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La pyramide du potager: revenir à l’essentiel

Tout comme au jardin, j’aime garder les choses simples dans ma vie.

Pour rester en santé, je mange un menu plus ou moins équilibré, composé d’aliments peu transformés. Je fais régulièrement de l’exercice et je passe autant de temps que possible à l’extérieur, que ce soit pour jardiner, faire du plein air ou aller à la pêche. Pour moi, c’est la base d’un mode de vie sain.

Remarquez que je ne mentionne pas l’utilisation de suppléments, de vitamines, de probiotiques ou de médicament, naturels ou non. Rien de tout ça, à moins d’avoir une bonne raison de le faire. Je me fie d’abord à ce que la nature nous fournit depuis des millénaires. Je n’ai rien contre ces produits – dans certains cas, ils peuvent être très utiles – mais je préfère garder ça simple. La vie est déjà assez compliquée comme ça.

C’est la même chose dans mon potager. Je me concentre sur l’essentiel: la matière organique.

Photo: Skyler Ewing

On nous offre toutes sortes de produits pour améliorer les performances au jardin: engrais de toutes sortes, amendements, biostimulants, mycorhizes, inoculants, pesticides biologiques… et j’en passe. La plupart du temps, ce sont d’excellents produits… si on en a besoin, ou dans certaines conditions. Mais lesquels sont vraiment essentiels? Devrait-on tous les utiliser pour «booster» notre potager au maximum? On pourrait le faire. Mais ce ne sera pas toujours utile. Et souvent, vous risquez surtout de perdre du temps et de l’argent.

Parce que si on ne commence pas par la base, tout le reste s’écroule. On peut voir ça comme une pyramide: il faut d’abord construire une base large et solide avant d’ajouter les étages, un à un.

Niveau 1: la matière organique cruciale

Pour moi, il y a trois sources importantes de matière organique au potager: le compost, le paillis et les débris de jardin. Et au fond, elles reviennent pas mal toutes au même.

Qu’est-ce que le compost, sinon du paillis ou des débris végétaux déjà décomposés?

Bien sûr, le compost – selon les ingrédients qui le composent – est souvent plus riche et plus diversifié en nutriments et en microorganismes. Sa matière organique est déjà bien dégradée, donc plus rapidement assimilable par les plantes.

Compost. Photo: Alfo Medeiros

Le paillis, lui, est constitué de matière organique moins décomposée: feuilles déchiquetées, paille, résidus végétaux. Cette matière se transforme lentement, mais sûrement. Et pendant ce temps, elle travaille pour nous. Elle nourrit les organismes du sol, petits et grands, tout en protégeant celui-ci contre les variations de température, les pertes d’humidité et l’érosion.

Du paillis naturel et gratuit

Les débris de jardin, comme les plantes mortes en fin de saison, n’ont généralement pas besoin d’être ramassés, à moins qu’ils soient atteints de maladies. Tiges, feuilles et racines vont simplement se décomposer sur place, et même directement sous le sol dans le cas des racines, comme un paillis naturel.

Les feuilles d’automne se décomposent sur place et nourissent le sol. Photo: Maria Firman

En poussant, les plantes captent le carbone de l’air grâce à la photosynthèse – un des éléments de base de la vie – et l’intègrent dans leurs tissus. Certaines, comme les légumineuses, vont même plus loin en fixant l’azote de l’air grâce à des bactéries, les rhizobiums, qui vivent en symbiose avec leurs racines. En se décomposant, elles redonnent ensuite ces éléments au sol.

Saviez-vous? Environ 45 % de la biomasse sèche d’une plante est constituée de carbone provenant de l’atmosphère.

Peu importe sa source, la matière organique nourrit la vie du sol. Elle améliore sa structure, le rend plus aéré, plus drainant, plus vivant. Et tout ce petit monde – insectes, microorganismes, champignons et autres formes de vie – travaille ensuite au bénéfice des plantes.

C’est la base de notre pyramide.

Niveau 2: les conditions essentielles

Les plantes potagères ont des besoins bien précis. Avant même de penser aux engrais ou aux autres produits, il faut s’assurer que les conditions de base sont réunies.

D’abord, le soleil. Sans lumière, pas de photosynthèse… et donc très peu de croissance. La grande majorité des légumes cultivés au potager demandent au minimum 6 heures de soleil par jour, et idéalement 8 heures ou plus.

Photo: Kaboompics

Ensuite, l’eau. Elle est essentielle à presque tous les processus internes de la plante: croissance des racines et des parties aériennes, transport des nutriments, photosynthèse. Mais attention: ni trop ni trop peu. Un excès d’eau peut asphyxier les racines, tandis qu’un manque ralentit fortement la croissance.

Il y a aussi la question du pH et des éléments nutritifs. Un sol ni trop acide ni trop alcalin permet une meilleure disponibilité des nutriments. Car même si votre sol est riche, les plantes ne pourront pas absorber certains éléments si le pH n’est pas adapté.

Pour y voir clair, une analyse de sol ou un simple test de pH peut faire toute la différence. Sinon, comment savoir s’il manque un élément précis, comme le calcium ou le bore?

Photo: Greta Hoffman

Des carences en nutriments peuvent mener à l’échec d’une culture, non pas parce que le sol est «pauvre», mais parce que la plante n’arrive pas à utiliser ce qui s’y trouve. Un pH mal adapté peut bloquer l’absorption de certains éléments, entraînant des symptômes souvent trompeurs.

Bref, avant d’ajouter quoi que ce soit… il faut s’assurer que les conditions de base sont bonnes.

Niveau 3: les engrais complémentaires

Pour ma part, je n’utilise que des engrais biologiques, alors je ne mentionnerai que ceux-ci.

À mon sens, les engrais sont souvent secondaires.

Je m’explique. Lorsqu’on cultive un potager, c’est pour produire des fruits, des légumes, des fines herbes et autres aliments riches en nutriments, excellents pour notre santé. On retire donc du sol, via les plantes, toute une panoplie de minéraux et d’éléments nutritifs. Il faut bien les retourner à la terre, non?

Oui, et on le fait d’abord en y retournant de la matière organique, sous forme de compost, de paillis et de débris végétaux.

Si, et seulement si, on a l’impression de retirer plus que ce qu’on remet, les engrais deviennent alors une excellente façon de rééquilibrer les choses. Ils permettent de ramener des éléments nutritifs dans le sol pour qu’ils soient rendus disponibles aux plantes grâce à l’action des différentes formes de vie qui s’y trouvent. Ces organismes digèrent la matière organique et les minéraux, les transforment, et dans certains cas, entrent même en symbiose avec les plantes, allant jusqu’à échanger directement des nutriments avec elles.

Mais tout cela suppose que cette vie est bien présente dans le sol.

Comment s’en assurer?

Encore une fois, par la matière organique.

Elle nourrit les organismes du sol, mais elle rend aussi leur habitat viable, en améliorant la structure du sol pour qu’il contienne de bonnes proportions d’air et d’eau. Sans matière organique, l’activité biologique diminue, et avec elle, la capacité du sol à transformer les engrais en quelque chose d’utilisable par les plantes.

Pour le jardinier paresseux qui souhaite réduire ses interventions – et même éviter complètement de travailler le sol –, les engrais deviennent donc secondaires.

Pour ceux qui visent une production plus intensive, ils peuvent devenir un complément important, mais un complément tout de même.

Un peu comme les suppléments pour quelqu’un qui souhaite améliorer sa forme physique: utiles dans certains cas, mais sans une alimentation saine et de l’activité physique, ils perdent leur raison d’être. Ils ne remplacent pas les bases.

Notez cependant que lorsqu’on cultive en contenant, l’apport d’engrais devient un gage de succès. Les terreaux sont d’excellents substrats: légers, bien aérés et drainants. Mais même avec l’ajout de compost ou de paillis, ils demeurent relativement pauvres en éléments nutritifs. Dans un pot, le volume de sol est limité et le lessivage – c’est-à-dire la perte des nutriments par l’eau de drainage – est important. L’apport d’engrais y devient donc essentiel.

Niveau 4: les biostimulants optionnels

J’ai déjà mentionné toute une gamme de produits: activateurs de sol, mycorhizes, pulvérisations foliaires, biostimulants. Leurs objectifs sont variés: stimuler la vie microbienne ou fongique, accélérer la croissance, améliorer la tolérance au stress et renforcer la résistance aux ravageurs et aux maladies.

Mais ici, on est tout en haut de la pyramide. On entre dans des sphères très techniques – parfois trop techniques pour des non-initiés qui n’ont ni les outils ni le besoin d’aller aussi loin.

Oui, on peut ajouter des bactéries, des mycorhizes et autres organismes au sol. Mais dans la majorité des cas… ils sont déjà là. Un sol est rarement «vide». Même un sol imparfait contient une vie bien présente. Je dois avouer que, dans un sol neuf, un ancien terrain de construction ou un sol ayant subi des traitements chimiques intensifs par le passé, l’apport d’inoculants peut accélérer la restauration de la vie du sol. Pour que cela fonctionne, il faut bien sûr les combiner à un apport de matière organique, comme du compost, qui servira à la fois de nourriture et d’abri pour ces nouveaux arrivants.

Favoriser ce qui est présent

La vraie question, ce n’est pas tant quoi ajouter, mais plutôt: comment favoriser ce qui est déjà là? Et là, vous me voyez venir: en ajoutant de la matière organique.

Photo: Jen Healy

Avec du compost, du paillis et des résidus végétaux, les organismes naturellement présents vont se multiplier à une vitesse impressionnante, colonisant chaque recoin du sol. Pas besoin de microscope ni de laboratoire. La nature fait très bien le travail toute seule.

Les phytohormones, quant à elles, sont des composés naturels qu’on retrouve déjà dans l’environnement, notamment dans certaines algues. Appliquées au sol ou sur les plantes, elles peuvent améliorer la tolérance au stress. Même chose pour la chitine – présente dans les carapaces de crustacés ou les exosquelettes d’insectes – qui peut stimuler les mécanismes de défense des plantes.

Tout ça est intéressant, parfois même utile, mais est-ce vraiment nécessaire quand vos cultures sont déjà en santé?

Et si elles ne le sont pas, est-ce vraiment la solution ou devrait-on plutôt revenir à la base? Un sol riche, vivant et bien structuré, avec une bonne matière organique, les minéraux essentiels, de bonnes conditions d’ensoleillement, une gestion adéquate de l’eau – ni trop ni trop peu – et un pH adapté.

Si on reprend la comparaison avec l’humain, on pourrait dire que ces produits ressemblent à des probiotiques: intéressants dans certains contextes, mais ils ne réparent pas les dommages causés par un mode de vie malsain.

Commencer par le bas de la pyramide

Rien ne sert de commencer en haut de la pyramide. Chaque niveau repose sur celui d’en dessous.

Vous n’avez pas besoin de vous inquiéter du nombre de protozoaires dans votre sol ou de savoir si vos betteraves manquent de bore… si votre potager est à l’ombre et que vous n’utilisez pas de compost.

La matière organique est la base cruciale d’un sol fertile.

Les conditions de culture – soleil, eau, pH – sont essentielles à la réussite de vos récoltes.

Photo: Eva Bronzini

Les engrais peuvent être très utiles, et même améliorer vos rendements si c’est votre objectif, mais ils demeurent complémentaires.

Les biostimulants restent aussi une option intéressante dans certains cas.

On peut toujours en faire plus et parfois en faire moins.

Mais on ne peut pas réussir sans l’essentiel.


  1. Comme tu as raison, souvent on oublie les bases et on se laisse entraîner dans l’objectif de notre société de consommation sans trop s’en rendre compte. Quand on repense à nos grands-parents qui avaient des sublimes jardins très productifs sans tout ces nouveaux produits. Merci de nous rappeler que l’on peut être de vrais jardiniers paresseux et produire des aliments sains et nutritifs en quantité!

  2. Bon article ! éclairant !