Les méthodes de culture en contenants et en bacs ont pris de l’ampleur depuis un certain nombre d’années. Autrefois très marginale et principalement réservée à l’horticulture ornementale, la culture en contenants était de mise pour les potées fleuries, les jardinières de balcon ou les paniers suspendus. Je me souviens que, lorsque j’étais producteur de fleurs et plants de légumes en serre il y a plus de 35 ans, les seules plantes comestibles qui se faisaient en balconnière ou en pot étaient les fines herbes. La culture en contenants était majoritairement pour les fleurs.
L’évolution du jardinage en contenant
Graduellement, au fil des ans, on a vu apparaître des plants de tomates en grosses chaudières, tuteurés et ayant déjà des tomates prêtes à mûrir. On les offrait aux gens pressés de manger autre chose que les tomates dures et sans goût qui nous venaient d’ailleurs, cueillies vertes pour supporter le voyage avec un mûrissement forcé une fois rendues à destination.
Le jardinage en contenants a trouvé sa niche dans les milieux urbanisés au début. Il convenait à ceux qui manquaient d’espace au sol, mais qui désiraient toucher à la terre et se connecter à la nature. Il a aussi rejoint ceux qui voulaient dépendre moins des supermarchés, avoir la certitude de l’absence de pesticides et aussi ceux ayant le souci environnemental d’éviter le transport des fruits et légumes sur de longues distances.
Le confinement provoqué par la pandémie du coronavirus semble avoir eu un effet majeur sur la popularité de la culture en contenants. En milieu urbanisé, que restait-il à faire comme loisir à part jardiner chez soi puisque nous étions confinés à la maison?
Dans notre monde, l’économie de marché est à l’affût des tendances du consommateur. Les gens sans terrain souhaitaient jardiner, alors le marché de la culture artificialisée s’est mis à prospérer. L’hydroponie, la culture en bacs, en sacs et en pots de toutes sortes, les terreaux spécialisés, les engrais adaptés à ce mode de culture, toute une panoplie de nouveaux produits et de nouvelles techniques ont vu le jour pour satisfaire le goût de jardiner des gens sans terrain.
La culture en bac ou en pleine terre?
Cependant, cette offre alléchante ne s’est pas limitée qu’à ceux et celles qui n’avaient pas de surface au sol à cultiver. Du point de vue des entreprises ayant pour but de faire du profit et grossir leur chiffre d’affaires, toute personne voulant jardiner est un client potentiel. Il s’agissait donc pour ces entreprises de vanter leurs produits afin de rejoindre des amateurs de jardinage qui, devant des enjeux de culture au sol, étaient à la recherche de solutions à leurs problèmes. Par exemple, combien de gens ayant pourtant de l’espace au sol pour jardiner ont adopté les bacs surélevés pour éviter d’avoir à se pencher pour l’entretien? Combien d’autres cultivent en bac parce qu’il y a moins de désherbage à faire? Combien de gens croient que la terre de leur terrain ne convient pas à faire un jardin parce que c’est trop sablonneux, trop rocailleux, trop compact, trop humide?
En pleine terre, mon expérience
Pourtant, toutes ces conditions se corrigent facilement dans un sol. J’en ai fait la preuve en comprenant les lois qui assurent la croissance des végétaux. Pour le prouver, j’ai fait un jardin directement sur un ancien terrain de volley-ball de plage en 2016. Il n’y a pas plus sablonneux que ça. Pourtant, dès la première année, mes récoltes furent abondantes, et ce, avec très peu d’investissement: application à l’automne de plantes aquatiques récoltées sur le bord du fleuve; application de paillis de feuilles hachées et d’herbes fraîchement coupées après avoir semé et fait les plantations; fertilisation liquide avec du thé de vermicomposteur dilué dans 10 parties d’eau quatre fois dans la saison et appliqué sous la terre grâce au système d’arrosage Logissol-O (qui assure quotidiennement mon irrigation toute la saison me demandant d’arroser seulement aux 4 à 5 jours de sécheresse).
Aucun désherbage n’a dû être fait grâce au paillis qui, en plus, se décompose et alimente mes cultures. Ce terrain de volley-ball est aujourd’hui mon jardin principal et le sable, autrefois pur, est aujourd’hui une terre sablonneuse riche en matière organique, remplie de vie active qui assure la fertilité de mon sol et, surtout, la bonne santé de mes fruits et légumes.
En tant que consultant en environnement, mon point de vue est souvent différent de ce que le marché propose. Ce nouvel engouement pour le jardinage en contenants, bien que semblant répondre à certains critères que la culture en pleine terre ne satisferait pas, est-il un pas vers l’avant sur le plan environnemental? Pour un jardinier qui possède ne serait-ce qu’une petite parcelle de terrain, ne serait-il pas mieux de lui montrer comment préparer le sol et comment minimiser l’entretien d’un jardin en pleine terre plutôt que le lancer dans une pratique de culture artificielle, car, ne nous le cachons pas, la culture en bac et en pot place les végétaux dans des conditions artificialisées, ce qui demande des soins continuels.
Les différences entre ces deux cultures
Voici en bref les quelques différences entre la culture en bac et celle en pleine terre:
L’eau
La majorité des problèmes qui sont vécus dans les jardins et aménagements sont dus à un apport en eau inadéquat. Ce n’est pas parce qu’on arrose que la plante aura ce qu’il faut. Il faut un apport régulier et à la bonne place. Cela ne veut pas dire arroser régulièrement et tenir la surface du sol humide. Prenons-nous comme exemple: quand on a soif, est-il désaltérant de se verser un 20 litres d’eau sur la tête? Si on s’en versait juste 10 litres à la fois, mais plus souvent, cela fera-t-il l’affaire? Bien sûr que non! 250 ml dans le «gueurgeton» (ou la bouche si vous préférez) serait suffisant et drôlement plus désaltérant n’est-ce pas?
J’expliquais dans un article précédent la loi de la capillarité dans la nature où l’eau remonte du sous-sol comme l’huile le long de la mèche de la lampe à l’huile. Cette source d’eau naturelle est constante et disponible aux végétaux dans la nature, donc pour ceux qui sont en pleine terre. Dans les pots et les bacs surélevés, les plantes n’ont pas cette source d’eau essentielle (et gratuite aussi). Dans le cas des bacs qui touchent au sol, sans fond, le fait d’être surélevés, donc hors sol, affecte la capacité de l’eau souterraine de se rendre jusqu’en surface, car plus on s’éloigne de la source, moins la capillarité peut se faire.
Aucun arrosage de surface ne vaut l’approvisionnement en eau par la capillarité. Alors même si vous arrosez et arrosez, la régularité n’est pas la même et cela stresse les végétaux. Conséquemment, végétaux stressés égalent végétaux affaiblis et maladies et insectes plus fréquents et plus durs à contrôler. C’est une autre loi fondamentale en environnement. Ce sont toujours les êtres les plus faibles qui se font attaquer par les prédateurs!
La terre
Lorsqu’on cultive en contenants, il faut utiliser un milieu de culture autre que la «vraie terre», qui compose le sol de votre terrain ou même la terre de votre jardin. Il faut acheter ou se fabriquer un terreau qui reste léger, aéré, tout en retenant l’eau et les engrais, et qui ne se compacte pas lors des arrosages (car les arrosages ne peuvent se faire qu’en surface, sauf pour ceux qui utilisent un système de style Logissol-O, c’est-à-dire un système permettant d’arroser sous la terre sans passer par le dessus). Un sol naturel se compacterait trop avec un tel traitement, alors le marché vous offre des terreaux artificiels, des substrats de culture qui éviteront ce problème.
Cependant, si ces terreaux évitent la compaction, ils apportent d’autres complications. D’abord, ils sont stériles au point de vue de la vitalité et, on sait que dans la nature, c’est la vie dans la terre qui fait qu’un sol est fertile et qui aide les végétaux à pousser en santé. Les terreaux artificiels n’ayant pas cette vie, ils doivent être balancés en laboratoire pour équilibrer adéquatement les éléments nutritifs dont les végétaux auront besoin. Le hic, c’est que dès que vous cultivez quelque chose dans ce substrat, ces éléments sont absorbés et deviennent manquants pour la prochaine culture (ou même lors de la première culture si celle-ci est exigeante en engrais).
En pleine terre
Dans un sol naturel, la vie dans la terre s’occupe de balancer les éléments grâce à la matière organique produite lors de la décomposition des résidus de culture. Ce n’est pas pareil dans un milieu artificiel dépourvu de l’écosystème normal d’un sol. N’ayant pas chez soi de laboratoire pour analyser le terreau, on est livrés à nous-mêmes pour deviner ce qui manque à notre terreau pour assurer la croissance de nos légumes. Résultat: si ça ne va pas trop mal la première année, il peut être difficile d’avoir du rendement les années suivantes. Car il y a fertilité immédiate et fertilité à long terme! Les engrais apportent une fertilité immédiate, mais ce sont les vers de terre et tous les autres êtres vivants dans le sol qui apportent une fertilité à long terme. Mais où sont-ils ces vers de terre dans un terreau de culture? Il n’y en a pas!
De plus, sur le plan environnemental, l’exploitation de milieux naturels pour produire ces terreaux a augmenté considérablement depuis l’engouement pour ce mode de culture. Les tourbières sont des milieux naturels qui ont la capacité de capter les GES et on les exploite à vitesse grand V. Ces tourbières sont situées pour la plupart entre 400 à 800 km des grands centres. Cela génère donc beaucoup de GES pour le transport. Avec l’argument tout à fait logique de vouloir consommer des légumes de proximité, je suis d’accord. Cependant, s’il faut pour cela transporter sur de longues distances les intrants nécessaires pour les produire, où est le gain réel? En fait, ce faisant, on ne fait que déplacer le problème.
La température
Le terreau des contenants et des bacs aura tendance à se réchauffer plus vite et aussi à devenir plus chaud. Cela peut être un avantage si vous cultivez des végétaux demandant beaucoup de chaleur, tels les poivrons, piments, cerises de terre, patates douces, aubergines, concombres, zucchinis et même les tomates. En revanche, cela peut être une lame à deux tranchants! Si le terreau des contenants se réchauffe plus vite, il se refroidit aussi plus vite lorsque les écarts de température du jour et de la nuit s’accentuent. Cela aura un impact sur la santé des végétaux qui, stressés par une variation trop brusque de la température, seront plus vulnérables aux maladies fongiques. De plus, durant les chaleurs d’été, le terreau devient très chaud, ce qui augmente l’évaporation, donc le besoin d’arrosage. Si vous arrosez à l’eau potable froide, cela crée un contraste de température que la plante n’aimera pas et cela aura un impact sur la santé de la plante, sur sa résistance ainsi que sur son rendement.
Le rendement
Il est possible d’avoir du rendement lorsqu’on cultive en contenants et en bacs. Cependant, sur le plan environnemental, il faut toujours essayer de faire le plus possible avec le moins possible, donc d’avoir le maximum de rendement avec le moins possible de ressources consommées, le moins possible d’effort d’entretien et le moins possible de dépenses monétaires. Comparativement à un jardin en pleine terre, la culture en contenants et en bacs arrive bien loin derrière.
Un autre point majeur à considérer qui réduit la chance d’avoir du rendement, c’est le faible volume de terreau ou d’espace pour le développement des racines. Jamais on ne pourra offrir le même volume de sol dans un contenant qu’en pleine terre. J’ai déjà arraché un plant de tomate à la fin de l’automne et celui-ci avait des racines de 2 mètres allant dans toutes les directions. Qu’en est-il lorsqu’on confine un plant dans un contenant de 20 litres? De plus, avec de petites surfaces de culture comme les bacs ou les pots, on a tendance à mettre trop de plants. Au début de l’été, ça n’a pas l’air serré, mais quand les plants prennent de l’ampleur, la densité de feuillage devient trop grande et cela affecte le rendement et augmente les risques de maladies par manque d’aération.
Si jardiner en bac aide à ne pas dépendre des fruits et légumes extérieurs, cela rend pour le moins dépendant de tous les intrants nécessaires pour le faire. L’achat du terreau, les contenants, les engrais spéciaux, les traitements, et sans compter l’eau d’arrosage qui augmente la consommation d’eau potable. Les grands besoins d’arrosage des cultures en contenants et en bacs dépassent la capacité de stockage de l’eau de pluie pour la majorité des gens.
En conclusion
En conclusion, ne voyez pas mon article comme voulant dénigrer la culture en contenants. Je ne fais qu’établir les faits réels, car ce n’est pas un simple avis personnel. Pour ce qui est de mon avis personnel, devant ces faits et mon désir de me simplifier la vie, je préfère prioriser la culture en pleine terre parce que j’ai le choix, en ayant un bout de terrain. Si vous avez ne serait-ce qu’un petit bout de terrain et que vous voulez faire de belles récoltes avec moins d’entretien et de maladies, la culture en pleine terre reste et restera toujours la manière naturelle de faire pousser des fruits et des légumes. La culture en contenants reste la seule option pour les gens sans terrain ou sans sol disponible, car ils n’ont pas le choix! Cela ne vous met pas pour autant à l’abri des faits expliqués dans cet article. Vous devrez en tenir compte et vous serez inévitablement confronté à cette réalité.
Comme le dit le dicton, «Une personne avertie en vaut deux!», j’espère que ces renseignements vous aideront à prévoir en conséquence si vous cultivez en contenants ou en bacs.
Bon jardinage d’automne!

