Les petits pots et moi : une relation compliquée
J’ai un rêve. Un rêve modeste, certes, mais un rêve quand même: une rangée de petites plantes mignonnes sur le comptoir de ma salle de bain. Pas des grandes, attention! Des petites. Des toutes petites. Une mini-jungle à côté de mon lavabo, comme sur les beaux comptes Instagram où tout est lumineux et verdoyant et où personne ne semble jamais avoir d’eau calcaire sur ses robinets. Le genre de petites plantes méditatives qu’on peut regarder en se brossant les dents, au lieu de stresser sur les tâches de la journée.

Dans ma tête, c’est charmant. Dans ma réalité, c’est… un peu pathétique! J’ai bien mes petits pots. J’ai bien mes petites plantes. Sauf qu’elles font dur. Vraiment dur. Je ne sais pas comment vous dire ça autrement: mes plantes en petits pots ont l’air de vouloir mourir sans trop y arriver, et ce, depuis plusieurs années.
Alors, comme la curiosité est mon principal défaut, j’ai fait ce que je fais toujours dans ces situations: j’ai fait des recherches. Et ce que j’ai trouvé eh ben… c’est que je n’ai pas écouté les recommandations les plus basiques!
Mon intuition de départ
Voilà ce que je me disais: un petit pot, c’est moins de terre. Moins de terre, c’est moins de rétention d’eau. Donc le substrat sèche plus vite et il faut arroser plus souvent. Ce raisonnement était d’autant plus stressant pour moi que dans mon petit jardin de comptoir, j’ai notamment une crassule et une violette africaine qui n’ont pas les mêmes besoins.
Confession: Un employé de pépinière m’a déjà dit que la violette était comme les crassules, qu’elles devaient sécher entre les arrosages et que c’était fait fort. En écrivant cet article, j’ai appris qu’en fait, ce sont deux plantes aux besoins très différents… (On a la chance d’être une belle équipe et mes textes sont heureusement relus par des experts!) Je vous mets souvent en garde contre les conseils de Paulette sur les réseaux sociaux, je ne pensais jamais que l’employé d’une pépinière pouvait être une Paulette! Je réitère donc: faites vos recherches sur des sources fiables! Moi? Je ne suis pas une source fiable pour ça, je suis biologiste, pas horticultrice: faites-moi confiance pour les musaraignes, pas pour les soins à donner aux violettes!
J’ai un blocage mental face aux plantes grasses: j’ai tellement entendu «laisse-les sécher au complet, mais arrose-les comme s’il y avait un déluge!» que je me retrouve à les regarder avec une culpabilité préventive chaque fois que je tends la main vers l’arrosoir. Et pour la pauvre violette, eh bien… Elle a séché beaucoup plus souvent qu’elle n’aurait dû avec mon ignorance pour unique cause!
Bref, voilà mon hypothèse: je n’arrose pas assez souvent, parce que j’ai peur d’arroser trop, et les plantes souffrent de sécheresse dans leurs petits pots qui s’assèchent trop vite. Logique, non?
Mais ce n’est pas vraiment ça mon problème!
Le grand renversement
Premier élément de mes recherches: pour les succulentes comme la crassule, les petits pots ne sont pas un problème – ils sont recommandés. Parce que justement, le faible volume de substrat sèche plus rapidement entre les arrosages, ce qui correspond parfaitement à ce que ces plantes aiment. (Et là, je la regarde en criant: POURQUOI TU MEURS ALORS?) Dans leur milieu naturel, elles poussent souvent dans des fissures rocheuses, dans un sol peu abondant qui se draine en un éclair après la pluie. Un petit pot qui sèche vite, c’est leur habitat «normal». Pas pour devenir énorme (ce qui n’est pas l’objectif ici), mais pour se maintenir et bien vivre.
La violette africaine aussi préfère être à l’étroit dans son contenant. Ces petites dames des forêts tropicales de Tanzanie et du Kenya aiment sentir leurs racines bien serrées. (Mais je répète parce que moi aussi, je dois assimiler l’information: bien serrées, mais PAS SÈCHES, Paulette!)
Alors si le problème n’est pas la taille du pot, c’est quoi?
La terre qui repousse l’eau
C’est là que ça devient intéressant (et un peu gênant) parce que la réponse était sous mon nez depuis le début, ou plutôt sous mes doigts chaque fois que j’arrosais.
La grande majorité des terreaux commerciaux contiennent de la tourbe. La tourbe est un excellent substrat dans des conditions normales: elle retient bien l’humidité, se décompose lentement, et donne une belle texture légère et aérée. Son problème? Quand elle se dessèche complètement, elle devient hydrophobe. Elle repousse l’eau.
Concrètement, voilà ce qui se passe: vous versez de l’eau sur votre petit pot. L’eau, au lieu de s’infiltrer dans le substrat, glisse le long des parois intérieures du pot et ressort directement par le trou de drainage. La surface du terreau reste à peine humide. Les racines, elles, n’ont rien bu. Vous croyez avoir arrosé. La plante, elle, a encore soif.
J’ai arrosé deux jours avant de prendre cette photo: ce n’est pas normal de pouvoir sortir la motte ainsi! La terre devrait être gorgée, lourde, et remplir le pot.
Et voilà le drame: dans un petit pot, le substrat sèche effectivement plus vite que dans un gros pot. Si on attend trop longtemps entre deux arrosages – ce que je fais par peur de trop arroser –, la tourbe atteint ce fameux stade hydrophobe. Et c’est la descente aux enfers: on arrose, l’eau passe à côté, le substrat ne se réhydrate pas, la plante souffre, on arrose encore, même résultat…
Le cas particulier de ma violette africaine
Pour la violette africaine, il y a en plus une complication supplémentaire que j’ignorais: ces plantes détestent l’eau froide sur leurs feuilles. Et même sur leurs racines, en fait. Alors ma technique d’ouvrir le robinet et de la mettre sous le jet d’eau… Pas l’idéal! Elles préfèrent nettement être arrosées par le bas, en laissant le pot tremper dans une soucoupe d’eau tempérée pendant quinze à vingt minutes, le temps que le substrat absorbe ce dont il a besoin par capillarité. (Ça, honnêtement, je le savais… Mais je suis paresseuse!)
Ce mode d’arrosage a l’avantage de réhydrater beaucoup mieux un substrat qui aurait commencé à devenir hydrophobe, parce que l’eau remonte lentement de la base plutôt que de dégringoler en surface. Un élément de réponse pour ma mini forêt.
Mon plan
Alors voilà mon plan: je vais rempoter mes plantes dans un substrat mieux équilibré – pour la crassule, un mélange spécial cactées avec de la perlite supplémentaire et moins de tourbe; pour la violette, un terreau neuf qui retiendra l’eau (donc avec de la tourbe ou de la fibre de coco), et que je ne laisserai pas sécher complètement (compris, Paulette?). Et je vais changer ma technique d’arrosage: arroser par le bas avec de l’eau tempérée.
Dans quelques semaines, je vous dirai si ma mini-jungle de comptoir a enfin l’air en vie. Ou si j’ai trouvé une autre explication encore plus humiliante à mon échec horticole. Parce que, oui, être trop paresseuse pour arroser par bassinage, en plus de ne pas avoir double-vérifié les conseils de culture, et écrire sur un blogue appelé «le jardinier paresseux», ça a un certain niveau d’ironie! (L’important, c’est de participer!)
En attendant, si vous avez des petits pots dans votre maison et que vos plantes font dur elles aussi, voici la question à se poser avant de conclure quoi que ce soit: est-ce que la terre repousse l’eau plutôt que de l’absorber? Un test simple – versez un peu d’eau très lentement sur la surface du substrat et observez. Si elle perle et glisse sur le côté comme sur une surface cirée, vous avez votre réponse.
Bref, quelque part, une plante assoiffée m’attend avec une patience que je ne mérite peut-être pas… Mais je travaille là-dessus!





L’eau
J’arrose les mottes au complet
Je laisse de l’eau dans la soucoupe qq minutes puis de vide.
Mais, en hiver, dans nos maisons où l’air est sec x 5 mois, j’arrose plus souvent et je spray le feuillage chaque matin.
Mes pots plus petits ont droits à une séance dans l’évier lorsque je sens que le sol s’est trop asséché (merci! Je ne connaissais pas le terme ‘hydrophobe’). J’attends que le terreau se regorge d’eau (une trempette dans 1 po d’eau – eau tiède pcq le Saint-Laurent est tellement glacé encore aujourd’hui!).
On a tant de choses à découvrir
Essayer et comprendre
J’adore ce blog !!
Merci Audrey de dévoiler les défauts!. Même constatation chez moi, et en plus j’ai des pots en métal qui réchauffent au soleil et assèchent doublement. Mon dernier truc est d’ajouter à l’eau de l’engrais d’algue. La terre semble alors retenir et s’enrichir et les cactées s’en portent beaucoup mieux après quelques semaines. Même mes cactus de Noël vont fleurir pour Pâques!
Bonjour Audrey,
Comment est ta lumière dans ta salle de bain? La violette a besoin de lumière sans soleil direct.
Bonjour Audrey, tu es toujours aussi intéressante. Voici un petit conseil, bassine tes plantes grasses et violettes avant et pendant l’arrosage de tes autres plantes le matin, tu peux même prendre ton café pendant leur bassinage. J’aime moi aussi les plantes en petits pots mais sur le bord d’une fenêtre au sud, j’y ai mes plantes grasses rendues roses et ma violette africaine fleurie, proche d’une fenêtre à l’est.
Pour la violette africaine, je conseillerais même une mini-serre tellement elles aiment avoir un bon substrat humide (sans être détrempé), on arrose 1 fois tous les 6 mois et il s’établit un cycle naturel évaporation/réinfiltration de l’eau… sinon le bassinage, y a que ça de vrai pour ces bizarres terreaux hydrophobes que les jardineries nous vendent depuis quelques temps.
Pour les plantes grasses qui filent en longueur, la question de la luminosité de leur emplacement se pose peut-être ?
Pour ma part, ma première réaction est de questionner l’emplacement. Avant même de lire le texte, j’ai pensé qu’elles étaient trop loin d’une fenêtre avec un soleil du matin.