iNaturalist: la science citoyenne et l’IA au service de la biodiversité
Cellulaire en main, des millions de naturalistes photographient, géolocalisent et identifient des espèces au profit de la science. Portrait de l’application de science citoyenne iNaturalist.
Cet article est reproduit avec l’autorisation des Amis du Jardin botanique de Montréal. Il a été publié initialement dans Quatre-Temps, volume 50, numéro 2.
Certaines personnes «scrollent» sur les réseaux sociaux ou sur les applications de rencontre pour trouver l’amour. Étienne Lacroix-Carignan, lui, passe plusieurs heures par semaine à identifier des plantes et à localiser des carex.
Avec environ 225 000 plantes identifiées et 22 000 plantes observées de plus de 3 700 espèces, il est le premier contributeur de iNaturalist dans la province. Lorsqu’il se promène en forêt, le candidat au doctorat prend en photo les plantes qu’il observe. L’hiver, il entraîne son œil à leur identification. Par son implication, il contribue ainsi à perfectionner la capacité de l’intelligence artificielle (IA) à reconnaître précisément la biodiversité végétale.
«En 2017, j’ai découvert iNaturalist; ça a changé ma vie», raconte-t-il avec enthousiasme. «C’est une plateforme qui regroupe une communauté de naturalistes. C’est le meilleur moyen de se connecter avec des gens qui partagent les mêmes passions, d’échanger avec d’autres botanistes ou de proposer des collaborations.»
L’application iNaturalist
iNaturalist est simple à utiliser. Il suffit de prendre une photo, et d’indiquer une localisation et une date. L’IA de l’application propose une identification, que les membres des 8 millions d’utilisateurs valident ou non. Lorsque deux ou trois personnes confirment l’espèce, l’observation est partagée à des banques scientifiques, dont le Système mondial d’information sur la biodiversité (GBIF) et le Centre de données du patrimoine naturel du Québec (CDPNQ). La plateforme de science citoyenne constitue ainsi une mine d’or d’informations pour la recherche et la conservation.
En 2022 et 2025, l’application iNaturalist aurait permis la découverte d’au moins 12 nouvelles espèces végétales, selon une étude publiée dans l’American Journal of Botany. Des experts en botanique et en taxonomie ont signalé l’importance de ces observations citoyennes, téléchargées par dizaines de milliers de spécimens végétaux chaque jour. En mars 2026, iNaturalist cumulait 300 millions d’observations vérifiables et 7 000 publications scientifiques associées aux données collectées dans l’application.
L’article «Les applications de botanique» de Frédéric Coursol, dans le Quatre-Temps, vol. 42, no 2, disponible à la bibliothèque du Jardin botanique. Celui-ci s’est inspiré de la revue Protégez-Vous pour évaluer la fiabilité de différentes applications de botanique disponibles en 2018.
Une précieuse banque de données
«En partageant une photo et en la géoréférençant, tu peux peut-être aider des chercheurs», confirme Frédéric Coursol, assistant-botaniste au Jardin botanique de Montréal. Celui-ci donne comme exemple le ptérospore à fleurs d’andromède (Pterospora andromedea), une herbacée dépourvue de chlorophylle, classée comme espèce menacée au Québec. Des populations de l’espèce étaient connues en Mauricie et en Gaspésie, jusqu’à ce qu’une photo permette de découvrir une troisième population dans Lanaudière. L’application protège les données de localisation de ces espèces menacées en déplaçant le point GPS dans un rayon de plusieurs kilomètres.
Frédéric Coursol utilise fréquemment l’application lors de ses voyages pour identifier les plantes. En 2020, il photographie des espèces dans une forêt tropicale longeant le littoral brésilien. «iNaturalist m’a proposé une identification, puis un collaborateur m’a conseillé d’écrire à un chercheur en Suisse.» La suite le surprend encore: il venait de documenter une espèce inconnue de la science lors de sa première journée au Brésil!
Les carex
De son côté, Étienne Lacroix-Carignan utilise aussi la plateforme dans le cadre de ses travaux portant sur la taxonomie des carex, dans le laboratoire d’Étienne Léveillé-Bourret, à l’Institut de recherche en biologie végétale de Montréal (IRBV). Il a notamment «redécouvert» une espèce décrite au 19e siècle, qui était plus ou moins tombée dans l’oubli depuis: Carex gator. «Je suis allé sur iNaturalist pour savoir dans quels endroits l’espèce avait potentiellement été observée. Je suis retourné exactement au même endroit collecter des spécimens pour les inclure dans mes études génétiques.»
Selon l’étudiant-chercheur, l’identification des plantes est l’un des meilleurs remèdes contre la cécité botanique, un biais cognitif qui fait qu’on a tendance à ne pas remarquer ou différencier les plantes dans notre environnement. «Ça permet de réaliser que, dans du vert, il y a souvent beaucoup de richesse», s’exclame le passionné, qui a une conviction: mettre un nom sur quelque chose, c’est mieux le connaître et, de ce fait, vouloir le protéger.
Merci au magazine des Amis du Jardin botanique de Montréal
Vous venez de lire un article publié à l’origine dans Quatre-Temps, volume 50, numéro 2, le magazine des Amis du Jardin botanique de Montréal.
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