Les belles des bois du printemps
Quand la neige fond et que le sol dégèle, les sous-bois de nos régions ne tardent pas à se couvrir des belles plantes à fleurs. Elles sortent de racines, de bulbes, de rhizomes ou de tubercules enfouis, passent sans difficulté à travers la litière forestière (la couche de feuilles mortes reposant au sol) et s’épanouissent au soleil, déployant très rapidement leurs feuilles et leurs fleurs. Elles font tout comme si elles étaient très pressées… et elles le sont.

Elles n’ont que quelques semaines pour capter assez de lumière solaire pour survivre encore une autre année, car bientôt les feuilles des arbres seront de retour, cachant toute la lumière. Il leur faut presser le pas, produire fleurs et graines en succession rapide, car elles rentreront très rapidement en dormance. En effet, ces plantes va-vite n’ont que 5 à 6 semaines environ par année pour croître: le reste du temps, elles le passent sous le sol, en dormance. On les appelle les «éphémères du printemps».
Une richesse en Amérique du Nord
Sans dire que nous avons une exclusivité sur les éphémères du printemps, il faut admettre que les forêts du nord-est de l’Amérique du Nord sont particulièrement riches de ces plantes. Une bonne partie de nos fleurs printanières appartiennent à cette catégorie. Cherchez pendant l’été et vous ne verrez pas beaucoup de fleurs dans nos sous-bois. C’est au printemps que tout se passe.
La présence de ces plantes de si courte durée prouve bien la maxime que la nature n’aime pas le vide. Pendant une courte période chaque année, la forêt, d’habitude si sombre, est remplie de lumière et des plantes ont évolué pour en profiter. Et n’ont pas évolué seulement une fois, mais bien de multiples fois. En fait, des plantes provenant de nombreuses familles botaniques sont devenues, indépendamment, des plantes éphémères, toutes programmées pour profiter de la manne de 5 à 6 semaines de lumière par année.
Savoir les utiliser
Les plantes éphémères n’ont pas été très utilisées dans nos jardins jusqu’à récemment. On s’est concentré sur des plantes plus permanentes: arbres, arbustes, conifères, vivaces et annuelles à floraison estivale, etc., dont nos plates-bandes sont remplies de juin à octobre. Mais on commence à se rendre compte qu’on a oublié toute une saison! Au printemps, nos plates-bandes sont sans fleurs… et on réalise peu à peu que les éphémères comblent parfaitement ce vide.
Où les planter?
L’endroit idéal pour planter les éphémères du printemps est au pied de grands arbres à feuilles caduques. Même les emplacements pleins de racines comme sous les érables ne les rebutent pas. Elles profitent de l’abondance d’humidité dans le sol suivant la fonte des neiges pour pousser. Peu leur importe que les racines des arbres rendent le sol désespérément sec durant l’été, car elles sont alors en dormance. Évidemment, creuser un trou de plantation dans un sol rempli de racines n’est pas une sinécure. En général, on se contente de planter quelques spécimens, laissant leur multiplication naturelle combler le vide.
Les éphémères du printemps ne font pas de bonnes plantes de plate-bande classique, par contre. Si vous passez votre temps à retourner la terre et à déplacer les végétaux, vous les tuerez. Chaque éphémère ne produit qu’une seule tige et quelques feuilles: si vous la brisez par mégarde, elle ne peut les remplacer et alors elle meurt. Ce sont toutefois d’excellents choix pour les jardins de sous-bois naturalisé où on plante pour laisser ensuite dame Nature s’occuper de l’entretien.
Les éphémères font d’excellentes compagnes pour les vivaces qui sortent tardivement, comme les fougères, les astilbes et les hostas, et pour les couvre-sols (petite pervenche, ajuga, lamier, etc.).
Attention!
Il ne faut jamais essayer de récolter des éphémères à l’état sauvage! La plupart sont fragiles et faciles à casser: la bataille pour les sortir des racines d’arbres leur est habituellement fatale. Mieux vaut acheter des plants en pépinière: il est alors facile de les sortir intactes du pot et de les planter sans les briser.
Le saviez-vous? Au Québec, plusieurs plantes forestières, comme le trille et la sanguinaire, sont désignées «vulnérables à la récolte». Malgré leur abondance en milieu naturel, elles sont victimes de récoltes excessives, ce qui menace leur survie à long terme. Il est illégal de les prélever en forêt pour les revendre, et leur cueillette à des fins personnelles est strictement limitée. Admirez-les en nature, mais procurez-vous vos plants en pépinière.
Quelques éphémères du printemps à découvrir
Érythrone d’Amérique (Erythronium americanum)

Cette parente naine du lis produit deux feuilles basilaires lancéolées marbrées de pourpre et une seule fleur jaune légèrement penchée. Elle forme assez rapidement un tapis… mais bien temporaire, car c’est l’une des premières éphémères à disparaître à la fin du printemps. C’est le genre de plante qui mériterait une certaine sélection horticole: la forme sauvage fait plus de feuilles que de fleurs. Il serait intéressant de développer une variété qui fleurirait à coup sûr tous les ans. Il existe par contre des érythrones hybrides, comme ‘Kondo’, ‘Pagoda’ et ‘Citronellea’, à fleurs blanches ou jaunes, qui fleurissent non seulement annuellement, mais qui produisent plusieurs fleurs par bulbe. 10 cm x 10 cm et zone 3 pour l’espèce; 30 cm x 20 cm et zone 4 pour les hybrides.
Mertensie de Virginie (Mertensia virginica)

Il est difficile à croire qu’une plante aussi substantielle puisse disparaître si rapidement, mais en fait, les abondantes feuilles vertes ne sont guère plus durables que les superbes clochettes bleu ciel. La plante à rhizomes s’étend lentement mais sûrement, formant un beau tapis avec le temps. Superbe plante peu connue des jardiniers. 30-60 cm x 30 cm. Zone 2.
Petit prêcheur (Arisaema triphyllum)

Une véritable curiosité avec sa fleur bizarre qui représenterait, d’après le nom commun, un prêtre debout dans une chaire surplombée d’un abat-voix. La fleur est verte striée de pourpre à l’extérieur, vert pâle à l’intérieur. Il n’y a qu’une ou deux feuilles trifoliées par plant et elles sont plus hautes que les fleurs. Le fruit est rarement produit, mais quand il l’est (aux 10 ans environ), il rappelle un blé d’Inde rouge vif et persiste une bonne partie de l’été. 30-90 cm x 20-30 cm. Zone 3.
Sanguinaire (Sanguinaria canadensis)
Les fleurs étoilées blanches aux étamines jaunes ne semblent jamais retenir la poussière et sont alors toujours d’un blanc immaculé. La plante ne produit qu’une seule belle feuille curieusement découpée, bleu craie à l’envers. Le nom vient de sa sève de couleur rouge sang. Elle forme assez rapidement un beau tapis… bien éphémère. J’aime bien la variété à fleurs doubles: S. canadensis ‘Multiplex’. On dirait un lotus printanier! 15-30 cm x 15 cm. Zone 2.
L’espèce est considérée comme espèce vulnérable à la récolte au Québec.
Trille grandiflore (Trillium grandiflorum)

Plante toute simple avec une seule tige, trois feuilles et trois pétales. Grosses fleurs blanches devenant roses en vieillissant. Forme de magnifiques touffes avec le temps. Il existe une foule d’autres trilles à fleurs rouges, roses, blanches, jaunes ou bicolores, mais le grandiflore est le plus voyant et le plus populaire. 20-45 cm x 15-20 cm. Zone 3.
Le trille est considéré comme espèce vulnérable à la récolte au Québec.
Ajoutez donc quelques éphémères du printemps à votre aménagement. Vous serez enchanté des résultats!
Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans le journal Le Soleil le 7 avril 2012.


Je n’arrive pas a voir les photos depuis que vous avez modifie le site, que puis-je faire?