D’où sortent tous ces ravageurs? L’histoire de nos déséquilibres
C’est moi où il y a plus d’insectes nuisibles qu’avant?
On dirait que les ravageurs prolifèrent, que les invasions se multiplient et même qu’on fait face à de nouvelles espèces… Comment cela se fait-il?
Voyons voir de plus près ce qui se trame dans nos écosystèmes…
Le déséquilibre
Un cas d’actualité qui m’a particulièrement marquée ces derniers jours: cette cour d’école de Gatineau envahie par les moustiques. Forcé de se gratter ou de jouer à l’intérieur, un des élèves a mentionné vouloir le retour de l’utilisation d’un bio pesticide (Bti) qui a été banni il y a 3 ans, pour rectifier la situation.
J’ai trouvé très triste qu’un petit garçon de 6e année n’ait pas d’autre solution en tête. Il m’en vient pourtant une myriade, toutes plus plaisantes les unes que les autres… et beaucoup plus saines pour le futur de nos enfants.
Pourquoi ne pas installer des nichoirs à chauve-souris? Attirer les oiseaux et les grenouilles? Améliorer la biodiversité globale en augmentant la présence de plantes sauvages et indigènes, qui servent d’habitat à tant d’autres espèces que les moustiques, dont leurs prédateurs naturels? Les générations futures nous en remercieront…
La prolifération de ces moustiques est un signe clair de déséquilibre. Il apparaît tentant de revenir aux méthodes anciennes, qui semblaient fonctionner… mais est-ce vraiment une solution qui nous servira sur le long terme? Avec de la vision, on comprend vite que c’est la gestion de l’environnement et de l’aménagement qui a contribué à l’effondrement de l’équilibre et à la multiplication des maringouins. Des habitats de mauvaise qualité créent une chaîne alimentaire où les niveaux trophiques supérieurs ont du mal à s’établir, causant une prolifération de ceux qui bénéficient de ces erreurs (par exemple, les moustiques dans l’eau stagnante).
L’agriculture moderne
Poussé par un besoin de productivité, le modèle agricole québécois s’est grandement transformé au cours du siècle dernier. D’une agriculture circulaire, de subsistance et de proximité, à une agriculture commerciale forte en interventions et en intrants, nos paysages se sont métamorphosés.
Certains insectes ont saisi ces opportunités, avec l’appétit d’ogres dans un buffet chinois… C’est le cas des chrysomèles rayées du concombre!
Originaires d’Amérique du Nord, elles avaient l’habitude de consommer des concombres sauvages, dispersés çà et là sur le territoire. Lorsque l’industrie s’est spécialisée, notamment pour l’industrie des cornichons en conserve, vers 1950, les chrysomèles en ont profité. Elles qui peinaient à repérer l’arôme des concombres et des courges dans des jardins variés étaient désormais attirées par des superficies entières dédiées à leurs légumes préférés. En effet, grâce aux phéromones, leur esprit grégaire agit comme un aimant: plus il y en a, plus elles s’attirent.
La popularité croissante du concombre frais au Québec a poussé les cultivateurs à utiliser de plus en plus d’insecticides chimiques pour contrer ce «nouveau» ravageur. Les semences enrobées de néonicotinoïdes créaient des plants empoisonnés, des racines à la fleur. Les abeilles, pourtant nécessaires à la pollinisation des concombres, périssaient.
Représentant la 6e culture en champ la plus populaire au Québec, les 700 producteurs de concombre québécois et tous leurs voisins jardiniers se sont bien rendu compte qu’un problème en attirait un autre…
D’insecte sauvage et contrôlé par la nature, la chrysomèle s’est hissée en tête de liste des menaces aux Cucurbitacées dans toute la province, ravageant les plantes et leur transmettant une maladie mortelle, la flétrissure bactérienne.
L’ouverture des frontières
La mondialisation n’a pas épargné le domaine de l’agriculture. Des bananes accessibles à l’année à l’arrivée de ravageurs jamais vus au Québec, les effets sur les producteurs et les consommateurs ont été notoires.
Certaines espèces d’insectes ont profité des réseaux de transports mondiaux pour immigrer dans nos cours et champs. C’est le cas de la pyrale du buis, ce papillon originaire d’Asie qui cause d’importants ravages, depuis quelques années seulement.
Les buis ne se retrouvent pas naturellement chez nous, mais leur usage est très répandu, où ils font partie intégrante des aménagements résidentiels et urbains, pour des haies ou l’art topiaire. Ces plantes ornementales ont été importées et sont devenues une source importante de revenus dans une industrie florissante.
C’est en 2018 qu’on a rapporté la première apparition de la pyrale du buis au Canada, en Ontario, puis au Québec en 2023. Bien que ce petit papillon fut plutôt sédentaire, ne voyageant que 5 à 10 km par année, il a bénéficié du transport rapide des exportations pour se répandre. Après un envoi contaminé aux États-Unis en 2021, la pyrale du buis a été classée comme organisme réglementé, limitant ainsi sa propagation entre les régions.
Propriétaires de buis, restez à l’affût des signes qui indiquent la présence de cet insecte: les chenilles, les feuilles mangées et des cocons de soie blanche construits pour se protéger. Il est possible de les contrôler au stade d’œufs grâce aux trichogrammes, mais les toiles doivent être détruites à la main.
Une approche écosystémique
Comme on vient de le voir, il semblerait que certains insectes bénéficient directement de nos erreurs de grandes personnes. En essayant de tout contrôler avec des insecticides, en appauvrissant nos écosystèmes avec des monocultures et en dispersant les ravageurs sur la surface du globe, on observe la prolifération d’insectes nuisibles de plus en plus tenaces. Fort à parier que les changements climatiques attendus n’aideront pas à rétablir l’équilibre fragile sur lequel reposent nos écosystèmes. Les températures plus chaudes permettront aux ravageurs de se reproduire plus souvent dans l’année et de conquérir graduellement de nouveaux territoires, qui étaient autrefois inaccessibles.

Il est essentiel de considérer ces menaces dans leur ensemble lorsqu’on souhaite s’attaquer au problème, sans quoi les répercussions qui suivront pourraient être amplifiées.
Former la relève: Mission Équilibre Écosystème
Si nous voulons éviter que le premier réflexe des générations futures soit de ramener les insecticides aveugles du passé, l’éducation relative à l’environnement doit commencer dès le plus jeune âge.
C’est dans cette optique qu’est née l’initiative Mission Équilibre Écosystème, un jeu et un atelier interactif développés par deux professionnels de la région de Québec. En alliant les forces d’une éducatrice de formation et d’un bachelier en environnement, cette expérience permet aux jeunes de 4 à 12 ans de comprendre de manière ludique l’importance des insectes dans nos écosystèmes.
Destinée aux camps de jour, garderies, écoles ou jardins communautaires, cette animation écoéducative se déplace partout dans la grande région de Québec et à travers la province. N’hésitez pas à consulter le site pour réserver une animation ou en savoir plus sur ce projet dont l’objectif est tout simplement de semer chez les enfants un amour profond pour la vie et un désir sincère de la protéger.
Le scarabée japonais

Dans mon prochain article seront décrits en détail le scarabée japonais, ses ravages et des solutions. Fraîchement arrivé au Québec, ce généraliste se nourrit de plus de 300 espèces de végétaux différents et n’a aucun problème à passer l’hiver… Une histoire d’horreur à grande échelle pour un si petit insecte… Restez à l’affût pour découvrir des solutions naturelles!





Merci pour ces informations précieuses. J’ai un buis et je vais maintenant garder l’oeil ouvert. J »ai hâte de lire l’article sur le scarabée japonais. Je les cueille à la main et j’arrive à les contrôler assez bien pour le moment.
Merci de cet article sur les insectes.
Extrêmement instructif. Merci beaucoup!
Quel article pertinent! J’encourage et encore+++ maintenant la venue d’oiseaux par divers moyens sur mon terrain. Mon potager était beaucoup plus attaqué ces dernières années par des bestioles. MAIS cette prolifération d’oiseaux fait en sorte qu’ils mangent mes graines de semis au sol. L’ajout d’un moustiquaire au sol a fonctionné les deux premières années mais maintenant ils ont trouvé le moyen de les déplacer. C’est dur de trouver un équilibre.