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Les plantes ne savent pas lire les calendriers

Pour savoir quand semer ou transplanter nos plantes potagères, on se fie à toutes sortes de repères: moyenne de la date du dernier gel, période habituellement sans gel, lune, fêtes nationales ou religieuses. Bien que ces repères puissent être utiles dans certains cas – par exemple pour savoir quand commencer les semis des plantes sensibles au froid à l’intérieur – la vérité est que, d’une année à l’autre et d’une région à l’autre, le climat peut varier de façon importante.

Quand planter au jardin? Photo: Greta Hoffman

Les plantes, elles, ne savent pas lire les calendriers. Mais elles savent très bien «lire» la température du sol et de l’air, et c’est ce que nous devrions observer nous aussi pour savoir quand semer et transplanter au potager.

Comment les plantes font-elles pour «lire» le thermomètre?

Les plantes ne peuvent évidemment pas lire, elles n’ont ni cerveau ni thermomètre, mais elles possèdent plusieurs mécanismes biologiques leur permettant de détecter les variations de température dans l’air et dans le sol.

Certaines utilisent notamment des protéines sensibles à la lumière et à la chaleur, comme les phytochromes. Ces molécules changent de forme selon les conditions environnementales, aidant ainsi la plante à interpréter les saisons et à stimuler certains processus, comme la germination, la croissance ou la floraison.

Photo: Greta Hoffman

D’autres végétaux détectent plutôt les changements de fluidité de leurs membranes cellulaires. Un peu comme le beurre qui devient plus mou lorsqu’il se réchauffe, les membranes des cellules végétales deviennent plus fluides avec la chaleur. Cette modification influence le déplacement de certains ions, qui agissent comme messagers dans la cellule et activent différentes réactions métaboliques liées à la croissance, à la respiration et à la photosynthèse.

Ça donne un nouveau sens à l’expression «comme dans du beurre»!

Alors, à quelle température faut-il se fier?

Toutefois, chaque plante possède son propre réglage hérité de ses origines. Certaines espèces se réveillent dès que le sol dégèle, alors que d’autres préfèrent attendre que la terre se réchauffe avant de véritablement démarrer leur croissance.

Bien que chaque espèce, cultivar – et même les semences, selon leurs origines – puisse avoir des exigences particulières, j’ai divisé les plantes potagères les plus communes en quatre catégories: les rustiques, les tempérées, les frileuses et les tropicales. Vous comprenez que lorsqu’on généralise de la sorte, il existe toujours quelques exceptions et nuances. Ne me lancez pas de tomates si vous n’êtes pas d’accord! Mais cette classification reste un excellent point de repère pour éviter bien des erreurs.

Chacune possède:

  • une température minimale du sol pour germer;
  • une température minimale nocturne pour être transplantée sans stress;
  • et une température adéquate pour commencer l’acclimatation extérieure.

La température de germination

La température de germination correspond à la température du sol nécessaire pour qu’une semence germe dans un délai raisonnable. On peut la mesurer avec un thermomètre de sol ou même un thermomètre de cuisine, à condition de bien le désinfecter ensuite!

Photo: Lucas Pezeta 

Certaines graines peuvent parfois germer à des températures plus basses, mais beaucoup plus lentement. Or, plus une semence reste longtemps dans un sol froid et humide, plus elle risque de pourrir avant même de lever.

En général, mieux vaut donc attendre quelques degrés de plus et obtenir une germination rapide et vigoureuse.

La température nocturne

La température nocturne minimale indique à partir de quand une plante cultivée à l’intérieur peut être transplantée au jardin sans ralentissement important.

Cette température concerne autant le sol que l’air: le sol influence directement les racines, tandis que l’air affecte les feuilles et les jeunes tissus. Il faut donc mesurer les deux.

Photo: Alois Lackner

Pour simplifier les choses, on utilise toutefois une seule température de référence. Par exemple, si une plante demande un minimum de 10 °C, on attend simplement que le sol atteigne au moins 10 °C et que les nuits prévues ne descendent plus sous cette température. On peut généralement utiliser les prévisions météo de 10 à 14 jours pour surveiller les températures nocturnes à venir.

Ce n’est pas une science parfaite, mais c’est une méthode simple et très efficace pour éviter bien des retards de croissance.

Éviter les retards de croissance

Attention: il ne s’agit pas nécessairement de la température minimale à laquelle la plante peut survivre, mais plutôt de celle à laquelle elle continue de croître normalement, sans stress important.

Sous ce seuil, plusieurs plantes passent temporairement du mode croissance au mode survie. Leur métabolisme tourne au ralenti, l’absorption des nutriments devient moins efficace et certains problèmes peuvent apparaître.

Par exemple, chez la tomate, un sol trop froid peut limiter l’absorption du phosphore, provoquant parfois une coloration violacée des feuilles et un retard de croissance.

Pour se protéger du froid, certaines plantes produisent aussi des sucres et d’autres composés agissant un peu comme un antigel naturel. Ce mécanisme demande toutefois beaucoup d’énergie. Au lieu d’investir cette énergie dans la croissance, la floraison ou la production de fruits, la plante la consacre à sa survie.

Et pour reprendre notre analogie du beurre: lorsque la température baisse, les membranes des cellules végétales deviennent plus rigides, ce qui ralentit plusieurs réactions biologiques. Même sans gel, un simple coup de froid peut entraîner plusieurs jours, parfois même quelques semaines, de retard. La plante doit ensuite réajuster son métabolisme et réparer certains microdommages causés par le stress du froid.

Si la température descend sous le point de congélation, l’eau contenue dans les cellules peut geler et prendre de l’expansion. Chez la majorité des plantes potagères, cela provoque l’éclatement des cellules et des dommages souvent irréversibles.

La température d’acclimatation

La température à laquelle on commence l’acclimatation est généralement d’environ 3 °C au-dessus de la température minimale recommandée pour la transplantation. Cela donne un petit coussin de sécurité aux semis qui ont passé leur jeunesse à l’intérieur, dans des conditions plus chaudes et confortables.

Le vent et l’humidité peuvent aussi, un peu comme chez les humains, modifier la température ressentie par les plantes. Cette petite marge supplémentaire aide donc à réduire les risques de stress.

Photo: Tamara Elnova

De plus, même si une plante pourrait théoriquement tolérer une certaine température, un changement trop brusque entre les conditions intérieures et extérieures peut provoquer un choc. La plante n’est tout simplement pas encore acclimatée.

Commencer l’acclimatation à quelques degrés de plus permet ainsi d’éviter qu’elle tombe trop rapidement en mode survie.

Les plantes selon leurs besoins en chaleur

J’ai divisé les plantes potagères les plus communes en quatre catégories – les rustiques, les tempérées, les frileuses et les tropicales – afin de vous aider à choisir le bon moment pour semer ou transplanter.

Les rustiques

À peine le sol dégelé, ces végétaux sont prêts à germer. En fait, ils préfèrent même la fraîcheur et dépérissent souvent – ou montent rapidement en graines, devenant amers – avec l’arrivée des grandes chaleurs estivales. Lorsqu’ils sont bien endurcis, plusieurs tolèrent même un léger gel.

Épinard. Photo: Sayeed Chowdhury

Exemples: pois, épinards, laitues, radis
Germination (température du sol): 5 °C
Transplantation (température nocturne de l’air et du sol): 5 °C
Acclimatation: 8 °C

Les tempérées

Ce groupe résiste relativement bien au froid, mais y demeure plus sensible que les rustiques. Un froid prolongé peut ralentir la croissance ou compromettre la récolte avant même qu’elle ne commence. Il vaut donc mieux attendre un peu plus avant de les planter.

Photo: Eva Bronzini

Chez certaines plantes, comme les betteraves, les oignons et certains choux, une exposition prolongée au froid – généralement sous les 10 °C – peut leur faire croire qu’elles ont traversé un hiver. Comme ce sont des plantes bisannuelles, elles peuvent alors monter prématurément en fleurs afin de produire des semences, plutôt que de former le légume recherché.

Exemples: betteraves, choux, oignons, pommes de terre, carottes
Germination (température du sol): 10 °C
Transplantation (température nocturne de l’air et du sol): 10 °C
Acclimatation: 13 °C

Attention aux pommes de terre: elles tolèrent les sols frais, mais détestent les conditions froides et détrempées prolongées, qui favorisent la pourriture.

Les carottes pourraient presque faire partie des rustiques. Elles tolèrent très bien les sols frais et peuvent même germer à basse température, mais leur levée est souvent beaucoup plus rapide et uniforme lorsque le sol se réchauffe un peu.

Les frileuses

Ces plantes aiment la chaleur, mais tolèrent généralement un peu mieux la fraîcheur que les véritables tropicales.

Photo: Andre

Sous les 10 °C, ces plantes ne meurent généralement pas, mais leur métabolisme ralentit fortement. En respectant une température minimale d’environ 12 °C la nuit, on favorise une croissance continue sans retard important.

Exemples: tomates, cerises de terre, maïs, haricot
Germination (température du sol): 18 à 21 °C (réalisée à l’intérieur pour les transplants)
Transplantation (température nocturne de l’air et du sol): 12 °C
Acclimatation: 15 °C

Le maïs et le haricot sont souvent semés directement au jardin, car ils n’aiment pas être transplantés. Ils peuvent germer dans un sol à 12 °C, mais beaucoup plus lentement que dans un sol à 18 °C.

Les tropicales

Originaires des régions tropicales, ce sont des plantes qui adorent la chaleur! Par contre, un peu de froid peut ralentir leur croissance de façon considérable. Mieux vaut donc retarder légèrement leur transplantation que de vouloir forcer les choses.

Photo: Ünal Aslan

Exemples: tomates, poivrons, concombres, courges, basilic, aubergine
Germination (température du sol): 21 à 28 °C
Transplantation (température nocturne de l’air et du sol): 15 °C
Acclimatation: 18 °C

Les aubergines et certains basilics sont encore plus sensibles au froid. On peut même attendre que les nuits dépassent les 18 °C pour assurer une croissance rapide dès le départ.

Comme les pommes de terre, les tropicales détestent avoir les pieds froids et mouillés, une combinaison qui favorise la pourriture des racines.

Découvrez aussi mon guide ultime pour planter vos tomates sans vous planter.

La nature reste imprévisible

Comme vous le savez très bien, on ne peut jamais se fier absolument aux prévisions météorologiques, et la nature reste toujours imprévisible – ce qui fait aussi une partie de son charme.

Photo: Nadin Sh

Il vaut donc mieux être prêt à réagir en cas de baisse soudaine des températures. Gardez toujours près du jardin quelques matériaux de protection: couvertures flottantes, draps ou toiles de plastique.

Si vous utilisez du plastique, assurez-vous qu’il ne touche pas directement le feuillage, car il peut transmettre rapidement le froid aux feuilles par contact. De plus, n’oubliez pas de retirer les protections dès que le soleil se lève afin d’éviter que vos plantes ne surchauffent sous l’effet de serre!

Mieux vaut prévenir que guérir!


  1. Très intéressant et surtout très instructif, merci Mathieu!
    J’ai très hâte de transplanter mes petits plants de tomates au jardin et de semer mes haricots. Mais je vais patienter encore un peu et les acclimater doucement en attendant les beaux jours. Bon été et bon jardinage tout le monde! 🙂

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