Les guzmanies: chronique d’une mort assurée
Par Julie Boudreau
Ne montez pas aux barricades trop vite. Oui, les guzmanies (Guzmania sp.), comme bien des Broméliacées, sont fascinantes! Leur floraison est très originale et spectaculaire. Et oui… on peut cultiver une guzmanie plusieurs mois, et même quelques années, dans sa maison. Toutefois, à partir du moment où la plante arrive, toute en fleur, dans un beau commerce, elle entreprend sa lente descente vers une mort inévitable.

C’est la faute de la monocarpie
La monocarpie, c’est cette particularité qui fait qu’une plante meurt après la floraison. C’est un cycle de vie tout ce qu’il y a de plus normal. La production de semences est entamée, la mission est accomplie. Ciao! Bye! La guzmanie n’est pas la seule plante à se comporter ainsi. C’est aussi le cas de la plupart des agaves, de certains échévéries (Echeveria sp.), des joubarbes (Sempervivum sp.) et de certains palmiers.
Ainsi, c’est tout le contraire des plantes polycarpiques, qui peuvent produire des fleurs et des fruits à répétition. Imaginez un pommier qui mourrait après sa première saison de pommes. Comme ce serait triste, mais grâce à la polycarpie, les pommiers produisent chaque année!
La guzmanie, donc, vit sa belle vie de rosette de feuilles pendant des années. Accrochée à un arbre dans la forêt brésilienne, elle attend le moment propice. Quand les conditions gagnantes sont réunies, elle fleurit!

Peut-on tromper l’inévitable?
On ne connaît pas avec précision ce qui déclenche la mort de la plante. Est-ce le début de la floraison? La pollinisation des fleurs? Un certain stade de maturité des graines? Ainsi, plusieurs hypothèses circulent. Certains pensent qu’en coupant la hampe florale avant la formation des graines, on éviterait la mort de la plante. D’autres disent qu’enlever les vraies fleurs à la pince réglerait la situation. Impossible de savoir!
Docteur, combien de temps?
Même si la mort de la guzmanie est inévitable, cela ne veut pas dire qu’elle va dépérir aussitôt la floraison terminée. En fait, les bractées peuvent demeurer vivement colorées durant plusieurs semaines et parfois même jusqu’à 6 mois (parfois plus encore!). Puis, une fois la hampe florale coupée, la rosette de feuilles peut persister encore quelque temps. Certains jardiniers affirment avoir entretenu leur belle rosette de feuilles pendant deux ou trois ans après la fin de la floraison!

D’ici là…
Puisqu’il y a une mort écrite dans le ciel, intéressons-nous à celle dont on pourrait se passer! Car, il ne faut pas oublier que de mauvais soins peuvent aussi entraîner une mort que l’on aurait pu éviter.
Côté ensoleillement, les guzmanies préfèrent des endroits très lumineux, mais sans soleil direct. De belles grandes fenêtres à l’est lui sont favorables. À votre prochaine question, la réponse est oui! On arrose dans la rosette de feuilles! Il faut savoir que les Broméliacées qui peuvent accueillir de l’eau ont un système racinaire moins tolérant aux surplus d’eau. Il y a tout un art de l’arrosage des guzmanies. D’abord, on ne remplit pas la rosette de feuilles d’eau; on la remplit environ de moitié. Ensuite, il faut tout de même arroser le substrat, dans le pot, mais il faut faire très attention aux surplus d’arrosage.
Ainsi, le choix du substrat de culture prend tout son sens, car les guzmanies doivent pousser dans un terreau qui ne retient pas l’eau trop longtemps. Il existe autant de recettes que de jardiniers, mais disons que parmi les options, le substrat pour orchidées, un mélange de mousse et d’écorces ou l’ajout de sable sont souvent cités comme recette gagnante.
Pour en revenir à l’arrosage, la plupart du temps, l’eau du robinet convient très bien. Si l’eau est trop lourde ou minéralisée, il est préférable d’utiliser de l’eau de pluie ou de l’eau déminéralisée. Le brunissement de l’extrémité des feuilles est souvent un indice que l’eau ne convient pas (c’est aussi un signe de manque d’humidité, alors il faut faire la part des choses).
Bien sûr, étant une plante originaire des forêts tropicales humides, la guzmanie préfère un taux d’humidité élevé. Cela en fait une plante idéale pour la salle de bain. Toutefois, ce n’est pas essentiel et on peut cultiver la guzmanie dans une pièce ordinaire avec un taux d’humidité plus bas.
Il en va de même de la température! Elle est au paradis quand la température est de 24 à 26°C, mais 21°C c’est bien aussi! On évite d’aller en bas de 15°C.
Et c’est ainsi qu’on empêche la guzmanie de mourir avant son temps. Assurément, on ne trouvera jamais cette plante sur une liste de plantes faciles de culture. Mais, de nombreux jardiniers parviennent à prolonger la vie «florifère» ainsi que la vie «feuillue» durant plusieurs mois et parfois plusieurs années. Il faut aussi mentionner qu’avant de mourir, la guzmanie émettra un ou plusieurs rejetons qui assureront la survie de l’espèce. Il suffit de les détacher du plant mère et de les rempoter pour redémarrer un nouveau cycle de vie!


Bel article pour l’ancien jardinier quatre branche merci
C’est triste mais ces bébés qui émanent de la plante mourante sont en fait des clones, non ?
Dès lors, on pourrait plutôt dire que cette plante est éternelle. 😉
J’ai une broméliacée Aechmée Blue rain qui se conduit de la même façon.
J’ai gardé la plante d’origine pendant plus de 2 ans après sa défloraison, puis j’ai replanté ses 7 petits clones qui maintenant se sont bien développés.
Mais je ne sais pas si j’ai la moindre chance de les voir fleurir…
Quelle magnifique philosophie de vie! Vous avez bien raison!
moi, j’en suis à la troisième génération. Je replante les bébés que j’ai détachés de la maman et ils deviennent grands. Arès quelques mois devant une fenêtre ensoleillée ,miracle, ils refleurissent.
Merci, vous me donnez de l’espoir, je vais les rapprocher de la fenêtre.