La ruée vers l’azote! Où est ma laitue!?
Fin avril, je sème ma laitue et mes épinards avec l’enthousiasme habituel du printemps. Vous connaissez ce sentiment, ce petit frisson d’été en enfonçant les graines dans le sol à moitié gelé? Fin mai, j’attends encore. Pas de belles feuilles tendres prêtes à récolter: juste quelques cotylédons minuscules, trois ou quatre millimètres à peine, qui me regardent d’un air désolé. J’aurais été tentée de les consoler, mais je pense que c’est moi qui ai besoin de réconfort… Ben oui: ma laitue montait en graine il y a quelques années, et là, elle me boude!

Mes bacs ont pourtant tout pour plaire: plein soleil, sol vivant que je cultive depuis des années, bonne humidité. Alors pourquoi cette croissance aussi lente qu’un bureaucrate un vendredi après-midi?
La faim cachée sous l’abondance
Chaque automne, je laisse mes feuilles mortes, mes tiges et mes résidus végétaux se décomposer dans mes bacs. C’est la philosophie du jardin naturel: laisser la matière organique faire son travail, imiter ce que fait la forêt, recycler les nutriments. Et ça marche! Ma générosité automnale fait le bonheur des micro-organismes du sol, qui s’activent tout l’hiver et au printemps pour décomposer tout ce beau carbone.
Sauf que pour faire ce travail de décomposition, ces petits travailleurs ont besoin d’azote. Et quand la matière à décomposer est riche en carbone, mais pauvre en azote (comme des feuilles sèches et des tiges ligneuses), les microbes vont chercher ce qui leur manque ailleurs. Cet ailleurs, c’est le sol autour d’eux. Le même sol où mes laitues essaient de trouver de quoi pousser. Les micro-organismes sont meilleurs compétiteurs que les plantes pour capter l’azote disponible, et quand il y en a peu, vous devinez qui perd… Ben oui, c’est moi, avec ma fourchette au-dessus d’un bol vide! (Je mange quand même, pas d’inquiétude, mais pas de la salade!)
Mais là, attention: ça ne veut pas dire qu’il faut arrêter de pailler ou de laisser ses résidus!
Juste que ces résidus ne sont pas suffisants en eux-mêmes pour produire des courges et des panais année après année! Les microbes ne sont pas des voleurs sans merci, ce sont vos amis. L’azote n’est pas perdu, il est temporairement immobilisé puis retourné au système plus tard. Mais voilà…
J’ai fait une bêtise… Cette boîte, je ne lui ai apporté aucun autre apport que la végétation morte de l’automne depuis… Ouin… je l’ai échappée, celle-là! Plusieurs années de suite! Alors de l’azote, il ne doit plus en avoir tant que ça dans ma terre… oups!
Bref, je soupçonne que mes jeunes légumes feuilles manquent d’azote. C’est une hypothèse, j’en conviens: un printemps frais ralentit aussi bien la croissance des laitues que l’activité microbienne. Mais on est toujours bien rendu en juin, tsé! Dans un potager cultivé en continu, chaque légume récolté retire une partie des nutriments du sol, et sans apport, ou sans année de pause, même un bon sol vivant finit par s’appauvrir doucement.
Alors, que fais-je avec mes semis qui manqueraient cruellement d’azote? Quel est le petit coup de pouce pour démarrer que je peux leur offrir, le temps que l’équilibre se rétablisse? Me voici donc à la recherche d’un apport d’azote rapide, naturel, et si possible gratuit. (Parce que n’ayant pas de salade pour me nourrir, je dois donner ma paie à l’épicerie!)
La quête de l’azote rapide et gratuit
Ma première réaction est de vouloir trouver une solution avec ce que j’ai déjà sous la main. Parce que si j’achète un engrais chaque fois que mon sol est déséquilibré, j’ai l’impression de tourner en rond plutôt que de construire quelque chose. La forêt, elle, ne se commande pas de livraison d’engrais.
Ma première piste: le purin d’ortie. Le classique. Celui dont tout le monde parle dans les cercles de jardinage, celui qu’on présente souvent comme la solution miracle pour donner un coup de fouet à ses plants. Edith Smeesters en a d’ailleurs parlé dans un bel article. Mais comme je suis biologiste et que mon instinct me pousse à vérifier les affirmations derrière les produits miracles, je veux regarder les chiffres de plus près.

Ce que la science dit vraiment sur le purin d’ortie
L’ortie (Urtica dioica) est effectivement une plante remarquablement riche en azote dans ses tissus frais. Jusque-là, la réputation est amplement méritée. Là où ça se complique, c’est quand on fait le calcul de ce qui se retrouve réellement dans le liquide après fermentation.
Des chercheurs ont mesuré la composition du purin d’ortie dans des conditions contrôlées. Résultat: environ 0,06% d’azote dans le liquide. Pour vous donner une idée concrète: vous connaissez le fameux code NPK sur les engrais? Ce trio de chiffres représente les pourcentages d’azote, de phosphore et de potassium. Un engrais 20-20-20, par exemple, contient 20% d’azote. Pour le purin d’ortie, ce premier chiffre ne serait pas 20, ni même 5: il serait 0,06. C’est un apport réel, mais franchement modeste.
Ce n’est pas tout. Une partie de cet azote est sous forme organique, liée à des protéines et des acides aminés. Elle doit encore passer par le travail des microbes du sol pour devenir assimilable par les plantes, ce qui prend du temps. Or, mes laitues ont besoin d’azote maintenant, pas dans trois semaines.
Faut-il jeter le purin d’ortie aux poubelles pour autant? Absolument pas, et c’est là que ça devient intéressant. Les recherches suggèrent que ses bienfaits réels vont au-delà de la simple nutrition azotée. Il est exceptionnellement riche en fer, en potassium et en calcium, et contient des acides aminés et des molécules qui semblent stimuler les défenses naturelles des plantes. Des essais montrent des effets préventifs contre certains champignons et un effet répulsif contre quelques insectes ravageurs. C’est un produit honnête et utile, mais son point fort n’est pas l’apport massif et rapide d’azote. C’est davantage un fortifiant général à utiliser en entretien régulier qu’une intervention d’urgence. Pour mes laitues en détresse, il me faut autre chose.
La solution inattendue
En continuant mes recherches, je tombe sur un produit naturel, gratuit, disponible en quantité illimitée dans n’importe quelle maison, et dont la composition azotée est franchement impressionnante… l’urine humaine!
Je vous entends ricaner. Moi aussi j’ai ri. (Et même Larry, quand il avait traité ce sujet dans un article passé!) Et puis j’ai regardé les données.
L’urine contient principalement de l’urée, qui se convertit rapidement en ammonium dans le sol grâce aux enzymes microbiennes. Son ratio NPK est estimé à environ 11-1-2: c’est-à-dire 11% d’azote, directement disponible et rapidement assimilable.

Ce n’est pas une lubie de jardiniers excentriques: des études scientifiques sérieuses ont été menées sur le sujet. Une d’entre elles a montré que des choux fertilisés à l’urine diluée obtenaient des résultats comparables à ceux fertilisés avec des engrais conventionnels. Le mode d’emploi est simple: une part d’urine mélangée à 10 à 20 parts d’eau, à verser sur le sol (jamais sur les feuilles). À éviter si on prend des médicaments régulièrement, en raison des résidus pharmaceutiques potentiels.
Le dénouement
Ce soir-là, j’explique ma découverte à mon conjoint. Lui aussi est biologiste, alors devant des études scientifiques, pas le choix, on se plie à la science! Voici une cruche, mon chéri, si tu veux de la salade, fait ta part!
Mes laitues ont reçu leur premier arrosage azoté il y a quelques jours. Il est déjà tard, difficile de dire si je mangerai des feuilles ou non avant que ça monte en graine, mais hey, on croise les doigts! Je vous tiendrai au courant prochainement.

Et vous, avez-vous déjà expérimenté avec des engrais naturels maison? Je suis curieuse de savoir jusqu’où vous êtes allés!

Oui excellence solution pour les concombres aussi.
Notre petit chien de 15 ans mâle participe donc activement à l’enrichissement en azote de notre jardin, incluant son traditionnel tour autour du poirier!
Toujours ravie de lire vos si intéressés articles !
Est-ce que l’urine diluée serait aidante pour des cèdres qui manque de verdure et de vigueur plutôt que mettre de l’azote en granules … Merci
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Est-ce que l’urine diluée serait aidante pour des cèdres qui manque de verdure et de vigueur plutôt que mettre de l’azote en granules … Merci
J’ai déjà lu que les coquilles d’oeufs étaient riches en azote également… si je les broyes pour les rendre dans un état poudreux, ca peut être efficace rapidement au jardin pour l’apport en azote? Merci.