La nature sera toujours la meilleure école pour comprendre les besoins des végétaux. Elle fonctionne de façon autonome en suivant des règles environnementales omniprésentes et interreliées qui permettent à tout l’écosystème d’un milieu donné d’être en équilibre perpétuel.
La majorité des problèmes que nous rencontrons dans nos cultures sont provoqués par la rupture de cet équilibre. J’ai remarqué que tous les écosystèmes de la planète, où sont présents les cinq paramètres vitaux des plantes, sont occupés par des végétaux. Les sols ne sont jamais à nu. Les paramètres vitaux sont : l’eau, l’air, la nourriture du sol, la chaleur et la lumière. Grâce à ces éléments, les végétaux construisent leur habitat en créant ce que j’appelle : le pâté chinois naturel. Si ce mets vous est inconnu, il s’agit d’une superposition de trois ingrédients principaux : viande hachée, crème de maïs (ou maïs en grains) et au-dessus de la purée de pommes de terre. Peu importe la recette, cette comparaison est pour faire ressortir qu’où il y a des végétaux sur la planète, vous retrouverez toujours trois couches distinctes d’ingrédients. C’est comme cela partout, sauf trop souvent dans nos propres cultures.
Le pâté chinois naturel
Partout sur la planète où il y a un couvert végétal naturel, on remarque trois couches distinctes de matière, dont chacune joue un rôle essentiel et complémentaire. Si l’une d’entre elle était absente, il faudrait oublier la vie végétale et, par conséquent, la vie animale ainsi que la nôtre, celle de l’humanité.
1. La couche de soutien des plantes: le sol.
Sable, argile, limon, terre noire et même roc… la vie végétale s’installe sur toutes ces matières. Cette couche sert de support dans lequel (ou sur lequel, dans le cas du roc) les végétaux se fixent et étendent leurs racines afin de puiser l’eau et les minéraux qui remontent du sol, ou qui circulent sur et dedans les interstices du roc, grâce au phénomène de la lampe à l’huile.
2. La couche nutritive vivante: l’humus.
Composée de matière organique décomposée et en processus de décomposition, cette couche contient ce qu’on nomme le compost, mais bien plus que cela. Cette couche est habitée par un écosystème vivant qui s’active pour transformer les tissus morts des plantes en compost et pour mêler celui-ci aux premiers centimètres du sol, ce qui crée une terre riche au-dessus d’un sous-sol pauvre.
3. La couche de protection: un paillis de végétaux morts ou de plantes couvre-sol.
C’est à la fois la couche qui protège la couche nutritive et qui contribue en même temps à former l’humus C’est cette couche de protection qui nourrit la vie dans le sol et qui contribue à la fertilité de celui-ci. C’est donc de cette couche qu’il est question dans cette article.
La couche la plus souvent négligée est la couche du dessus. Cette couche est composée de végétaux morts et vivants. Dans les écosystèmes naturels, il y a toujours les deux. Dans nos pratiques de culture, il n’y a souvent que la forme vivante de végétaux, ceux que l’on cultive et nous n’attachons pas ou peu d’importance à la couche de végétaux morts que nous nommons «paillis».
Six caractéristiques avantageuses
Sur le marché, on retrouve plusieurs catégories de paillis.
Sur le plan environnemental, un paillis adéquat doit avoir ces six caractéristiques avantageuses :
1. Il doit provenir de végétaux
Dans la nature, tout ce qui sert de paillis provient des végétaux. Ce sont toujours les tissus morts des végétaux qui forment des paillis. Regardez les feuilles des arbres dans le bois ou les herbes mortes des prairies sauvages. L’utilisation de plastique, de géotextile, de pierre concassée ou de copeaux de caoutchouc n’est pas automatiquement synonyme d’allègement de la tâche et ne permet pas d’obtenir tous les bienfaits qu’apporte un paillis naturel.
2. Il doit ressembler le plus possible aux végétaux sur lesquels vous l’appliquez
Que retrouve-t-on comme paillis dans une forêt d’érables? Dans une forêt de conifères? Dans une prairie sauvage? Si on suit la logique environnementale, est-il sensé d’appliquer un paillis de conifère sur des plantes herbacées?
3. Il doit se décomposer rapidement
Dans la nature, ce qui compose le paillis devient par la suite la nourriture des plantes. Les paillis utilisés doivent donc se décomposer suffisamment rapidement pour permettre aux végétaux de s’autofertiliser, à moins de tenir absolument à acheter des engrais concentrés et du compost, coûteux en argent comme pour l’environnement.
4. Il doit être disponible
Encore une fois, par souci environnemental et d’économie, il serait préférable que le paillis utilisé se trouve facilement et en quantité suffisante sans avoir nécessité de transport sur de grandes distances. Il doit se trouver en quantité suffisante pour approvisionner tous ceux et celles qui en ont besoin.
5. Il doit être peu coûteux
Qui souhaite investir une fortune dans ses plates-bandes et son jardin, quand il existe un moyen de faire autrement? Comme le paillis utilisé doit se décomposer rapidement pour assurer une autofertilisation, s’il faut qu’il soit coûteux, ce ne sera pas à la portée de tous, d’autant plus que les paillis coûteux sont justement ceux qui sont les moins disponibles.
6. Il doit être fait de matériaux non ou peu décomposés, pas trop grossiers et qui restent aérés
Pour éviter que les semences de plantes indésirables emprisonnées dans le paillis ne germent, il faut que les matériaux constituant le paillis puissent s’assécher entre les pluies. Voilà pourquoi ce dernier doit impérativement demeurer aéré.
En revanche, si les matières qui composent le paillis sont trop grossières, l’aération sera trop grande et ce sera le sol qui s’asséchera. De plus, ce type de paillis grossier sera moins stable face au vent. Cela vous obligera à mettre une couche de paillis trop épaisse et apportera d’autres problèmes.
Enfin, si les matériaux utilisés sont à un stade de décomposition trop avancé, le paillis ne jouera plus un rôle de protection, mais deviendra, comme cela se passe dans la nature, une couche nutritive et, par voie de conséquence, un excellent milieu de germination. D’ailleurs, il risque d’y avoir du gaspillage de matière organique, puisque cette dernière, devenue ce qu’on appelle de l’humus et se trouvant à la surface, s’envolera au moindre coup de vent ou lors d’une bonne pluie, contaminant ainsi les eaux de ruissellement plutôt que de servir de nourriture à vos végétaux.
L’analyse des types de paillis selon les caractéristiques environnementales
| Type de paillis | Provenance de végétaux | Ressemblance* | Décomposition rapide | Disponibilité | Coût faible | Matériaux aérés |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Écailles de cacao | Oui | Non | Oui | Non | Non | Non |
| Écailles de sarrasin | Oui | Oui | Oui | Non | Non | Non |
| Écorce de pin | Oui | Non | Non | Non | Non | Non |
| Paillis de cèdre, pruche, pin | Oui | Non | Non | Non | Non | Non |
| BRF (bois raméal fragmenté) | Oui | Non | Oui | Non | Non | Non |
| Pierre décorative ou volcanique | Non | Non | Non | Non | Non | Non |
| Paille de céréale | Oui | Oui | Oui | Non | Non | Non |
| Feuilles d’arbres déchiquetées | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Plantes herbacées fraîchement hachées | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
Le retour au sol des matières végétales mortes
Le retour au sol des matières végétales mortes fait foi de tout dans la nature. Sans ce retour des tissus morts, la vie végétale ne pourrait exister. Cela fait partie du grand processus de consommation circulaire (le PCC) où rien ne se perd et rien ne se crée dans la nature. Faire fi de cette grande évidence en environnement nous expose à de l’entretien accru, des dépenses sans fin en consommation de produits qui, peu importe lesquels, ont un impact négatif sur l’environnement.
Personnellement, les seules matières qui entrent dans mes jardins ne sont que les feuilles des arbres et les plantes herbacées de mon environnement immédiat. Je les gère comme étant des ressources et non des déchets. Je le fais non pas par paresse, mais par sagesse!
Je vous souhaite un bon jardinage environnemental!
