Faire crédit aux animaux: vos alliés sont prêts à vous payer les intérêts
Cet hiver, je vous ai parlé des souris dans ma maison (d’ailleurs, AUCUNE souris depuis qu’on a bouché l’autoroute. Le Airbnb est officiellement fermé!), et je vous avais demandé de quel sujet vous aimeriez que je traite. Quelqu’un m’a suggéré de parler des apports positifs des animaux au potager.
C’est exactement le bon moment pour en parler, parce que la plupart de nos petits alliés sont en train de se réveiller et de reprendre leurs rôles. Et bonne nouvelle: si vous avez bien investi dans votre jardin cet hiver, la nature est sur le point de vous redonner les intérêts!
Faire crédit, c’est quoi?
Vous connaissez sans doute les bénéfices des pollinisateurs, des crapauds mangeurs de limaces et des vers de terre qui enrichissent le sol. On en parle souvent en été, quand on les voit à l’œuvre. Mais ce qu’on oublie parfois, c’est que ces précieux alliés ont besoin de passer l’hiver quelque part.
Et ce «quelque part», si vous voulez maximiser les bénéfices de ces animaux, c’est votre jardin!
Voici comment je vois les choses: en leur ayant offert un habitat cet hiver – les tiges non coupées, les coins de feuilles mortes, le sol non retourné – vous leur avez fait crédit. Vous avez «accepté» leur présence, vous leur avez offert gratuitement un logis pour l’hiver! Et là, en mars, ils commencent tout juste à vous rembourser, avec les intérêts.
Comment? Eh bien, qu’ils se réveillent directement au jardin, ça a déjà des avantages: ils remuent la terre et mangent les larves d’insectes nuisibles qui ont hiberné chez vous! Mais ça ne s’arrête pas là, voyons ensemble comment ça fonctionne pour quelques-uns de nos meilleurs alliés.
(Ça m’étonnerait qu’un renard passe l’hiver directement dans votre jardin, mais on ne sait jamais!)
Les musaraignes: elles n’ont jamais arrêté
Commençons avec une vedette de l’hiver: là où les autres se sont assoupis, les musaraignes, elles, ont travaillé de manière ininterrompue! Eh oui: certains animaux sont actifs et travaillent pour le jardin même en hiver! Ces petites bêtes au museau pointu ressemblent à des souris, mais ce sont en fait des insectivores et non des rongeurs herbivores. Contrairement à nos amies les souris dont je vous parlais cet hiver, aucun risque qu’elles abîment vos laitues et carottes! Pendant que tout semblait endormi dans votre jardin, elles creusaient des tunnels dans l’espace isolé entre la neige et le sol gelé, se nourrissant de larves, vers blancs et autres bestioles en dormance.
Une musaraigne doit manger l’équivalent de son poids en nourriture chaque jour pour faire assez de chaleur et passer l’hiver réveillée. Autant vous dire qu’elles ont été occupées, et tant qu’à ce qu’elles chassent n’importe où, je préfère de loin qu’elles le fassent dans mon jardin!
Autre élément à considérer: leurs déjections, semées au fil de leurs déplacements, ont enrichi le sol en nutriments tout l’hiver. Un engrais gratuit et silencieux. (Ce ne sont pas de bien grosses crottes, je vous l’accorde, mais hey! C’est quand même un petit apport de nutriments!) Et leurs galeries printanières aèrent le sol, ce qui améliore le drainage au moment de la fonte. Du bon travail fait dans votre dos, quoi!
Pour continuer à les accueillir à la belle saison: laissez des zones avec du paillis épais, des tas de branches, des coins un peu sauvages. Elles y trouveront refuge et nourriture tout l’été.
Les carabes: de retour en patrouille
Si vous retournez une planche ou une roche dans votre jardin et qu’un gros coléoptère noir s’enfuit à toute vitesse, c’est probablement un carabe. Ces prédateurs nocturnes sont des champions de la lutte antiparasitaire: un adulte peut manger son poids en proies chaque jour – limaces, escargots, œufs d’insectes, chenilles, larves de hannetons. Certaines espèces s’attaquent même aux graines de mauvaises herbes. Une vraie armée!

Il y en a des mats et des métalliques, des lisses et des texturés, mon préféré, parce qu’il a l’air d’avoir été tricoté, est le carabe granulé.
Ils ont passé l’hiver bien à l’abri dans les feuilles mortes, sous les écorces, dans les tas de bois et aussi dans le paillis de jardin. Voilà une bonne raison de plus de ne pas tout enlever à l’automne! Et là, avec le réchauffement progressif du sol, ils reprennent du service. Les premiers carabes adultes se remettent en chasse dès que la température du sol dépasse les 5-6 °C, parfois encore en mars dans les coins bien exposés.
Les carabes peuvent vivre 2 à 4 ans. Si vous les avez accueillis l’automne dernier en laissant quelques zones non nettoyées, ces mêmes individus reviennent maintenant patrouiller dans vos plates-bandes. Un investissement qui porte ses fruits!
Les crapauds: retour aux affaires en avril
Ah, les crapauds! Un seul crapaud d’Amérique peut engloutir entre 50 et 100 proies par nuit. Limaces, fourmis, coléoptères, chenilles, mouches… tout y passe. C’est le gardien de sécurité ultime du potager!
Contrairement aux grenouilles aquatiques qui hivernent au fond des étangs, les crapauds s’enterrent. Grâce à des petites excroissances dures sur leurs pattes arrière, ils peuvent creuser à plus de 50 cm de profondeur, parfois jusqu’à 1 mètre! Si votre sol est meuble et bien enrichi en matière organique, il y a de bonnes chances qu’un ou plusieurs crapauds y aient passé l’hiver. Ils n’émergent généralement pas avant la mi-avril, quand les nuits sont vraiment douces, mais le moment approche! Pas d’inquiétude: ces trous se comblent d’eux-mêmes et sont TRÈS bénéfiques pour la structure de votre sol. Les crapauds, on les AIME BEAUCOUP!

Si vous voulez qu’ils reviennent année après année, l’idée est simple: gardez votre sol meuble et évitez de le travailler intensément. Un sol compact, c’est un sol où le crapaud ne peut pas s’enterrer pour l’hiver, et s’il ne peut pas passer l’hiver chez vous, il n’y reviendra pas nécessairement au printemps. Le paillis et la matière organique sont donc vos meilleurs alliés pour leur garder la porte ouverte!
Les vers de terre: déjà actifs sous vos pieds
On termine avec les ingénieurs souterrains par excellence. En hiver, selon les espèces, les vers se sont enfoncés profondément sous la ligne de gel, soit en dormance, soit sous forme d’œufs. Mais leurs galeries, elles, n’ont jamais disparu. Ces tunnels permettent maintenant à l’eau de fonte de s’infiltrer plutôt que de ruisseler en surface. C’est un drainage naturel dont vos plantes vont profiter.
Fait amusant: une étude a montré que 30% de la respiration du sol durant l’hiver est due aux vers de terre. Même quand tout semblait endormi, il se passait des choses là-dessous! (Parce que, oui, un sol a besoin d’oxygène pour tous ces organismes et microbes.) Et là, avec le sol qui se réchauffe, les vers de terre remontent progressivement vers la surface. Si vous voyez des petites déjections en spirale sur votre sol en ce moment, c’est bon signe: vos vers sont actifs et affamés de matière organique. Ils s’en viennent vous aider à faire un petit ménage du printemps dans vos restants de l’automne dernier.
Le paillis que vous avez laissé sur vos plates-bandes joue un double rôle: il a protégé les vers du gel cet hiver, et il leur fournit maintenant de la nourriture pour reprendre du poil de la bête. N’oubliez pas d’en remettre une couche cet été!
Le jardin paresseux version quatre saisons
Vous l’aurez compris, le fil conducteur de tout ça est de ne pas trop nettoyer à l’automne. Si vous êtes un jardinier paresseux, vous commencez maintenant à voir les bénéfices de ce petit «bordel».
C’est un peu contre-intuitif dans notre société qui valorise les jardins «propres», mais un jardin trop parfait est un désert pour la biodiversité, et un désert pour la biodiversité, c’est un jardin où vous devrez faire tout le travail vous-mêmes! Oh, et pendant que j’y suis: oui, même en plein cœur de Montréal, tous ces animaux peuvent (et devraient) se trouver dans votre jardin!
D’ailleurs, attendez encore un peu avant d’aller nettoyer, il est trop tôt et si vous dérangez vos locataires, ils risquent de ne pas pouvoir vous donner d’intérêts cette année!



Bonjour chère Audrey !
Comme tous les jeudis, ton article était super intéressant, avec ta pointe d’humour si caractéristique de ton style d’écriture.
Je dois te parler d’un de nos petits locataires qui lui, fait ses galeries non pas dans le potager mais juste sous la couche du gazon…ce qui donne lieu à chaque printemps à des monticules de terre qui zigzaguent à leur gré ! J’ignore si ce sont des musaraignes ou des taupes qui font ça chaque hiver, mais elles semblent avoir bien du plaisir… Malgré l’installation à chaque automne de ma pancarte indiquant : habitat complet pour cet hiver, elles enfreignent le règlement et viennent s’installer quand même !
Au secours !! Peux – tu m’aider svp ??
Vous m’avez bien fait rire! Les musaraignes sont en effet une sorte de taupe. Je comprends que c’est une situation déplaisante, mais dites-vous que si elles sont là, c’est qu’il y a beaucoup de bestioles dans votre sol: elles vous évitent peut-être un problème de vers blancs! J’ai fait une recherche vite vite et tout ce que je trouve, c’est des histoires d’odeurs (huile essentielle et autres), mais en hiver, c’est assez peu utile! Il semblerait qu’il existe des dispositifs de vibration aussi pour les éloigner, mais je n’ai franchement aucune idée de ce que c’est, ni de comment ça fonctionne! Malheureusement, le meilleur conseil que je peux vous donner, c’est de vous dire que ça pourrait être pire avec les vers…! (Je sais, ce n’est pas très aidant!)
Oui, c’est très impressionnant ces tunnels que l’on voit au printemps mais cela s’estompe avec la repousse du gazon et on ne les voit plus.
Bonjour Johanne, j´ai le même problème et à c
Chère Audrey, le jeudi j’ai hâte de me lever pour te lire! C’est rassurant de savoir qu’il y a de la vie autour de la maison déjà au travail sous cette épaisse couche de neige! Merci pour cet autre beau texte qui m’a encore fait sourire ? et vivement le printemps! Bon je vais aller brasser ma grosse fougère comme s’il ventait dans la maison(clin d’œil à un autre article de toi qui m’avait bien fait rire ?)
J adore tes chroniques , trop drôle, merci de nous partager ton savoir
Chère Audrey, vous avez une façon très imagée de raconter des phénomènes écologiques ardus qui nous permettent de comprendre et de mieux lire la biologie.
Merci!
J’adore vos articles toujours pertinents aux jardiniers amateurs amoureux de la nature. Merci d’être là.
Interessant,il ne manquait que la couloeuvre qui m’avait fait sursauter le printemps dernier cachée sous les sacs de terreau et de compost de crevettes. J’ai hâte de manger à nouveau mes légumes bios. J’ai bien vu tous ces amis que vous avez mentionnés.
Merci
Très instructif, ça aide à avoir du discernement entre amis et ennemis de notre jardin…
Bonjour, bien contente de connaître maintenant le Carabe et ses qualités, je n’aimais pas le trouver dans mes plates-bandes, mais maintenant, il sera le bienvenu grâce à toi! Merci!
Bonjour,
Encore une fois, une chronique captivante et instructive! bravo, toutes les écoles primaires et secondaires devraient vous avoir comme professeur d écologie. La planète s en porterait mieux !!
J’aime bien votre prose, continuez ainsi.
Concernant les musaraignes, cette année je suis très content je n’ai pas vu leurs traces dans mon gazon avant, ça veut dire beaucoup moins de vers blancs venant des scarabées japonais.
Qu’est-ce qu’on peut s’amuser à te lire et apprendre!
Tu es top!!
J’adore les crapauds maintenant, vraiment intéressant ton article.