Êtes-vous un jardinier réaliste ou utopiste?
Il faut croire que les jardiniers québécois sont des optimistes. On les voit en grand nombre lors de la longue fin de semaine de la Journée nationale des patriotes, bien emmitouflés dans leur tuque, leurs mitaines et un bon manteau de printemps, à planter leurs tomates et leurs impatientes en pleine terre. C’est tout juste s’ils n’ont pas à contourner quelques plaques de gel pour pouvoir procéder à la plantation! Que d’utopisme que de planter des végétaux aussi frileux quand les températures baissent encore dangereusement près du niveau de 5 à 8 °C presque chaque nuit! Il faudrait une foi monumentale pour imaginer, ne serait-ce qu’un instant, que ces pauvres végétaux ne seront pas, sinon irrémédiablement endommagés, à tout le moins sérieusement ralentis dans leur croissance par de telles températures. Mais c’est la fête des patriotes. N’est-ce pas la traditionnelle fin de semaine de plantation dans la région?

Le bon moment pour planter?
Pas forcément. Au Québec, le bon moment pour planter les végétaux frileux varie énormément selon la région. Entre Montréal, Québec, le Saguenay, l’Estrie, le Bas-Saint-Laurent ou l’Abitibi, les dernières gelées ne surviennent pas du tout au même moment. La fameuse tradition de planter à l’ancienne «Fête de la Reine» convient surtout aux secteurs les plus doux, mais elle ne s’applique certainement pas partout. Pourtant, les médias continuent souvent de présenter cette date comme une règle universelle, alors qu’en jardinage, le climat local reste toujours plus important que le calendrier.
Le pire, c’est que même dans les régions les plus douces, il fait souvent encore frais à cette période, ce qui n’empêche pas les médias de claironner «jardiniers, à vos pelles!»… puisque cela semble déjà inscrit à leur programmation.
Le jardinier réaliste peut difficilement se fier à une date spécifique du calendrier pour faire ces plantations, car la météo n’est pas et n’a jamais été fiable. Oui, le danger de gel se dissipe éventuellement tous les ans et ainsi le printemps cède sa place à l’été, mais exactement quand varie d’une année à l’autre.
Une vieille croyance
Il y a une vieille croyance qui dit qu’il y a encore danger de gel jusqu’à après la dernière pleine lune de mai. Si vous le croyez, vous ne planterez pas vos végétaux frileux très tôt, car même après la pleine lune, il arrive très souvent des températures nocturnes de 3 ou de 4 °C… et oui, parfois même du gel. Donc, la pleine lune n’est pas toujours un bon indice. D’ailleurs, il semble de plus en plus fréquent que le vrai été arrive plus tard qu’on l’espère. On commence parfois à se demander si le réchauffement climatique n’a pas oublié de prévenir nos jardins!

Ma technique
Comme tous les jardiniers, je dois composer avec la question de quand planter mes végétaux frileux. Je procède de la façon suivante.
D’abord, je ne fais aucune plantation de végétaux frileux avant le 1er juin. À cette date, j’essaie d’estimer les possibilités de températures fraîches avant de décider si je plante tout de suite ou si j’attends un peu. Maintenant, je me fie aux prévisions météo. Le 1er juin, je regarde les prévisions. Si je ne vois aucune température nocturne inférieure à 10 °C, je procède à mes plantations. Si j’en vois, j’attends quelques jours et je vérifie de nouveau. Il arrive que bien des fois, cela repousse les plantations jusqu’à la mi-juin, même si l’envie de jardiner nous démange bien avant.
Quoi planter malgré le froid?
Même si le printemps semble encore plus frais que la normale, cela ne veut pas dire que vous ne pouvez rien planter à cette date. N’oubliez pas que les vivaces, les arbres, les arbustes et les conifères sont habitués aux températures fraîches et ne seront pas dérangés par une touche de gel. On peut donc les planter sans problème… même à la fête des Patriotes. Même certains légumes (les choux et leurs amis, les oignons, etc.) et annuelles (notamment les pensées, les alysses et les mufliers) tolèrent très bien les nuits fraîches… mais ils sont en minorité. En effet, il est trop tôt pour planter les tomates, les concombres, les piments, les aubergines, les melons, les impatientes, les bégonias, les célosies, les œillets d’Inde… et en fait la vaste majorité des légumes et des annuelles. Ayez patience: le bon moment viendra!

Que faire des plantes frileuses en attendant?
Vous avez déjà acheté vos caissettes d’annuelles et de légumes? Pas de problème! Il suffit de les placer dans un cabanon, dans un garage ou près de la maison quand on annonce des nuits de moins de 10 °C.
Bonne saison de jardinage… un peu en retard, comme souvent!
Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans Le Soleil.
