loin du treillis. Après tout, ce sont des plantes vigoureuses!

Positionnez avec intelligence

Bien sûr, l’opération «cacher le voisin» ne sera pas un succès sans un positionnement judicieux de la structure. Avant toute chose, prenez le temps de vous installer dans les endroits où vous aimez relaxer dans la cour et identifiez le ou les endroits où la vue doit être bloquée.

Évaluez aussi s’il est mieux d’implanter l’écran près de la limite de la propriété ou près de la maison. Dans ce dernier cas, l’écran peut alors prendre la forme d’une pergola ou d’une structure décorative attenante à une terrasse de rêve! Il faut parfois un simple écran de 2 mètres de largeur pour vous apporter la quiétude totale.

Julie Boudreau est horticultrice, diplômée de l’ITA de Saint-Hyacinthe. Elle œuvre dans le domaine l’horticulture depuis plus de 25 ans. Elle a publié une dizaine de livres et participé à de nombreuses émissions de télévision et de radio. Elle est enseignante au Centre de formation horticole de Laval. Passionnée de son métier, Julie Boudreau se consacre à promouvoir le jardinage, le design de jardin, la botanique et l'écologie, sous toutes ses formes. Un peu grano, écolo depuis toujours, gourmande et essayeuse, Julie est une épicurieuse avec un fort penchant pour tout ce qui se prononce en latin.

19 comments on “Une plante grimpante pour cacher le voisin

  1. Sylvie Dupont

    Très intéressant. Et maintenant, si on parlait d’annuelles grimpantes qui se cultivent en pots? Ma terrasse est très grande, au deuxième étage, plein sud, exposée au vent du lac des Deux-Montagnes, heureusement couverte, mais néanmoins ensoleillée. J’utilise depuis des années des haricots espagnols comme écrans sur les côtés, mais ils s’étiolent trop tôt, dès le début septembre. Auriez-ous une meilleure idée? Merci!

    • @ Sylvie Dupont Vous avez le choix, en anuelles grimpantes : capucines (à faire naître en pots à l’abri en peu avant la fin des périodes de gel), mais également les ipomées, de couleurs variées, et les volubilis très rustiques, les cobées également, mais un peu plus délicates. Et certainemnt beaucoup d’autres que je ne connais pas !

  2. veroniquelensgmailcom

    Pourquoi ne pas proposer la vigne de rivage -Vitis riparia- qui est une plante volontaire et qui pousse vite en plus d’être une superbe plante indigène. Zone 3, endroit ensoleillé tout comme ombré. Ses fruits sont comestibles et ils attirent les oiseaux. Son couvert est prolifique, les longueurs peuvent atteindre 5 à 10 mètres. La taille est facile et se pratique en fin de saison ou au printemps.
    J’utilise ses plus grandes feuilles pour faire en faire des rouleaux de feuilles farcies. J’utilise différentes farces, l’imagination n’a aucune limite. Éboullanter les feuilles quelques minutes puis égoutter. Enrouler la farce et cuire dans un fonds de bouillon. Délicieux et excellents pour la santé !

  3. Irene Bernier

    Combien judicieux vos propos du jour!
    Que de gens m’arrivent avec ce commentaire:mon voisin je peux pu le voir!

  4. Denys Roy

    L’intimité de votre cour sera brimée par la réglementation de la ville de Québec. Voici pourquoi:

    En 2017, j’ai demandé à un urbaniste de la ville de Québec, si je pouvais faire passer un fils de fer à plus de 2m. du sol entre deux poteaux. Afin de soutenir une vigne vierge. Car une clôture ne doit pas excéder 2M. max. Même si mes voisins ont élevé leur terrain de 60cm. La réponse à été négative de la part de l’urbaniste. Je pense que la réglementation actuelle devrait être revue pour de tel cas. Je n’ai pas eu droit à une dérogation. Une haie demande plus d’espace latéralement, qu’une plante grimpante supportée par une structure dissimulée. La vigne vierge est à mon avis
    la plante grimpante la moins capricieuse.

  5. Andrée-Anne Mercier

    Notre plus bel écran, c’est du kiwi! Pousse vigoureuse même à l’ombre partielle, repousses sur toutes ses branches au printemps, floraison au doux parfum similaire à la rose et délicieux fruits en plus! Ça a pris 4-5 ans vu sa hauteur, mais notre patio est maintenant un paradis!

  6. Est-ce juste moi, les photos ne s’affichent pas.

    • Moi non plus.

    • Depuis quelques jours j’ai de la difficulté à voir les photos , il faut que je clique dessus parfois ça fonctionne parfois pas du tout !!!

  7. dorisbruxelles

    Les rosiers grimpants ou les rosiers liane. Hélas rarement remontants, mais souvent odorants et pousse extravagante, rapide et légère. C’est l’option que j’ai choisie: un de chaque côté d’une palissade qui fait un peu moins de 6m de long, exposée sud/ouest. Choisir une variété moderne résistante aux maladies et à la sécheresse. Évidemment plus de feuilles en hiver, mais qu’importe: au printemps c’est un bonheur!

  8. Comme Anonyme et Julie, je n’ai pas droit aux photos… D’autre part, comme Denys Roy, il faut attirer l’attention sur les réglementations et jurisprudences locales et/ou nationales qui ne permettent pas tout : par exemple en France, une distance minimale est obligatoire entre la limite entre les propriétés et l’endroit où vous avez le droit de planter un arbre, ici on parle de grimpantes vivaces, botaniquement c’est différent, mais…, à vérifier. En outre, il faut aussi réfléchir au problème de l’ombre éventuellement projetée chez le voisin, ainsi qu’à la question de l’entretien si des branches dépassent, ou bien des feuilles tombent chez lui. Quand les rapports sont bons, on s’arrange, mais justement, en l’occurrence, on part du principe qu’on cherche à s’isoler: à se cacher du voisin, pas seulement à le cacher lui! Le titre de l’article doit être complété…

    • BRIGITTE HAVILAND

      Vivant en France, je vous comprends parfaitement. Ce n’est pas simple d’avoir un voisin dans notre beau pays… pourquoi ? c’est plutôt défensif qu’amical ou même convivial ; désespérant. Nous avons planté, d’accord avec notre voisin, une charmille. Il ne l’arrose jamais même avec la grande sécheresse que nous avons connue cet été. Il ferme ses volets… et il a installé des rideaux devant ses fenêtres… pourtant nous ne sommes pas des voisins intrusifs. Mais finalement, la distance, dans tous les sens du terme, est une règle en France. Sartre a écrit : « L’enfer, c’est les autres. » A méditer.

  9. Merci pour cet article et les bonnes propositions.
    Un avertissement s’impose pour le houblon que est alergène.

  10. Je ne conseille a personne le houblon : tout d’abord, il ne faut pas s’y frotter car les tiges sont très « râpeuses », et d’autre part, non seulement il drageonne comme un fou, mais se ressème a distance …et c’est bien dommage car sinon c’est un champion de la croissance…

  11. Lucie beaudoin

    J ai une vigne partagée avec mon voisin..l enfer les racines sont envahissantes…beaucoup ouvrage en ete…on en perd le contrôle facilement ..demande beaucoup de temps se faufile partout sur le terrain…c est pire que le vinaigrier

  12. La vigne vierge pousse bien, elle produit des fruits après quelques années, oui, mais elle attire les très détestables scarabées japonais!!!!!!! Quelques fois, il faut faire des choix déchirants!

  13. Jimmy Turgeon

    Merci pour cet article, je réfléchissais justement à une solution de ce type depuis les 2 derniers étés. Pour vos images manquantes dans la page, c’est parce qu’il manque les sources de certains formats d’images adaptatives (responsives en anglais), le navigateur tente de donner la meilleure image selon la taille de l’écran et la résolution mais il ne les trouvent pas (par exemple l’image 220707_Parthenocissus-quinquefolia_Julie-Boudreau-4-2048×1362.jpg au format 2048×1362 est manquante, voir les attributs « srcset » dans les balises HTML ou pour avoir la liste).
    C’est probablement votre générateur de format d’image qui ne fait pas bien son travail (ou vous n’en avez pas?).
    Au plaisir de vous relire.

  14. Suzanne Roy

    Je crois que j’ai un plant de bourreau des arbres asiatiques (célestes orbiculatus ) plante avec un bourreau des arbres eg il est a toute envahir ma plate bande. Que puis-je faire pour l’éliminer, je suis dépassé. Merci de votre attention.

  15. Le houblon est éternel…J’ai 82 ans et ma grand mère avait planté. Cela avant que je vienne au monde pour cacher une clôture.Ça peut être envahissant si non controlé.La plante est belle lorsqu’elle produit ses « fruits »dont je ne me souviens pas du nom.

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