Le cœur au jardin: de la mer à la terre avec David Hamel
Pendant longtemps, avec l’avènement des engrais et des pesticides de synthèse, l’agriculture, l’horticulture et le jardinage ont été réduits à la somme de leurs composantes. En portant trop d’attention aux besoins «essentiels» des plantes en certains minéraux, nous avons oublié tout l’écosystème du sol, celui qui rend justement ces nutriments disponibles aux racines. Ce faisant, nous avons affaibli ces organismes essentiels au point où les produits chimiques devenaient nécessaires: une béquille pour des sols appauvris.
Nous savons maintenant que la vie du sol – bactéries, champignons et autres organismes, des plus petits aux plus grands – vit en symbiose avec les plantes, et que c’est elle qui rend un sol riche et les plantes en santé.
On passe d’une logique chimique à un retour vers le biologique.
Comme le dit David Hamel, cofondateur et copropriétaire de Bio Nord: «Je ne fais plus de la chimie, j’essaie de garder mon monde en vie.»
Dans cet épisode du balado Le cœur au jardin, réalisé en collaboration avec Gloco, j’ai discuté avec lui de son parcours, de la fondation de son entreprise, ainsi que des engrais et composts qu’il produit, composés de résidus de l’industrie marine et forestière de la Haute-Côte-Nord. Mais surtout, nous avons parlé de la biologie du sol et de son rôle essentiel dans la réussite de nos jardins et de nos fermes.
Parcours
Né à Québec et ayant grandi en Montérégie, entouré de terres agricoles, David a toujours jardiné. C’est lors des fins de semaine passées à la ferme de son grand-père qu’il est initié à l’agriculture, au compost et à la revalorisation des matières organiques – notamment les fumiers, compostés puis réutilisés sur la ferme.
Plus tard, il fait un détour avant de revenir à l’agriculture. Des études en commerce international et en sociologie, bien que dans des domaines différents, façonnent sa vision du monde. Il comprend notamment l’importance de l’autonomie alimentaire pour les communautés, souvent dépendantes de systèmes mondialisés. Cette prise de conscience l’amène à vouloir contribuer à renforcer la production locale et la résilience des territoires.
C’est pendant ses études, alors qu’il travaille à mettre en place des jardins pour des organismes communautaires, qu’un ami lui met la puce à l’oreille: «Sa grand-mère plantait avec des capelans, puis elle mettait de l’algue par-dessus», raconte David. Cette approche donne des résultats surprenants. Intrigué, il décide d’approfondir la question en suivant une formation en agriculture.
Parallèlement, David et ses partenaires commencent à explorer la Côte-Nord, multipliant les courts séjours pour observer les ressources disponibles, notamment les matières résiduelles issues des industries locales. Peu à peu, une idée prend forme: développer des engrais à partir de ces ressources marines et forestières. Après sa formation, ils concrétisent cette vision en élaborant un plan d’affaires.
Une innovation québécoise: transformer les déchets marins
Bio Nord produit des engrais et des composts certifiés biologiques à partir de résidus marins et de l’industrie forestière de la Haute-Côte-Nord. Durant la saison de pêche, des camions remplis de coquilles de crabe, de poisson et d’autres résidus marins proviennent directement de plusieurs usines de transformation locales – un facteur déterminant dans le choix d’implanter l’entreprise à Forestville. Autrefois, ces matières étaient simplement envoyées au site d’enfouissement. Aujourd’hui, elles sont rapidement nettoyées, déshydratées, broyées et transformées en poudres servant à la fabrication d’engrais.
Les résidus marins utilisés – notamment les carapaces de crustacés – sont naturellement riches en calcium et en azote, mais aussi en chitine, que David surnomme «le steak des bactéries», une molécule qui stimule la vie microbienne du sol et aide les plantes à mieux se défendre contre certains ravageurs. À cela s’ajoutent d’autres ingrédients issus de l’économie circulaire, comme les plumes pour un apport en azote à libération lente, ou encore les algues marines, riches en oligo-éléments et en composés naturels qui favorisent la croissance des plantes.
Nourrir le sol
Contrairement aux engrais solubles, tous ces éléments doivent d’abord être transformés par les micro-organismes du sol avant d’être assimilés par les plantes. On ne nourrit donc pas directement la plante, mais bien le sol, et c’est ce qui fait toute la différence.
Les résidus qui ne sont pas utilisés dans les engrais sont dirigés vers le site de compostage. Ils y sont mélangés à des matières riches en carbone, notamment des résidus de l’industrie forestière locale, valorisant ainsi une autre source de déchets. Le processus de compostage est ensuite enrichi par l’ajout de vers de terre, qui accélèrent la transformation et contribuent à produire un compost riche en micro-organismes bénéfiques.
D’ailleurs, c’est ce compost que j’utilise dans mon propre jardin, parce que c’est le seul que je connaisse qui est vraiment 100 % compost. La plupart des autres produits sont en grande partie faits de mousse de tourbe de sphaigne.
Des produits pour les jardiniers et les agriculteurs
N’allez pas penser que ces produits sont réservés aux agriculteurs: ils sont tout aussi adaptés aux jardiniers.
D’ailleurs, j’utilise moi-même les engrais et le compost de la marque Bionik – des produits de Bio Nord distribués par Gloco – et les résultats dans mes cultures en contenant m’ont surpris.
Malgré un environnement normalement peu favorable à la vie, comme les pots, il m’arrive d’y observer des vers de terre. C’est un signe clair que le compost améliore les conditions et rend le milieu plus vivant.
À l’automne, j’ajoute un paillis de feuilles sur mes contenants. À l’automne suivant, il n’en reste pratiquement plus. Cela signifie que le terreau contient suffisamment de vie microbienne pour décomposer cette matière organique en une seule saison – chose que je n’avais jamais observée auparavant.
David utilise lui-même ses produits dans ses jardins et sa serre.
Sa méthode est simple: un peu d’engrais au stade des semis pour bien démarrer, un peu de compost en surface à la plantation – sans même l’incorporer – suivi d’un paillis de feuilles et d’une légère dose d’engrais. Aucun de travail du sol nécessaire!
Pour expliquer son approche de fertilisation, il utilise une image très parlante: l’engrais, c’est comme du bouleau pour allumer un poêle. Ça permet de partir le feu rapidement, de stimuler la vie microbienne, surtout dans un climat froid comme le nôtre, où la saison de culture est courte. Mais une fois que le feu est pris, ce sont les grosses bûches – la matière organique provenant du compost et du paillis – qui prennent le relais et maintiennent le système en marche.
Boucler la boucle
David visite régulièrement les fermes qui utilisent ses produits. Il y va bien sûr pour les livraisons, mais surtout pour observer les pratiques, échanger des idées et partager les bons coups entre producteurs. Cette proximité avec le terrain lui permet de continuer à améliorer ses produits.
Il souhaite aussi faire croître son entreprise, notamment en automatisant certaines étapes, en modernisant les équipements, en électrifiant les installations et en ajoutant un dôme pour mieux contrôler la production de compost.
À Forestville, il est possible de visiter sa boutique, où l’on trouve des semis, des engrais, ainsi que des légumes qu’il produit pour sa communauté. Et, à l’occasion – surtout en hiver – on peut même goûter aux pizzas cuites au four à bois par sa conjointe, préparées avec les tomates de la serre.
Mais au-delà de tout ça, il accorde une grande importance à sa famille. Comme son grand-père l’a fait pour lui, il transmet aujourd’hui à ses enfants le goût de la terre et de la culture.
Au fond, David boucle la boucle de plusieurs façons: entre la mer et la terre, entre les producteurs, et entre les générations.
Dans le balado
Dans cet épisode du balado, nous discutons avec David Hamel de la biologie du sol et de son rôle dans la réussite des cultures, mais aussi de son parcours, de la création de Bio Nord et de son approche de la fertilisation.
La conversation aborde également des aspects très concrets de son travail: ses essais et ses doutes, les réalités de production, son lien avec les fermes et les jardiniers, ainsi que son quotidien entre entreprise, famille et vie sur la Côte-Nord.
Écoutez l’épisode complet ici ou sur votre plateforme de baladodiffusion préférée.
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Cet épisode du balado Le cœur au jardin est présenté par Gloco, une entreprise familiale québécoise fondée en 1919, reconnue pour ses semences de gazon ainsi que ses composts et engrais biologiques adaptés au climat d’ici.
Ses gammes Bionik, d’engrais et d’amendements naturels, ainsi que Herbionik, spécialisée dans les semences de pelouse et de pré fleuri, proposent des produits conçus pour nourrir le sol, soutenir la biodiversité et jardiner de façon durable, saison après saison.
Pour en savoir plus, visitez gloco.ca.







Ce sont mes produits préférés, en effet les seuls qui contiennent du compost à 100% que j’ai trouvés.
Bravo pour cette entreprise!
C’est formidable de constater qu’il y a des gens de chez-nous qui développent des produits á partir de résidus marins qui sont á notre portée . Encore une fois Bravo et utilisons ces engrais. On prouve que nous , au Québec il y a du potentiel ……