Les belles fleurs de Mingan!
Par Julie Boudreau
Cet été, je me suis fait plaisir et je suis retournée explorer les îles de l’Archipel-de-Mingan pour une seconde fois. Je crois que je pourrais écrire 20 articles sur ce magnifique coin de pays, tant il y a de choses à dire et de choses à voir. Havre-Saint-Pierre et ses environs est un lieu exceptionnel, tant par son histoire, ses paysages époustouflants, les célèbres monolithes, les sites de nidification des macareux moines et des eiders à duvet et surtout l’accueil chaleureux des «locaux» (c’est ainsi qu’ils se nomment entre eux).

Et bien sûr, que dire des plantes! Les îles de l’Archipel-de-Mingan offrent une flore unique, que l’on ne voit pas souvent ailleurs dans la province. Chaque île a son caractère unique et dans mon humble avis, il faut TOUTES les visiter!
Visiter TOUTES les îles!
Visiter les îles de Mingan demande un brin d’organisation, car tout s’orchestre en fonction de l’horaire des bateaux qui vous permettent d’accéder à ces petits paradis insulaires. Ainsi, il y a deux points de départ: le premier à Longue-Pointe-de-Mingan, près de l’église, pour atteindre l’île Nue et l’île aux Perroquets et un second à Havre Saint-Pierre, près du Portail Pélagie-Cormier pour Grande Île, Quarry, Niapiskau, du Fantôme, du Havre, Petite île au Marteau. Certaines îles proposent des sites de camping rustique ou de l’hébergement. On réserve son camping avec Parcs Canada, puis on réserve son transport auprès d’une des entreprises qui offre ce service. On peut aussi faire des visites d’une journée, toujours en fonction des heures de départ des transporteurs. Et enfin, parfois, le temps est si mauvais que la traversée est annulée. Il faut être prêt à cette éventualité (je te reverrai un jour, île Nue!).
Je vous propose ici de découvrir la flore, en partant de votre site d’accostage, le littoral, puis d’entrer progressivement «dans les terres», à la rencontre des plantes qui habitent la sapinière et la tourbière.

La flore du littoral
Votre arrivée sur les îles se fera immanquablement en compagnie d’un trio bien connu! Les premières plantes à habiter les rives de cailloux seront la gesse maritime (Lathyrus japonicus), l’élyme des sables (Leymus sp.) et la mertensie maritime (Mertensia maritima). Quiconque a visité les rives salées du Saint-Laurent les connaît bien!
Mais au travers de ce trio qui domine le littoral, on tombera sur une plante rampante aux feuilles épaisses, le honckénye faux-pourpier (Honckenya peloides), qu’il est plus facile d’appeler le pourpier de mer. Même s’il a l’air d’un petit sédum, il est plus apparenté aux œillets!

C’est aussi sur le littoral que vous croiserez une plante qui habite les rivages salés du fleuve Saint-Laurent, au Québec, et des provinces maritimes. Le séneçon fausse-arnica (Senecio pseudoarnica) est un vrai rayon de soleil. C’est une plante imposante au feuillage très poilu qui émet des capitules jaune vif qui ressemblent à des tournesols. Dans un univers où on doit plus souvent se mettre à quatre pattes pour photographier les plantes de Mingan, elle est une exception. D’ailleurs, dans la Flore laurentienne, le Frère Marie-Victorin disait que c’était une plante à la fois étrange et remarquable. Puisque la floraison se produit au mois d’août, il faut parfois faire un choix déchirant, quand vient le moment de choisir la date de son voyage: les séneçons du mois d’août ou les sabots de juin!

La lande à cailloutis
C’est juste en haut de la côte! On pourrait la décrire comme la zone de transition entre le littoral et la végétation plus dense. On y trouve un tapis de cailloux, à travers lequel commencent à se manifester les conifères. D’abord rampants, avec le genévrier commun (Juniperus communis) au feuillage «piquant» et le genévrier horizontal (Juniperus horizontalis) au feuillage «doux» que l’on connaît bien si on fait de la randonnée en montagne. Puis, ici et là, quelques épinettes noires et quelques sapins rabougris se risquent à affronter en solo les aléas du climat.
C’est donc une bande de végétation relativement basse et dégagée. C’est ici, selon moi, que l’on fait les plus belles trouvailles! Et, en fonction du sol et des pierres, les trouvailles changent!

Notre premier trésor sera la primevère laurentienne (Primula laurentiana). Souvent pas plus haute que 10 cm, mais pouvant s’élever jusqu’à 20 cm. Il faut s’arrêter et se pencher pour la voir! Jamais bien loin, on tombe souvent sur une curieuse plante insectivore, la grassette vulgaire (Pinguicula vulgaris). C’est sur le feuillage visqueux que les insectes restent prisonniers. La fleur est spectaculaire avec son petit éperon. Je croyais la croiser dans les endroits tourbeux, mais non, elle est là, à flanc de rocher, dans une petite dépression humide.

Puis complètement ailleurs, on trouvera la dryade de Drummond (Dryas drummondii), à fleurs jaunes et la dryade à feuille entière (Dryas integrifolia), aux fleurs blanches. À mon récent passage, vers la fin de juin, cette dernière était la reine des îles! Il y en avait partout!

Enfin, on ne peut pas passer sous silence la grande vedette des îles de Mingan, le cypripède jaune (Cypripedium parviflorum). Le cypripède jaune, aussi appelé le sabot jaune, est sans contexte le Brad Pitt des îles de Mingan! Il est flamboyant comme une vedette de cinéma! Quel étonnement de le voir pousser dans les amas de gravillon, à travers la roche, dans des dépressions tourbeuses ou parmi des arbustes rampants. Vers la mi-juin, il y en a partout! Et jamais on ne se lasse devant cette fleur fascinante.

Enfin, les amateurs de plantes alpines (dont je suis) se pâmeront devant de petits monticules de silène acaule (Silene acaulis), saxifrage cespiteuse (Saxifraga cespitosa), la saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia) et plusieurs petites draves (Draba sp.), des stellaires (Stellaria sp.) ou des sablines (Sabulina sp.). Bref, un paquet de petites plantes minuscules. Il faut souvent se mettre à genou pour bien les voir! (Et c’est la principale raison pour laquelle on vous conseillera fortement de rester sur les roches!)

Dans la lande arbustive
Ici, la végétation forme un tapis composé d’un mélange libre de camarine noire (Empetrum nigrum) et des deux genévriers indigènes mentionnés plus haut. On trouvera, selon les occasions, le bouleau nain (Betula sp.) et l’airelle des marécages (Vaccinium uliginosum).
C’est ici que l’on fera la connaissance d’un arbuste méconnu et pourtant bien présent au Québec, la shépherdie du Canada (Shepherdia canadensis). C’est un arbuste assez intéressant, car c’est un fixateur d’azote qui ne fait pas partie de la famille des légumineuses. En fin d’été, il produit des baies rouges. Cultivé dans les jardins, il peut atteindre près de 4 mètres de haut, mais ici, le climat aride le fait rarement dépasser un mètre.
C’est dans cette merveilleuse tapisserie végétale, ponctuée de taches grises de mousse de caribou que l’on pourra dénicher une des petites beautés des îles de Mingan, le calypso bulbeux (Calypso bulbosa). Haut de 15 ou 10 cm, il se dissimule dans les poches légèrement humides, souvent dissimulé par le feuillage des autres. Il faut donc le chercher pour le trouver! Et nul besoin de marcher dans la végétation (ce qui est interdit sur ces îles à la végétation très fragile), il est juste là, au bord des sentiers!

Dans la sapinière
La majorité des sentiers accessibles au public se trouve sur le littoral. On fait le tour ou une partie du tour de l’île. Mais, en de rares occasions, comme sur l’île Quarry ou Niapiskau, on peut traverser la zone forestière d’une île. Cet endroit est majoritairement composé de sapins baumiers et d’épinettes noires ou blanches. S’il y a du feuillu, ce seront de petits sorbiers ou des bouleaux blancs.
C’est ici que l’on aura à sortir sa loupe pour découvrir une des dizaines de petites orchidées miniatures qui habitent les tapis de mousse et de sphaigne du couvert forestier. Mon coup de cœur de ce voyage fut sans conteste la listère cordée (Neottia cordata) que j’ai pu observer juste là, à côté de mon terrain de camping et que j’ai revue à maintes reprises pendant mon séjour sur la Côte-Nord. Chaque fleur verdâtre et bourgogne mesure à peine quelques millimètres de long et ressemble à un petit lutin aux souliers pointus.

On fera aussi la rencontre d’un arbuste au feuillage qui rappelle celui des érables: la viorne comestible (Viburnum edule). Cet arbuste produit de belles ombelles de fleurs blanches au début de juillet.
Dans la tourbière
C’est sur l’île Quarry que l’on peut traverser une tourbière, ce qui est une occasion rare. Dans ce tapis de mousse de sphaigne humide cohabitent les arbustes classiques: le cassandre caliculé (Chamaedaphne calyculata), le thé du Labrador (Rhododendron groenlandicum) et le kalmia à feuilles étroites (Kalmia angustifolia). Puis on découvre la superbe sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea) et surtout la chicouté (Rubus chamaemorus) ce fruit délicat à l’allure d’une framboise orangée.

Enfin, je ne peux souligner la présence à plusieurs étonnants endroits de l’orpin rose (Rhodiola rosea), un proche cousin des sedums qui habite autant les fissures des plateaux rocheux, les escarpements abrupts et même les sommets des monolithes calcaires (comment a-t-il bien pu se ramasser là?). Et enfin les merveilleuses colonies de smilacines étoilées (Maianthemum stellatum), toujours là pour nous accueillir dans la lande herbacée.

Même si je me suis régalé les yeux avec la riche flore des îles de Mingan et des environs et qu’il y aurait tellement d’autres belles plantes à vous faire découvrir (les saules rampants, les orchidées, etc.), un voyage comme celui-là est aussi un voyage de rencontres. J’envoie mes remerciements sincères à Parcs Canada de m’avoir offert l’opportunité de visiter l’île du Petit Marteau en leur compagnie. Puis, j’offre mes salutations sincères à Amber, Catherine, Chantal, Linda, Camil, Sylvie et Jean, puis aux sympathiques employés du Café Boutique du Terroir chez Julie qui ont été mes meilleurs guides touristiques! Lors de chaque visite, je me dis que je ne suis pas restée assez longtemps, la prochaine fois, j’y serai un mois et dans cinq ans, j’y déménage!

Gros merci, Julie.
Ça donne vraiment envie d’aller visiter ces îles dont je ne savais rien. Est-ce que ça ne te tenterait pas d’organiser une voyage horticole pour des adeptes? J’y participerais volontier.
Bon été!
Merci pour cette description enthousiaste et enthousiasmante!