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Dans le jardin de mère Nature: l’érythrone d’Amérique

Je vous propose une toute nouvelle série chronique: Dans le jardin de mère Nature.

Je suis très excitée par celle-ci, puisqu’il y sera question du plus paresseux des jardinages: la cueillette sauvage!

Dans ces chroniques, vous découvrirez (redécouvrirez?) des plantes communes, faciles à trouver, et qui sont comestibles et/ou médicinales (prouvé par la science). Parfois par des articles, parfois par des vidéos, j’aurai le plaisir de vous présenter des plantes de tous les types qui peuvent être consommées. Amis européens, ne soyez pas déçus: plusieurs des plantes que je présenterai seront également répandues en Europe, ou auront un équivalent.

Vous êtes prêts? C’est parti!

L’érythrone d’Amérique, reconnaître la première plante du printemps

Ce n’est peut-être pas LA première, mais dans mon cœur, c’est le premier vrai signe du printemps. Ses feuilles sortent de terre en petites tiges roulées et si pointues qu’elles transpercent la litière forestière. Une fois ces feuilles exposées au soleil, elles se déploient et tapissent joliment le sol forestier.

Photo : nickjad

Chaque année, immanquablement, la question revient: «est-ce que c’est de l’ail des bois?»

Non!

Je sais, on voudrait tous trouver une gigantesque talle d’ail des bois, si tôt dans l’année. Mais non, ce n’est pas de l’ail des bois. En fait, l’érythrone d’Amérique (Erythronium americanum), ainsi que son cousin européen l’érythrone dent-de-chien (Erythronium dens-canis) sont très faciles à reconnaître grâce aux taches violettes sur leurs feuilles. Selon l’exposition au soleil ou la période de croissance, elles peuvent être d’une couleur plus ou moins foncée, mais elles sont bel et bien caractéristiques. En comparaison, l’ail des bois est d’un beau vert tendre uniforme et les feuilles sont plus grosses.

Remarquez les taches. Photo : irisarno

Un autre point pour identifier l’érythrone est sa fleur. Celle-ci est tristement tournée vers le sol, mais elle est magnifique! La couleur jaune pissenlit en Amérique, et lilas foncé en Europe, est un appel à l’été. Si tôt après l’hiver, je ne sais pas pour vous, mais au Québec, on en a BESOIN. Penchez-vous pour observer les fleurs de face. Ça vaut la peine!

Surtout, ne cueillez pas les fleurs: c’est une source printanière vitale de nourriture pour plusieurs insectes!

Anericanum. Photo : The Cosmonaut
Dens-canis. Photo : SpeedyGonsales

Ce qui se mange

Deux choses ont comestibles sur cette plante: les feuilles et les bulbes.

Deux choses sont décevantes sur cette plante: les feuilles et les bulbes!

(Je me trouve drôle! Hihi)

En fait, les feuilles ont, selon moi, un goût infect. Ça goûte le savon sucré… Je sais, pas très ragoûtant. Elles se mangent crues ou cuites comme des épinards, mais franchement, j’ai tout essayé et je suis incapable d’apprécier le goût des feuilles d’érythrone.

Ça ne m’empêche pas, chaque année, de retenter l’expérience… Après tout, c’est mon premier signe du printemps! Tout heureuse, dans ma forêt, je goûte une feuille, puis je reviens vers la maison, malheureuse, les mains vides, et un mauvais goût dans la bouche…

Pourquoi est-ce que je vous en parle alors? Mais parce que je suis curieuse d’entendre votre avis!

Testez: cru, sauté dans le beurre, bouilli… je veux vous entendre et voir vos grimaces de déception!

Pour ce qui est des bulbes, ils sont assez petits et très riches en amidon. C’est un peu comme une patate. Ceux-ci ont d’ailleurs été longtemps utilisés en Asie pour épaissir les sauces, mais ils ont été remplacés depuis par l’amidon de patate, moins dispendieux et plus accessible.

Bulbes de l’espèce dens-canis. Photo : Meneerke bloem

Je vous avoue que je ne suis pas fan de la cueillette sauvage de racines pour plusieurs raisons. C’est difficile (en tout cas, chez moi, pas moyen de planter une pelle quelque part avec toutes les roches du sol), ça détruit le sol forestier et abîme les racines des plantes autour, et en plus, la récolte est souvent maigre. Honnêtement, entre une carotte de jardin, ou une carotte sauvage, je ne m’essaie même pas pour la sauvage. Le but, ce n’est pas de se donner plus de trouble, hein? On est des paresseux!

Donc tout ça pour dire que je n’ai jamais essayé les bulbes d’érythrone. J’en essaierai peut-être un ou deux par curiosité, mais loin de moi l’idée de me faire un gratin dauphinois à l’érythrone. Si vous souhaitez y goûter tout de même, sachez que ça se cuisine comme une patate.

Cueillette responsable

Je sais que vous êtes une communauté très respectueuse de la nature, alors je me permettrai d’ajouter à mes chroniques un point sur comment bien cueillir la plante en respect avec la nature. C’est d’autant plus important si vous voulez récolter chaque année: il faut prendre soin de vos talles!

L’érythrone n’a que deux feuilles. La plante n’a pas le temps d’en faire d’autres puisqu’elle disparaît dès que les feuilles des arbres bloquent l’apport en lumière. Pour cette raison, il est très important de ne cueillir qu’une seule feuille par plant, sans quoi la plante pourrait en mourir.

Laissez les fleurs aux insectes, je l’ai déjà dit, je le répète!

L’espèce européenne a un statut de protection. Soyez encore plus vigilants et assurez-vous que vous avez le droit de cueillir cette plante dans votre région.

Voilà, c’est ce qui conclut la toute première chronique Dans le jardin de mère Nature. Je sais, je sais, c’est un peu décevant que celle-ci ne soit pas LA meilleure plante du jardin, mais voyez ça comme une opportunité de découvrir, de vous familiariser et d’exercer votre œil à fouiller dans cet énorme jardin sauvage.

Les prochaines seront, je vous le promets, de vraies plantes délicieuses et/ou avec des vertus pour la santé! À bientôt!

Étiquettes + érythrone


commentaire sur "Dans le jardin de mère Nature: l’érythrone d’Amérique"

  1. Bonjour, le souvenir que j’ai d’avoir mangé des feuilles d’érythrone est plutôt positif. La feuille épaisse est croquante et me fait penser un peu à l’épinard. C’est peut-être, comme pour bien d’autres verdures, qu’il faut cueillir les jeunes feuilles, en salade, délicieux!

  2. Je vous ai aussi trouvée très drôle! Merci pour cet article “savoureux et pourtant pas amer! 😀

  3. Est-ce que je pourrais prélever quelques bulbes d’érythromes et les planter chez moi dans ma cour? Peut-être sous un arbre? J’aimerais bien fournir une source de nourriture indigène aux insectes du printemps mais je ne veux pas nuire à l’environnement. J’habite au Québec, sur la rive-sud de Montréal.

  4. Marie-Chantal Grégoire

    Il y en a quelques “talles” qui poussent sur mon terrain sur une petite lisière d’arbres entre mon voisin et moi, en pleine ville! Un régal pour les yeux a chaque printemps!!

  5. J’ai découvert cette jolie petite plante ((Erythronium americanum) dans le jardin de la Villa Majorelle, à Nancy dans un parterre de nivéoles et autres plantes du “premier printemps”. Même si cela avait été permis, je ne crois pas que j’aurais eu l’idée de la dévorer, ce que j’ai fait pourtant, mais seulement avec les yeux et mon appareil photo.

  6. Bien que très intéressante cette chronique sur les plantes sauvages comestibles,j’éprouve une certaine inquiétude quant à l’utilisation abusive de cette ressource. Tout d’abord pour la cueillette , les gens quitteront les sentiers ce qui amènera un piétinement et une destruction de plusieurs plantes et petits arbres, même si les gens ne cueillent qu’un bulbe ou deux pour y goûter multipliez ça par le nombre de personnes qui lisent cette chronique ! Il suffit juste de penser ce qui est arrivé avec l’ail des bois qui a failli disparaître lorsque l’engouement pour cette plante sauvage a pris son essor! De plus pour plusieurs de ces plantes printanières, il faut plusieurs années avant d’arriver à avoir une colonie de grandeur respectable. Alors imaginez que 50 jardiniers paresseux cueillent deux bulbes d’une colonie à tour de rôle; s’en est fini de cette colonie! Alors oui c’est intéressant de découvrir de nouvelles saveurs mais PRUDENCE si nous voulons profiter encore longtemps de ces merveilles.

    • Je suis tout à fait d’accord avec vous Sylvie F. Ne touchons pas à la nature!

    • Bonjour! Je comprend tout à fait votre inquiétude et honnêtement, je la partage. Toute fois, j’ai aussi des arguments dans l’autre sens!

      Je vois ça comme un excellent moyen d’intéresser les gens à la beauté de la nature et de les sensibiliser à en prendre soin.

      Je mentionne toutes les précautions à prendre pour bien cueillir et surtout, j’invite les gens à ne pas le faire dans les zones de conservation.

      Je pense que de redécouvrir notre patrimoine peut être un excellent moyen de lutte contre la crise planétaire environnementale.

      Et finalement, ne vous en faites pas pour l’érythrone… c’est impossible de s’en débarrasser!! Mais votre point sur l’ail des bois est très pertinent et c’est d’ailleurs un sujet que je traiterai la semaine prochaine! 😉

      • Je suis très d’accord avec Sylvie. C’est naïf de croire que tous ceux qui vont en nature la traite avec respect. Laissez la nature sauvage tranquille, ça suffit l’exploitation, va t’on comprendre un jour?! Faites pousser vos végétaux.

      • Audrey, vous avez ouvert la porte en faisant des commentaires sur cette plante! Vous avez même expliqué la façon de faire pour détruire encore plus notre flore sauvage. Pourquoi ne pas vous être contentée de décrire cette plante indigène tout simplement? Les plantes sauvages (indigènes) sont déjà dans leur zone de conservation. PRIÈRE DE NE PAS DÉRANGER S.V.P.

  7. J’ai la même inquiétude que Sylvie.

  8. Beaucoup d’érythrones d’Amérique sur mon terrain. Je vais goûter par curiosité. Bonne idée que cette nouvelle chronique. Hâte de lire les prochains articles!

  9. Vraiment merci pour cet article. J’en ai plein dans ma forêt. On dirait presque de la pelouse tellement elle est présente. Moi aussi je l’adore. J’espère qu’elle sera assez dense pour ralentir un peu la progression du nerprun qui semble déterminé à s’étendre chez nous.

    • Chaque année, je connais un architecte-paysagiste qui fait une corvée pour enlever le nerprun dans un boisé urbain car celui-ci est très envahissant. Je vous conseille de vous informer pour votre cas si c’est préférable de faire pareil. Peut-être qu’Audrey a une opinion professionnelle à ce sujet?

      • Les plantes exotiques envahissantes sont un énorme problème et si vous êtes en mesure que contrôler l’invasion, allez-y ! L’rrachage manuel répété est une bonne solution, bien que souvent une “grosse job”!

  10. Merci pour cet article, cette plante pousse partout sur mon nouveau terrain et je ne savais pas ce que c’était! Je ne l’ai pas vu fleurir encore par contre… Je vais adorer cette chronique, merci pour les excellents articles???

  11. Allo! J’en ai tout plein et je cherchais justement à identifier cette plante !
    Quel hasard
    J’ai reçu un arbrisseau (bouleau jaune) il y a + – 20 ans. Un bulbe devait se trouver dans les racines. La multiplication est telle que j’ai maintenant un rond de 1m tout plein de cette joli plante. Jamais vu fleurir … Est-ce qq chose qui manque dans le sol ou je ne m’incline pas assez pour voir les fleurs ?!
    Vais sortir mon oeil de Sherlock Holmes .
    Encore une lecture avec le sourire aux coins des lèvres (goût de savon – chlorophylle intense… not for me !)
    Merci !

    • C’est une plante à croissance très lente. Ça prend 7 à 10 ans avant de fleurir pour la première fois. Comment savoir si les érythrones sont matures et fleuriront ? Il faut regarder le nombre de feuilles. Tant que le bulbe n’est pas mature pour la floraison, il ne produit qu’une seule feuille. Lorsqu’il fleurit, la plante produit alors 2 feuilles.

  12. Avez-vous deja remarquer si la plante faisait des graines???

  13. Effectivement tees envahissant comme plante! Heureusement qu’elle n’est pas une envahissante néfaste !

    Je ne pense pas qu’elle manque de rien, c’est une plante très autonome. Toutefois, elle peut mettre plusieurs années avant de fleurir et ce ne sont pas tous les plants qui le font en même temps. Penchez-vous, vous devriez voir un ou deux éclat jaune 😉

  14. Audrey, excellente idée de nous parler des fleurs sauvages. J’en ai plusieurs dans mon jardin que j’ai pris partout autour. Mon sol est sablonneux et plusieurs plantes des jardineries s’y refusent.. J’ai du millepertuis, de la carotte sauvage, de l’achillée millefeuille rose, de l’asclépiade, de la chicorée sauvage., des immortelles, des épervières, des marguerites et un gazon de fraises sauvages, etc. ..

  15. J’ai de la prêle qui envahit mes plates-bandes. Comment puis-je m’en débarrasser? Même question pour le lierre terrestre. Merci

  16. J’ai toujours un plaisir à vous lire et cette série d’articles arrive à point puisque je vis maintenant entourée de forêt, ce qui me permettra sûrement d’identifier quelques espèces.

  17. Les feuilles ont bon goût mais une ou deux à la fois, pas plus. Une herboriste m’a informé qu’elle doit être consommé avec modération car elle devient vomitive (ne connait pas la quantité requise).

  18. Bonjour, est ce qu’il existe ces plantes en pépinières ou l’équivalent?
    Merci

    • J’en ai acheté 2 il y a quelques années chez Jasmin à Montréal et j’ai maintenant une belle petit talle qui fleurit chaque année, mais au soleil!

  19. Merveilleuse idée que ces capsules sur les végétaux des boisées et des forêts. Combien important est le message de cueillette éthique…

  20. Merveilleuse idée que l’exploration des végétaux des boisées et des forêts! Combien important est le message de la cueillette éthique!

  21. Ton style humoristique me plait bien… et c’est vrai que ces petites fleurs jaunes sont bien appréciées à cette période de l’année.

    Pierre

  22. Merci pour cette série d’articles qui m’intéresse vraiment. Je me souviens d’avoir rencontré cette plante en forêt. Je pense que plus on connaît les beautés de mère nature, plus on les respecte. J’ai dans mon petit jardin de ville de l’ail des bois que je chérie depuis des années, je l’avait acheté d.un pépiniéristes spécialiste des plantes de bois. Merci!

  23. Marie-Claude Lagacé

    Merveilleuse nature. J’apprécie cette nouvelle série, on a tant à apprendre sur nos indigènes. Nous avons La Forêt qui marche à Sherbrooke. Vous êtes bienvenue pour cueillir des plantes indigènes avant qu’elles ne soient détruites pour faire place à une route ou des constructions. On récupère les végétaux. Aujourd’hui les gens du Biodôme sont venus chercher des plantes printanières pour leur forêt laurentienne.

  24. Ah merci pour cette chronique ..j ai un bel étalage de cette plante chez moi,mais j’ai beaucoup appris via cette chronique !,!et il ne me serait jamais venue à l esprit d y goûter et je pense que je ne vais même pas m essayer!

  25. Merci pour cette nouvelle chronique que j’adore déjà 🙂 Je ne me souviens pas avoir croisé cette jolie plante dans ma forêt mais j’ouvrirai l’oeil lors de ma prochaine balade 😉

  26. J’ai adoré votre chronique!

  27. bonjour
    C’est vrai que l’érythrone est une des plus belles annonciatrices du printemps. Par contre, peu de gens savent qu’elle met au moins 7 ans avant de fleurir et qu’il n’y a peut être qu’une fleur pour 100 plans,,,, alors plutôt la photographier et l’admirer que la cueillir!
    Françoise

  28. Bravo pour cet article. Hyper informatif, et rigolo, sur une plante que l’on voit partout ! Cet article a répondu à tellement de questions pour moi. Super bien conçu et écrit. Merci !

  29. Sylvie, je pense comme vous. Pourquoi vouloir tout avoir et tout posséder de ce qui appartient à la nature sauvage? Pourquoi ne peut-on se contenter d’admirer ce qui est pur et simple, comme ces trésors si précieux? Apprenons à contempler et non à posséder. Laissons la vie sauvage là où elle se trouve.

  30. J’habite au bord d’un petit lac, dans un bois, et oui, il y a plein d’érythrones qui pointent au début du printemps, tellement délicates et jolies, attention à elles, de ne pas les piétiner…?

  31. Il y a plusieurs années, comme je trouvais les fleurs très jolies dans mon sous-bois, j’en ai fait un petit bouquet que je voulais donner à ma belle-mère pour la Fête des Mères. Après les avoir rentrées dans la maison, j’ai constaté qu’elles sentaient tellement mauvais qu’évidemment, je les ai jetées et ma belle-mère n’a pas eu de fleur?

  32. Merci! est-ce qu’on peut la confondre avec autre chose ou l’identification est évidente?

  33. Plante sauvage quelle bonne idée. SVP Ne te limites pas aux plantes comestibles ou médicinales, moi toutes les plantes m’intéresse. En ce qui concerne l’érythrone j’en ai même qui pousse dans la pelouse. Je ne passe pas la tondeuse tant que les feuilles sont encore visible.