Des mycoroutes pour livrer vos nutriments: bientôt la fin des brouettes de compost?
Chaque printemps, c’est le même scénario. Le bac à compost est plein à craquer de bel or noir… et mon jardin est à l’autre bout du terrain. Sans parler de ma serre, qui est, elle, à l’autre autre bout! Et devant le bac plein, pile entre mes deux destinations: moi, une pelle et une brouette… Avec une série d’allers-retours que je comptabilise mentalement comme ma séance d’entraînement du mois d’avril.
Bon, ce n’est pas si dramatique. Mais quand même! Je pourrais mettre cette énergie ailleurs!
Mais… et si le champignon pouvait faire la livraison à ma place? Des chercheurs finlandais et québécois viennent de publier des résultats qui me donnent envie de ranger ma pelle pour de bon.
Le réseau souterrain dont tout le monde parle
Si vous vous intéressez un peu à l’écologie végétale, vous avez sûrement déjà entendu parler du wood wide web: ce réseau mycorhizien souterrain qui connecte les racines des plantes via des filaments fongiques. Les champignons mycorhiziens s’associent aux racines des plantes pour former un véritable réseau d’échanges souterrains. Les plantes leur fournissent des sucres issus de la photosynthèse; les champignons leur livrent en échange de l’azote, du phosphore, de l’eau. Une symbiose qui date de plus de 450 millions d’années et qui concerne plus de 80 % des espèces végétales terrestres. Pas mal, pour un processus qu’on ne voit pas!
Ce qui est encore plus fascinant, c’est que ce réseau ne se contente pas de connecter des plantes entre elles: il redistribue les ressources. Un peu comme un système de péréquation naturel. La recherche a montré, par exemple, que le bouleau à papier et le sapin Douglas échangent du carbone via leurs mycorhizes communes, le flux pouvant changer de direction plusieurs fois par saison: quand l’un est stressé, l’autre contribue. C’est presque une intelligence collective, souterraine et silencieuse, qui redistribue les richesses là où elles sont nécessaires.
Fascinant… mais encore hors de notre contrôle. Du moins, jusqu’à tout récemment.
La percée: orienter le réseau
C’est là qu’entre en scène une équipe de chercheurs de l’Institut boréal de mycologie appliquée d’Oulu, en Finlande, en collaboration avec l’Université Laval. Publiés ce mois-ci dans le Journal of Applied Fungal Symbiosis, les travaux de la Dr Ingrid Aprilsnarr et de son collègue Dr Uso Honto présentent une technique inédite: la création de «mycoroutes» orientées artificiellement dans le sol.
Le principe? Les champignons mycorhiziens ne poussent pas au hasard. Comme bien des êtres vivants, ils suivent des signaux chimiques dans le sol – une sorte de GPS biologique fait de molécules volatiles. L’équipe a réussi à identifier et à synthétiser un groupe de composés baptisés «mycoguides», qui imitent ces signaux naturels. En les intégrant dans un substrat inoculé, disposé en corridor dans le sol, ils peuvent littéralement tracer le chemin que le réseau mycélien va emprunter.
Autrement dit: pour la première fois, on peut dire au champignon où aller.
De la théorie au potager
Les essais en champs menés à Oulu et à Québec – deux endroits qui partagent une passion commune pour les hivers interminables et les sols riches en matière organique – ont démontré que des mycoroutes stables pouvaient être établies sur des distances allant jusqu’à dix mètres, dans un corridor d’environ 25 à 30 centimètres de largeur.
L’application qui saute aux yeux: relier directement un bac à compost à une plate-bande ou à des bacs de culture. Le compost en décomposition agit comme une source généreuse d’azote et de phosphore. Les plantes en culture, elles, constituent le point d’arrivée, le destinataire affamé. Le mycélium, guidé par les mycoguides intégrés dans le corridor, fait la livraison tout seul, au rythme des besoins des plantes. Fini les brouettes et les maux de dos!
Dans les essais, les plants connectés à une source de compost via une mycoroute ont présenté une disponibilité en phosphore supérieure de 38 % à celle des plants témoins, sans aucun apport d’engrais supplémentaire. Le réseau fonctionnerait même partiellement en dormance hivernale, pour reprendre son plein régime dès le dégel – ce qui, pour nos latitudes, vaut de l’or. Pas besoin de recommencer chaque année.
La Dr Aprilsnarr résume ainsi: «Nous n’avons pas inventé le réseau. Il existait bien avant nous. Nous avons simplement appris à mieux le comprendre pour l’utiliser.»
Et concrètement, pour le jardinier?
Un kit domestique est actuellement en développement, en partenariat avec un producteur de mycorhizes déjà actif sur le marché québécois. Il devrait comprendre un inoculant de départ pour le bac à compost, un substrat de corridor à enfouir dans une tranchée peu profonde, et un inoculant d’arrivée à incorporer près des racines des plants cibles. L’installation se ferait au moment de la plantation, soit la même fenêtre que pour les autres inoculants mycorhiziens déjà disponibles en jardinerie.
Si tout va bien, le kit pourrait être commercialisé dès cet automne. Ma brouette pourrait prendre une retraite bien méritée! Les phases de test commencent bientôt, et si ça vous intéresse de participer, vous pouvez contacter la Jardinerie Poisson d’Avril pour tous les détails.
(J’espère que vous n’avez pas jeté votre pelle en lisant l’article…! Allez les paresseux, on se retrousse les manches, la saison du compost est à nos portes!)



Elle est très bonne, j’y ai cru!
Omg ! J y ai cru jusqu à la fin . Tu m a bien eue
Aaahhhh pas gentil ça ?
Ahhh Audrey, ma toi là! J’étais tellement emballée par cette nouvelle avancée. Je m’apprêtais déjà à creuser des tranchées dans mon terrain… 😉 Bon poisson d’avril!!
Passionnant histoire, bien ficelée jusqu’au bout et qui.se termine de bon matin par un rire joyeux.
Merci Audry!
Tu m’as bien eue ce matin! Lol!
Oh là là que tu m’as eu Audrey Martel ! J’ai lu ton article avec fascination, n’en revenant pas de cette découverte. Un peu plus et je cherchais la Jardinerie Poisson d’avril pour m’inscrire. Trop drôle. Merci pour ce clin d’œil et continue de mettre du soleil dans nos journées.
Hi… Hi… Hi… !!! J’y ai cru!!!
Merci. Ça commence bien ma journée!
Merci ! vous pouvez m’ajouté comme poisson qui a bien mordu.
Hahaha…. Très Bonne… 🙂
Hi hi !! Toujours très drôle!! Tu as une carrière en humour si tu veux!!
Je ne sais pas si c’est parce que je manque un peu de sommeil, mais je ne l’ai pas vu venir celle là! Bon poisson d’avril!
Trop bonne!!! Bravo La jardinière paresseuse! Larry Hogdson aurait bien rigolé! Merci!
Chapeau ! Bien documenté, bien écrit, ce texte rend l’hameçon encore plus attrayant ! Merci 🙂
Je savais qu’ on allais avoir un texte saute pour le 1 avril J’ ai donc debute par la fin du texte …..!
Ah ah ah, je me suis fais avoir d’aplomb comme on dit. Bonne et belle journée.
Pour tant… On sait que tu es espiègle.
Bien réussi, félicitation !
J’en ai les larme aux yeux.
Ha! Ha! Ha! Et oui, je me suis fait prendre moi aussi. J’étais même très emballée par l’idée.
Bravo, c’est très réussi!
Je me demandais aussi pourquoi ton article était le mercredi! Haha ! Je l’ai même lu à mon époux qui fût époustouflé lui aussi! coquine d’Audrey!!
Et bien pour moi, sur l’autre continent, heureusement qu’il y avait les commentaires, car j’ai avalé le poisson, la ligne, la canne jusqu’au mains de la pêcheresse… Trop forte Audrey
Je me suis faite avoir. Prête à me faire expédier un kit du Canada…
Tu m’as eu jusqu’a l’adresse e-mail. Très drôle