Enfin, l’ère des Cercis?
Par Julie Boudreau
Le mois dernier, lors d’une conférence, plusieurs jardiniers de la région de Québec me partageaient leur joie de voir fleurir leur glycine (Wisteria sp.) année après année. Il y a à peine 20 ans, c’est quelque chose qu’on n’aurait jamais entendu! Il fait plus chaud et nos plantes, autrefois à la limite de leur rusticité, nous le prouvent constamment. Cette bonne nouvelle a allumé chez moi une petite étincelle. Serait-ce le temps? Sommes-nous enfin à l’ère des Cercis?

Le cercis (Cersis canadensis), aussi appelé gainier rouge ou gainier du Canada, est un petit arbre plutôt méconnu. C’est qu’on le plantait rarement en climat nordique, vu sa faible zone de rusticité (zone 5b). Et, malgré son nom, qui sous-entend que c’est une plante qui pousse dans le milieu naturel au Canada, on en retrouve à peine quelques individus dans le fin fond du sud de l’Ontario. Et encore, le site de référence Canadensys le déclare éteint en Ontario. Cela dit, le gainier du Canada est un arbre indigène dans tous les états de l’est des États-Unis. Bref, c’est un arbre indigène de l’Amérique du Nord qui a de grandes qualités ornementales.
Un petit arbre!
Un des intérêts du cercis est qu’il s’agit d’un arbre de petite taille qui atteint entre 5 et 10 mètres de hauteur à maturité. En climat nordique, il dépasse rarement 6 ou 7 mètres de hauteur. C’est donc un sujet idéal pour les jardins urbains et les petits terrains en façade.
De façon naturelle, le cercis tend à se développer de manière large et étalée. Il prend souvent l’allure des vieux pommiers, avec son tronc fourchu et ses branches qui s’étirent vers l’extérieur. À maturité, il est souvent aussi large que haut.
Une floraison tout à fait unique
C’est sans hésiter la floraison des cercis qui les rend si intéressants! Au lieu de porter d’énormes fleurs au bout des tiges, comme le ferait le magnolia, les fleurs du cercis apparaissent partout le long des branches et même du tronc. Oui, les fleurs apparaissent directement au travers de l’écorce! C’est un phénomène que l’on appelle la cauliflorie. En général c’est une particularité des plantes tropicales et la seule autre plante que je connaisse qui fait ce type de floraison unique est le cacaoyer!

Ainsi, en période de floraison, les minuscules fleurs explosent le long des grosses branches… et du tronc! Les fleurs se manifestent bien avant la sortie des feuilles. La floraison du cercis arrive à peu près en même temps que celle des pommiers. Les lilas, quant à eux, commencent à peine à ouvrir leurs premières fleurs. Si ça sent le lilas, les cercis sont en fleurs!
Les fleurs sont toutes petites, mais rassemblées en petites ombelles. Au moment du développement de la fleur, au printemps, les petits bourgeons apparaissent rouge foncé, puis rose foncé. Cette caractéristique lui vaut le nom anglais de «redbud» (bourgeon rouge). Puis, c’est l’éclosion des fleurs, qui sont généralement rose foncé ou rose pâle selon les variétés.

En y regardant de plus près, on remarquera que la fleur ressemble beaucoup à une petite fleur de haricot ou de vesce jargeau. Eh oui, cet arbre fait partie de la famille des Fabacées, ce qui veut dire que c’est un arbre capable d’être fixateur d’azote!
Cela sous-entend également que le fruit du cercis est une petite gousse aplatie. Elles pendent le long des rameaux, mais on les voit rarement, car elles sont dissimulées sous le feuillage.
Un feuillage tout aussi remarquable
Lorsque la floraison est terminée, les feuilles émergent. Ce sont de belles grandes feuilles en forme de cœur. Le feuillage en soi est aussi très décoratif. Quand les feuilles sont pleinement épanouies, elles prennent une teinte vert bleuâtre. Puis, à l’automne, elles prennent une belle coloration jaune doré ou rouge bourgogne, selon les cultivars. On a donc droit à un second spectacle en automne.

Quelques variétés à se mettre sous la dent
Il faut bien admettre que pour les jardins en climat nordique, la sélection de cultivars n’est pas encore très vaste et probablement que les prochaines années nous offrirons quelques nouveautés.
Bien sûr, il est relativement facile de trouver l’espèce simple (Cersis canadensis) qui porte des fleurs d’un rose moyen. Avec un peu de recherche, on trouvera une belle variété au port pleureur, ‘Ruby Fall’, aux fleurs roses et au feuillage bourgogne en été. C’est assurément une belle plante à mettre en vedette en façade de la maison. La variété ‘Northern Herald’ quant à elle, se démarque par sa plus grande rusticité, mais l’arbre est quand même zoné 4b! Pour des arbres aux branches tordues au port semi-pleureur, on trouvera ‘Vanilla Twist’ aux fleurs blanches et ‘Lavender Twist’ aux fleurs lavande. Et enfin, on dénichera un autre cercis à feuillage pourpre ‘Forest Pansy’, lui aussi à fleurs roses.
Comme bien des plantes, les cercis m’ont jeté un sort, très certainement parce qu’ils sont un peu exotiques pour les jardiniers nordiques. Ils offrent une floraison printanière unique et différente et il y a fort à parier que nous en croiserons de plus de plus dans les jardins en zone 5 et, qui sait, peut-être un jour en zone 4!


Merci pour vos informations. Je ne connaissais pas!
Merci pour cette information! Cela semble un arbre très intéressant! Cette espèce a-t-elle tendance à drageonner? Merci!
Mais quelles autres petites merveilles cachez-vous dans votre manche d’horticultrice? Le cercis est un véritable attrape-coeur! Vos photos semblent prouver qu’il s’adapte très bien à notre climat. Je me propose d’aller faire un tour à ma pépinière favorite cette semaine, question de voir si je pourrais mettre la main sur un spécimen du Cercis canadensis. Merci, Julie!
Merci je ne connaissais que Cersis siliquastrum C Canadensis Un grand merci du Solognot