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Pollen ou pollinisateur? Lequel est arrivé en premier?

Par Julie Boudreau

L’évolution des plantes est un champ d’études fascinant. Quand on découvre (résumé grossièrement ici) que les mousses découlent des algues, puis qu’elles ont évolué pour devenir des fougères et ensuite des conifères, tout prend son sens! Des millions d’années d’essai et d’erreur pour aboutir à une innovation végétale qui en amène une autre. Et tous ces accidents de parcours qui ne verront jamais le jour…

Une abeille qui patauge dans une fleur de rosier. Photo: Debivort sur Wikimedia Commons

Une des grandes révolutions du monde végétal, c’est l’arrivée de la fleur! Puis, les fleurs aussi ont évolué. Comment a-t-on fait pour passer des plantes qui se propagent par le vent en envoyant des millions de grains de pollen dans l’atmosphère à des fleurs qui dépendent entièrement d’un partenaire ailé pour assurer la propagation du pollen? Et surtout, qui est arrivé en premier: le pollen ou le pollinisateur? Enfilons notre chapeau de détective pour découvrir le fin fond de cette histoire.

Prisonnier de son immobilité

Plaçons notre aventure dans un contexte historique. Reculons à l’ère du Mésozoïque, il y a environ 250 millions d’années. Les conifères sont bien établis et ils ont trouvé un truc sensas pour se reproduire: envoyer des millions de grains de pollen dans l’air… et croiser les doigts pour qu’un de ces mâles en puissance trouve un ovule femelle pour le féconder et produire une graine. Le vent est le principal entremetteur de leur amour. Il va sans dire que cette reproduction repose sur un coup de chance issu du plus aléatoire des hasards!

Pas facile d’assurer la survie de l’espèce, quand on a littéralement les deux pieds enracinés dans le sol. Comment transcender cette condition d’enracinée?

Cette plante qui ressemble à un cycas s’en distingue par ses organes reproducteurs qui ressemblent à des fleurs, ce qui était inhabituel à l’époque. Il s’agit d’un membre de la famille des Williamsoniacées, une famille maintenant éteinte. Image: Thérèse Ekblom du Musée d’histoire naturelle de Suède sur Wikimedia Commons.

Rusés, mais déjoués

Certains conifères ont jugé intéressant d’augmenter leur chance d’attraper un grain de pollen en exsudant de petites gouttelettes de sève collante. Et c’est ici que ça devient intéressant. Certains insectes, possiblement des coléoptères, ont flairé la bonne affaire et se sont mis à se régaler de ce liquide. C’est ainsi que ces gloutons se sont mis à propager le pollen d’une fleur à l’autre.

Le constat est sans équivoque: plus les insectes visitent les plaques collantes, plus ils contribuent à la fertilisation et la production de semences se met à monter en flèche. Un vrai bébé-boum! C’est ainsi que des plantes qui n’avaient presque aucune chance d’être pollinisées par le vent ont gagné de précieux alliés et ont supplanté les anémophiles (pollinisation causée par le vent).

Chaque petite évolution qui permettait d’augmenter le nombre de visites, la diversité des visiteurs et qui facilitait la pollinisation croisée devenait un avantage pour la plante.

Le Tilliyardembia est considéré comme l’un des plus vieux insectes pollinisateurs. On a retrouvé des fossiles de ces insectes couverts de grains de pollen. Il est aussi la preuve que les insectes agissaient sur la pollinisation AVANT l’apparition des vraies fleurs! Reconstruction par Andrey Atuchin

Innover pour charmer

Cette nouveauté dans la reproduction des plantes a amené son lot de développements. Premièrement, la sève collante s’est sophistiquée et affinée. Elle a fini par former les nectaires, qui contiennent le nectar, ce liquide sucré, plein d’énergie!

Ensuite, les fleurs ont réalisé qu’attirer des insectes pouvait comporter son lot de risque… surtout quand ces insectes se mettent à manger l’ovule (la future graine)! C’est ainsi que la future graine d’une plante s’est retrouvée enfermée dans un fruit! La plante à fleurs (angiosperme) était née!

Puis, les plantes ont réalisé qu’il était plus efficace d’assurer la reproduction quand les organes mâles et femelles se trouvaient dans la même fleur. C’est l’apparition de la fleur hermaphrodite. La fleur devient alors le carrefour commercial où l’on récolte le pollen et où on le dépose sur le pistil.

À partir du moment où les fleurs ont compris les avantages de ce nouveau partenariat, il s’en est suivi un incroyable concours de beauté! C’est à savoir quelle fleur aurait les plus beaux atouts pour ensorceler les insectes. Développer des pétales, les colorer, les agrandir; offrir du nectar plus sucré, plus abondant; produire plus d’étamines, etc.

On serait porté à croire que l’abeille a été le premier insecte pollinisateur. Mais non! Les abeilles seraient apparues APRÈS les premières vraies fleurs! Photo: Louise Docker sur Wikimedia Commons

Ce n’est pas en criant ciseau qu’on devient pollinisée

Toute cette belle aventure ne s’est pas développée en l’espace d’une semaine. Il y a ici des millions et des millions d’années en jeu. On estime que l’entomophilie (la fécondation par les insectes) est arrivée il y a 40 à 60 millions d’années. Et on suppose que cette évolution s’est déroulée sur une période de près de 50 millions d’années. Pendant 50 millions d’années, les coléoptères, les abeilles et les papillons ont évolué au même rythme que les plantes à fleurs. C’est ce qu’on appelle la coévolution!

Ce sont donc les insectes qui ont parti le bal et profondément influencé l’évolution des fleurs. Ils ont largement contribué à la diversification des fleurs, dans toutes leurs formes, couleurs, taille et… beauté!

Étiquettes + Évolution des plantes, Insectes pollinisateurs, Pollen


  1. Hélène Bédard

    Merci pour ce message historique. Fascinant !