Libérez vos arbres des entraves!
Quand je me promène dans la ville de Québec, il y a une erreur que je remarque très souvent: des arbres qui portent un tuteur ou une attache qui nuit à leur santé. En effet, un tuteur est parfois nécessaire lorsqu’on plante un arbre, mais pas toute sa vie. Et une attache qui entoure un tronc et qui n’est jamais desserrée peut carrément le tuer. Regardons la situation.
Utile à la plantation… point
Il est courant de poser un tuteur à la plantation d’un arbre, surtout si l’arbre est à racines nues ou en motte* ou s’il est planté dans un endroit venteux. En effet, durant la période critique où l’arbre doit faire de nouvelles racines pour bien s’asseoir, il ne faut pas que le tronc soit trop ballotté d’un bord ou d’un autre, sinon les jeunes racines seront arrachées ou l’arbre penchera vers le côté sous le vent. Mais ce traitement est un mal pour un bien. Car un tronc doit bouger pour se renforcer.
*Il est rarement nécessaire de poser un tuteur sur un arbre vendu en pot, car sa motte de racines est alors parfaitement plate en dessous et bouge alors peu.
Effectivement, le mouvement du tronc au vent crée de minuscules blessures… qui se remplissent de lignine (c’est-à-dire du bois), ce qui renforce le tronc. C’est pourquoi un arbre qui pousse en plein champ, où il est souvent en mouvement, développera un tronc bien plus épais, solide et résistant qu’un arbre poussant en forêt où le vent est réduit par la présence d’autres arbres. Cela explique pourquoi, à l’occasion, un fort vent passant dans une forêt fait tomber des arbres en grand nombre alors que les arbres plus exposés dans un champ avoisinant y résistent parfaitement.
Un tuteur, donc, empêche le tronc de bouger autant qu’il devrait. Si on laisse le tuteur plus d’un an, le tronc développe peu et reste maigrelet. Dans les circonstances normales, donc, il faut enlever le tuteur dès que l’arbre est bien enraciné, normalement après un an, au pire, 2 ans. Sinon l’arbre risque de casser, tout bêtement, incapable de supporter le poids de sa ramure qui devient de plus en plus pesant tous les ans.
Les attaches qui étouffent
L’attache qu’on utilise pour fixer un arbre à un support joue un rôle tout aussi temporaire. Si on la laisse sur l’arbre, elle finira par s’incruster dans l’écorce, car le tronc, même tuteuré, s’épaissit avec le temps. Ainsi elle étouffe carrément l’arbre, empêchant sa sève de circuler. Je vois des dizaines de cas d’arbres en détresse à cause d’attaches. Des fois, le propriétaire a enlevé le tuteur, mais laissé l’attache. D’autres fois, les deux sont présents. Dans les deux, il faut enlever l’attache après un an (2 au maximum), sinon l’arbre en souffrira.
L’exception
Il y a un cas d’exception, bien sûr (n’en a-t-il pas toujours?). Les petits arbres dits «greffés en tête», comme les caraganas pleureurs, les lilas sur tige, etc. En effet, ce ne sont pas de véritables arbres, mais en fait des arbustes greffés au sommet d’une tige d’un autre arbuste. Cette tige fait alors office de tronc. Malheureusement, une tige d’arbuste, même si elle ressemble à un tronc, n’est pas un tronc véritable et n’en a pas toujours la force, surtout quand l’arbuste à son sommet grossit (et s’alourdit!) avec le temps. Sans tuteur, elle peut casser.

Souvent donc on va laisser le tuteur en permanence… mais il faut alors ajuster l’attache et la changer de place au moins une fois tous les deux ans. Si l’attache reste toujours au même endroit ou si on ne la desserre pas un peu tous les ans ou tous les deux ans, elle va commencer à abîmer l’écorce et c’est alors le début de la fin.
Un petit exercice
Donc, voici un petit travail facile à faire à accomplir en fin de semaine. Faites la tournée de vos arbres et enlevez le tuteur et l’attache qui leur nuisent s’ils sont en place depuis plus d’un an. Vous allez voir comme l’arbre sera bien plus solide et plus joli après!
Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans Le Soleil.


