Nos ancêtres la pratiquent depuis des générations et ça ne fait qu’une centaine d’années que nous semblons avoir presque perdu cette pratique. Et pourtant, la nature pourrait s’en porter bien mieux si ses ressources étaient plus exploitées. Aujourd’hui, on parle de l’éthique et de l’écologie de la cueillette sauvage!
Rangez vos faux, éteignez le bûcher: je vous explique dans cet article pourquoi la cueillette est une bonne chose, mais surtout, comment bien la faire.
Pourquoi cet article sur la cueillette responsable?
Première des choses: j’assume tout ce que j’écris, même si vous n’êtes pas toujours d’accord. Vous avez tout à fait droit à votre opinion et ces divergences sont une magnifique richesse qui entraîne des discussions intéressantes. MAIS! Je veux aussi m’assurer que mon propos est bien compris, et c’est particulièrement important quand on parle de cueillette sauvage. J’ai vu plusieurs commentaires doutant du bien-fondé de mes pratiques et… j’ai pleuré pendant trois jours…
OK, non, c’est pas vrai. Mais je ne voudrais surtout pas que des idées négatives «d’exploitation de la nature» ou autres demeurent sans explications supplémentaires.
(Je suis quand même très rassurée de voir ces commentaires, ça signifie qu’on a une communauté très respectueuse de la nature!)
Les «dommages» à la nature
Oui, mes articles Dans le jardin de mère Nature font beaucoup réagir, et oui, j’ai mentionné que j’allais faire mes plates-bandes avec des plantes sauvages ramassées à la pelle…
Mais! Mes cueillettes représentent si peu comparé à tout ce que je laisse derrière, et mes plates-bandes représentent une dizaine de coups de pelle dans ma propre forêt…
Des choses que des animaux auraient bien pu faire!
J’ai envie de vous présenter les choses sous deux angles différents.
Premièrement, la nature est très forte et autonome.
Elle peut très bien se régénérer d’elle-même. Alors, qu’un arbre tombe, qu’un animal creuse des trous, qu’une tempête inonde et arrache tout sur son passage, la nature s’en remettra. Les perturbations en tout genre font partie de son cycle de vie normal et sont nécessaires.
Saviez-vous que de jeunes arbres produisent plus d’oxygène que des arbres centenaires? Oui, oui, même s’ils sont plus petits et qu’ils ont moins de feuilles. Alors si un vieil arbre tombe, il permet en fait aux jeunes pousses d’avoir du soleil et de croître.
Plusieurs plantes ont besoin d’être abîmées par les animaux ou la météo pour se ramifier.
Le sol a besoin d’être oxygéné, et ce, grâce aux insectes, aux petits mammifères, mais aussi, pourquoi pas, grâce à un ours qui s’amuserait à creuser un énorme trou en arrachant toutes les racines!
Les graines et les fruits ont besoin d’être dispersés. Parfois grâce au vent, mais aussi grâce à des animaux qui mangent les fruits et défèquent plus loin les graines. Certaines graines sont même collantes et se logent dans la fourrure des animaux, qu’ils nettoieront plus loin.
Tout cela pour dire que les perturbations en tout genre sont tout à fait normales! Un feu de forêt qui paraît être la fin de tout est en fait une opportunité de renaissance pour cette forêt .
Que nous le voulions ou pas, la présence d’humains a beaucoup changé la nature, même celle qu’on dit protégée. Les prédateurs sont plus rares, certaines espèces sont en surabondance, certaines ressources sont trop ou trop peu exploitées. Pensez à votre cèdre dévoré par les cerfs, ou à vos poubelles qu’un raton vient piller avant de retourner dans son boisé. À moins de parler d’une étendue GIGANTESQUE et intouchée, il y a fort à parier que la forêt près de chez vous n’est pas à l’abri de notre influence, même si vous n’y allez pas.
Ça, c’était mon premier angle: la nature est déjà «dérangée» pour le meilleur et pour le pire, même si on n’y met pas les pieds.
On fait partie intégrante de la nature, non?
Mon deuxième angle de réflexion, c’est que nous, les humains, faisons partie de la nature. Nous sommes une espèce animale, les Homo sapiens sapiens, et, que nous le voulions ou non, nous avons notre place dans l’environnement. Est-on une espèce assez stupide pour détruire toutes nos ressources et causer notre propre extinction? Je ne veux pas lancer de débat philosophique, oubliez cette dernière phrase!
Mon point ici, c’est que durant des milliers et des milliers d’années, l’homme a cohabité et co-évolué avec la nature. Le tout dans le respect (le plus souvent) et la parcimonie. Ça ne fait que quelques décennies que l’on parle de la destruction de l’environnement, et pourtant, la chasse, la cueillette, les feux contrôlés et l’étalement ne datent pas d’hier! Alors peut-on maintenir un équilibre entre la nature et les besoins des Homo sapiens sapiens? L’histoire dit: oui.
Alors je vous propose cette réflexion: entre la grosse industrie qui dynamite les montagnes pour aller chercher des métaux, le transport de ces matériaux, leur exploitation et leur transformation polluante, leur suremballage, leur mise en marché, etc., l’ordinateur ou le téléphone sur lequel vous lisez cet article, tout cela a un potentiel destructeur vraiment plus élevé que les quelques champignons que vous ramasserez.
Une autre réflexion (moins extrême cette fois): si je cueille des têtes de violon de manière responsable, en m’assurant de ne pas abîmer les plants, suis-je moins écologique qu’en achetant un brocoli mexicain à l’épicerie?
Moi, je préfère mes ressources naturelles à l’importation, aux monocultures et aux produits chimiques!
«Oui, mais c’est pas tout le monde qui va faire attention!»
Je sais.
Je comprends et je partage votre inquiétude.
Mais entre cinq personnes ignorantes qui ramassent des framboises sauvages, ou quatre qui font attention et un seul coquin irresponsable, je préfère la deuxième option!
Et qui sait, un jour, peut-être que les gens non sensibilisés seront de moins en moins nombreux? Un sur 10, un sur 100? Il n’y a pas si longtemps, apporter nos propres sacs à l’épicerie était une hérésie et maintenant on se sent mal d’en demander un!
Si moi, je ne cueille pas dans une petite talle de 15 individus d’ail des bois, vous êtes sans doute capables d’avoir le même jugement et de vous abstenir.
Et puis dans l’avenir, si on fait un retour aux sources, peut-être qu’on sera de plus en plus autonomes? Qu’on fera de moins en moins d’importation? Ah! C’est beau rêver!
Trucs de cueillette sauvage responsable
Sans plus attendre, maintenant que j’ai établi que la nature ne souffrira pas de quelques traumatismes ( même que ça lui fait du bien), et que vous ne risquez pas de détruire la forêt si vous faites vos emplettes sauvages de la bonne façon, voici quelques trucs en rafale pour être de parfaits cueilleurs!
1- Le respect d’autrui et votre santé
- Ne cueillez pas n’importe où.
Les espaces publics, c’est oui. Les espaces de conservation, c’est non. Les terrains privés, c’est oui, avec la permission du propriétaire (ils disent toujours oui!).
- Ne vous empoisonnez pas.
Manger un champignon inconnu, c’est NON. Ramasser des pissenlits dans une pelouse traitée chimiquement, c’est NON. Manger de l’asclépiade sans avoir bien fait bouillir ou tremper pour sortir le latex toxique, c’est NON.
Posez des questions avant de cueillir et demandez de l’aide pour l’identification si vous en avez besoin. Les groupes de cueillette sauvage sont très utiles sur les réseaux sociaux pour apporter de l’aide. Pour ne pas s’empoisonner: bien identifier, bien sélectionner et bien cuisiner.
- Votre cellulaire en TOUT TEMPS avec vous.
Je ne vais même pas dans ma propre forêt sans: se casser une cheville et rester prise dans un trou au milieu de nulle part sans téléphone, je l’ai déjà fait une fois: je ne recommande pas!
- Utilisez votre GBS.
Le Gros Bon Sens est votre meilleur atout dans la cueillette sauvage! N’y allez pas en gougounes, tsé…
2- Préserver le milieu
- Attention où vous mettez les pieds.
Ce serait dommage si, en faisant attention à ne pas tuer notre plant d’ail des bois en ne prenant qu’une feuille, vous écrasez tous ceux autour!
- Ne cueillez que ce dont vous avez besoin.
Sérieusement, c’est assez difficile la récolte sauvage, ne laissez pas pourrir dans votre frigo ce que vous avez ramassé! Faites des conserves, séchez les surplus ou congelez-les. Ne ramassez pas des quantités astronomiques de quelque chose que vous n’avez jamais goûté: c’est horrible l’érythrone et vous allez être vraiment déçus du temps et de l’effort investi si c’est immangeable.
Et par pitié, laissez les fleurs là! Si vous voulez être mignon et mettre une fleur dans les cheveux de votre douce moitié comme dans les films, prenez un pissenlit.
- Renseignez-vous sur les espèces protégées dans votre région.
Peut-être qu’on ne mange pas les trilles, mais si vous êtes sensibilisés, vous ferez encore plus attention à ne pas les piétiner/cueillir. Apprenez à reconnaître votre nature et pas seulement ce qui se mange.
- Ne laissez rien derrière vous.
Que je voie un seul lecteur laisser un papier de barre tendre dans la forêt et je le bannis du blogue! On est en 2023, je ne devrais même pas avoir à mettre ce point dans ma liste…
- Utilisez votre GBS (bis).
Le Gros Bon Sens est votre meilleur atout dans la cueillette sauvage! Flatter un bébé ours, c’est pas une bonne idée, you know!
3- Préserver le plant/l’arbre/l’individu
- On ne ramasse pas TOUT sur UN SEUL plant.
Les plantes qui n’ont que quelques feuilles/fleurs doivent en garder suffisamment pour ne pas mourir. En règle générale, sur un jeune plant, on ne prend que le tiers, et sur un plant mature, on peut aller jusqu’à la moitié. Les feuilles de monarde doivent être assez nombreuses pour que la plante fleurisse, les bouquets de fleurs d’asclépiades doivent pouvoir être suffisants pour sustenter les insectes nectarivores, et l’ail des bois n’a que deux feuilles par plant pour nourrir son bulbe. Pensez-y!
- … À moins que…
Si on parle de plantes invasives comme l’ortie ou le vinaigrier, de fruits comme les fraises sauvages ou les samares d’érables, ou de champignons, gâtez-vous! Les plantes invasives vont revenir de toute façon. Les fruits, il en restera toujours quelques-uns, d’autant plus qu’ils ne mûrissent pas tous le même jour. Et les champignons, ils ne sont que la partie reproductive de l’individu et ça ne lui fait pas de tort de se la faire enlever.
- Coupez, arrachez, prélevez avec doigté.
Si vous voulez une pomme sauvage et qu’en tirant dessus, vous arrachez la branche, ce n’est pas l’idéal. Déraciner accidentellement un asclépiade, c’est moche. Munissez-vous d’un petit couteau de poche et procédez en douceur.
Les champignons et l’éternel débat: on coupe ou on arrache? Honnêtement, ça ne change RIEN. Certaines études disent qu’arracher peut blesser l’individu et d’autres disent que couper crée une voie d’entrée pour les maladies. Personnellement, j’arrache. Les écureuils n’ont pas de couteau de poche, que je sache, et ils le font depuis bien longtemps!
- Soyez la cigogne!
Vous ramassez des graines? Pensez donc à en lancer une poignée par terre avant de partir. Vous mangez une baie de pimbina? Recrachez le noyau dans le bois. Vous ramassez des pieds de quenouille? Laissez les feuilles non comestibles sur place pour faire de l’engrais. C’est le seul «déchet» que vous avez le droit de laisser!
- Utilisez votre GBS (bis bis).
Le Gros Bon Sens est votre meilleur atout dans la cueillette sauvage! Couper un pommier sauvage pour que ça soit plus facile à cueillir, c’est con!
Voilà, j’espère que ces grandes lignes de la cueillette responsable vous éclaireront et dédramatiseront «l’exploitation» du jardin de mère Nature. N’hésitez pas à donner d’autres bons trucs dans les commentaires si j’en ai oublié!
P.S. Si vous êtes un cueilleur sauvage des Premières Nations, je serais très intéressée à avoir votre avis sur le sujet. Les pratiques ancestrales gagnent bien souvent à être partagées. Brûlis traditionnels, cueillette, plantation sauvage: écrivez-moi pour qu’on en discute!
