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Cultivez des groseilles à maquereau

Par Julie Boudreau

Petites billes hirsutes, lignées, tantôt jaune verdâtre, tantôt rouge carmin, au goût à la fois sucré et acidulé. Rarement elle est la vedette du jardin gourmand. Mais toujours elle fait le bonheur du jardinier nordique, car elle produit généreusement après un long et frigorifique hiver.

Attention aux épines! Photo: Szyx sur Wikimedia Commons

Groseille, gadelle ou cassis?

Lorsqu’on aborde le sujet des groseilliers à maquereaux, deux grands questionnements existentiels viennent rapidement à l’esprit. Le premier est de connaître la différence entre un groseillier, un gadellier et un cassissier. Le second est d’expliquer le lien entre le maquereau et les groseilles. À cette seconde question, la réponse est fort simple, car la groseille sert effectivement à concocter une sauce d’accompagnement au dit poisson. Cette appellation remonte à d’anciennes traditions culinaires françaises. Le nom persiste encore aujourd’hui, même si le maquereau et sa fameuse sauce font peu partie de notre quotidien alimentaire nord-américain. 

Quant à la distinction entre les groseilles, les gadelles et les cassis, elle est à la fois botanique et taxonomique. D’abord, les groseilles qui nous intéressent ici fleurissent sur le bois de plus d’un an. Les fleurs, éventuellement les fruits, sont disposées le long des tiges, en solitaire ou en groupe de trois, tout au plus. De leur côté, les gadelles et les cassis portent des inflorescences en grappes allongées, d’où leur appellation de groseilliers à grappes. Les branches des groseilliers à maquereau portent de nombreuses épines. Cela les rend moins alléchants pour les jardiniers.

C’est d’ailleurs une particularité que les hybrideurs cherchent à corriger en développant des variétés moins piquantes. Si le latin vous intéresse, les groseilliers à maquereau sont des croisements issus de Ribes uva-crispa et de notre espèce nord-américaine, le groseillier hérissé (Ribes hirtellum). Ainsi, le nom latin des groseilliers a quelque peu disparu sous des épaisseurs d’hybridations complexes. Les cassis et les gadelles appartiennent à diverses autres espèces botaniques.

Des fruits en plein développement! Lorsqu’ils seront mûrs, ils prendront une teinte rosée et seront légèrement mous au toucher. Photo: Julie Boudreau

Autrefois bannis, maintenant permis!

Les groseilliers à maquereau ont été introduits dans les premiers jardins du Québec, dès l’époque de la colonisation de la Nouvelle-France. La petite histoire nous apprend que les groseilliers ont été quelque peu bannis des jardins, entre 1920 et 1960, car ils étaient des hôtes secondaires de la rouille du pin. Les cultivars maintenant sur le marché ont contourné cet obstacle avec une génétique plus résistante aux maladies. On conseille tout de même de ne pas planter de cassissiers, de gadelliers ou de groseilliers à moins de 400 mètres d’un pin blanc.

Ce petit arbuste qui mesure entre 90 cm et 1,5 m. Il présente une certaine facilité de culture, car c’est une plante peu exigeante et produisant pendant plus de 30 ans. Les fruits, de la taille d’un petit raisin, sont verts, avec des reflets rosés ou pourpres à maturité, selon les cultivars. La plupart se dégustent frais, cueillis à même le plant. Les groseilles sont aussi fort intéressantes dans les confitures et les sauces. 

Dès les premiers signes du printemps, les groseilliers déploient leurs feuilles. Les fleurs ne tardent pas à suivre. Bonne nouvelle, les plants sont autofertiles et un seul arbuste suffit pour obtenir des fruits. Toutefois, on augmente la productivité en cultivant plusieurs plants ou en installant des ruches pour faciliter la pollinisation.

Les fleurs des groseilliers apparaissent très tôt en printemps, presque en même temps que la floraison des pommiers. Ici, la variété ‘Hinnonmaki Red’. Photo: Julie Boudreau

Quelques variétés intéressantes pour les jardins nordiques

Du côté des variétés, elles sont divisées en deux groupes: les variétés américaines et les européennes, selon leur origine et les espèces utilisées dans les croisements. On reconnaît que les cultivars américains sont de loin les meilleurs à planter en sol québécois. Il n’en reste pas moins que la variété la plus populaire et la plus facile à trouver sur le marché est une variété européenne, ‘Hinnonmaki Red’, un hybride finlandais où saveur et rendement sont au rendez-vous. Les fruits rouges sont produits sur des plants épineux qui présentent une bonne résistance aux maladies. On peut aussi se procurer son penchant à fruits jaune verdâtre en la personne de ‘Hinnonmaki Yellow’. Du côté des variétés américaines, ‘Captivator’ et ‘Pixwell’ se démarquent par leurs rameaux moins épineux. La variété ‘Poorman’ est reconnu pour sa bonne productivité. 

À la plantation, on opte pour un emplacement bien ensoleillé, si le sol est frais et bien arrosé. On peut aussi planter les groseilliers à maquereau dans des endroits semi-ombragés. Le sol doit être meuble et bien drainé, c’est tout. Oui, ces plantes poussent aussi bien dans des sols argileux. Bref, les plants sont peu exigeants au démarrage et on obtient une production intéressante à partir de la troisième année suivant la plantation. Pour une famille, on conseille de planter un à trois plants, selon l’intérêt des membres de la famille pour ce fruit à la saveur particulière.

Avec peu d’efforts de votre part, un seul plant peut produire généreusement! Photo: GT1976 sur Wikimedia Commons

Comment tailler les groseilliers?

Un groseillier peut produire pendant des années, surtout si on pratique une taille de rajeunissement. Cette taille, qui se pratique très tôt au printemps avant la sortie des feuilles, consiste à retirer complètement les branches devenues trop vieilles, c’est-à-dire celles qui ont plus de quatre ans. On les taille le plus près du sol possible. Ainsi, on aère le plant et on encourage le développement de nouvelles branches qui seront porteuses d’une fructification abondante. Les branches les plus productives sont les tiges de deux ou trois ans. Il faut donc permettre un équilibre entre les branches productives et la future relève.

Quelques ennemis à surveiller

La facilité de culture des groseilliers est toutefois compromise par certains obstacles. La majorité des cultivars offerts sur le marché sont résistants au blanc, à la rouille et à d’autres maladies qui attaquaient autrefois les plants. Toutefois, les insectes présentent encore une menace. En particulier les tenthrèdes du groseillier dont les larves, ressemblant à des chenilles vertes tachetées de points noirs, peuvent dévorer le feuillage d’un plant en quelques jours.

On vient à bout des larves en les attrapant tôt, par cueillette manuelle. Une potion à base d’eau et de savon à vaisselle s’avère efficace seulement sur les jeunes larves, si elle est utilisée tous les jours, dès le début de l’infestation, en prenant bien soin de vaporiser le dessous des feuilles. Les larves adultes, contre qui il y a peu de méthodes de lutte biologique efficace, se laissent tomber au sol pour l’étape de métamorphose vers le stade adulte. Un binage du sol après la récolte des fruits expose les cocons, ce qui réduit les chances de survie. Les fruits aussi, sont bien aimés des oiseaux et on leur bloque l’accès aux précieuses perles avec un simple filet déposé sur le plant avant la période de mûrissement.

Une petite larve de tenthrède du groseillier en train de se régaler. Elle mange si peu. L’ennui c’est qu’elles sont souvent des centaines! Photo: Wojciech Kubiak sur Wikimedia Commons

Le groseillier à maquereau se glisse aisément dans un massif d’arbustes et de vivaces mixtes. On peut en faire des haies libres, dans la mesure où on plante de manière espacée, afin de favoriser une bonne circulation d’air autour des plants. On peut aussi cultiver le thym, la sarriette ou des fraisiers sauvages en couvre-sol à ses pieds. Bref, c’est un bel ajout aux plates-bandes gourmandes. Et un petit bonbon de plus à grignoter en faisant le tour du jardin.

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