À propos des pesticides et des pissenlits
Malgré des campagnes comme le Défi pissenlits, je vois encore partout des pelouses uniformes composées uniquement de graminées. Or, comme il est pratiquement impossible d’obtenir ce genre de monoculture sans recourir à des herbicides sélectifs, il est évident que le message ne passe pas.
Jusqu’à l’été dernier, les professionnels avaient encore le droit d’utiliser un herbicide nommé Dicamba, un herbicide sélectif apparenté au 2,4–D, dont la vente et l’utilisation sur les pelouses sont interdites depuis plus de vingt ans. Cependant, depuis le 6 juillet 2025, l’utilisation à des fins esthétiques de tous les pesticides de synthèse – y compris la plupart des herbicides chimiques – est interdite dans les espaces verts publics et privés du Québec. Seuls les agriculteurs détenteurs d’un permis peuvent encore utiliser des herbicides sélectifs comme le Dicamba. D’ailleurs, ce produit fait actuellement l’objet d’une réévaluation par Santé Canada.
Sensibilisation déficiente
Malheureusement, la sensibilisation entourant ce nouveau Code de gestion des pesticides fait cruellement défaut, tout comme son application. Bien que plusieurs municipalités aient adopté des règlements encore plus sévères, la surveillance ne suit pas.
Même les entrepreneurs chargés de l’entretien des pelouses ne semblent pas toujours au courant des nouvelles restrictions, puisque l’on voit encore fréquemment des pancartes annonçant l’application de pesticides. D’autres vont jusqu’à transmettre de l’information erronée à leur clientèle. Récemment, j’ai aperçu une affichette du «Défi pissenlits» à côté d’une autre indiquant l’application de pesticides sur la même pelouse. Comme je connaissais la propriétaire, je lui ai demandé quels produits avaient été utilisés. Elle m’a répondu qu’elle avait choisi un service écologique utilisant uniquement des produits naturels. Pourtant, quelques pissenlits tordus étaient visibles dans sa pelouse, un symptôme typique de l’utilisation d’un herbicide sélectif.
Devant ce constat, ne serait-il pas temps de lancer une vaste campagne de sensibilisation sur les pelouses sans pesticides à l’échelle de toute la province?
Un défi important
En 1999, j’ai fondé la Coalition pour les alternatives aux pesticides (CAP). Avec l’appui de nombreux organismes environnementaux, nous avons mené d’importantes campagnes de sensibilisation partout au Québec au tournant du XXIe siècle. Ces efforts ont largement contribué à l’adoption du Code de gestion des pesticides en 2003, une première en Amérique du Nord.
Lorsque j’ai demandé au ministère de l’Environnement de l’époque un financement récurrent afin de poursuivre ce travail de sensibilisation, on m’a répondu que cette responsabilité reviendrait désormais au gouvernement. Épuisée et découragée, j’ai donc accroché mon tablier et dissous la CAP. Pourtant, je n’ai jamais vu par la suite de campagnes d’envergure comparables à celles que nous avions faites au début des années 2000. En revanche, de nombreux inspecteurs ont été formés pour délivrer des permis liés aux «infestations».
Pas dangereux les pesticides à usage domestique?
Certains diront peut-être que les pesticides à usage domestique ne sont pas si dangereux. Pourtant, la réalité est beaucoup plus nuancée. Nous connaissons encore mal les effets à long terme de plusieurs de ces produits, sans parler de leur «effet cocktail», c’est-à-dire l’impact potentiel de l’exposition simultanée à plusieurs substances chimiques.
Or, nous sommes déjà exposés quotidiennement à une multitude de produits de synthèse. Pensons à ceux que nous ingérons par l’alimentation – lorsque celle-ci n’est pas entièrement biologique – ou encore par l’eau potable. Près de la moitié de la population québécoise consomme une eau provenant du fleuve Saint-Laurent, laquelle n’est pas traitée pour éliminer l’ensemble des substances chimiques qui s’y accumulent depuis les Grands Lacs. À cela s’ajoutent de nombreux composés présents dans notre environnement immédiat: retardateurs de flammes appliqués sur les meubles rembourrés, désodorisants pulvérisés dans les maisons et bien d’autres encore.
Bref, nous vivons dans un environnement rempli de produits de synthèse que nous absorbons malgré nous, sans qu’il soit possible d’en évaluer précisément les effets à long terme ou combinés sur notre santé. C’est d’ailleurs au nom du principe de précaution que la Ville de Hudson a remporté, en juin 2001, sa cause devant la Cour suprême contre deux entreprises d’entretien de pelouses, confirmant ainsi son droit de réglementer l’usage des pesticides sur son territoire.
Le Défi pissenlits mal compris
À mon avis, il faudra faire davantage que le simple «Défi pissenlits» pour modifier durablement les comportements. D’autant plus que le message est parfois mal compris. Certaines personnes croient encore qu’il est interdit de tondre leur pelouse pendant tout le mois de mai et avouent attendre avec impatience l’arrivée de juin pour «faire le ménage».
Rappelons donc que l’objectif de cette campagne est avant tout de permettre aux pollinisateurs de profiter de l’abondance de fleurs au printemps. Une fois la floraison terminée – généralement après environ deux semaines – il est tout à fait approprié de tondre le gazon. Même si vous tondez chaque semaine, les pissenlits refleuriront souvent quelques jours plus tard, surtout lorsque la coupe est effectuée à une hauteur élevée. En revanche, lorsque les pissenlits montent en graines, ils n’attirent plus les abeilles. Et une pelouse de graminées non tondue présente peu d’intérêt pour les pollinisateurs.
Par ailleurs, certains propriétaires ont trouvé fort commode de ne plus tondre leur gazon en mai et ont décidé de poursuivre cette pratique tout l’été, au grand dam de leurs voisins. Ne vaudrait-il pas mieux mettre davantage l’accent sur la biodiversité tout au long de l’année, dans des pelouses tondues plus haut, plutôt que de concentrer l’attention sur les seuls pissenlits, que tant de gens détestent?
Un nouveau slogan?
Le Défi pissenlits, propulsé pour la deuxième année par Nature-Action Québec, a accompli un travail de sensibilisation extraordinaire ces dernières années. Maintenant que la conversation est bien entamée, ne serait-il pas stimulant d’élargir le concept pour englober toute la belle saison? Après tout, nos précieux pollinisateurs ont besoin de butiner tout l’été!
Plutôt que de concentrer toute l’attention sur le seul mois de mai, nous pourrions encourager l’introduction d’autres fleurs basses tout au long de l’année. Le trèfle blanc, par exemple, constitue un allié fantastique. Une fois la floraison printanière des pissenlits terminée, les larges feuilles du trèfle prennent le relais: elles couvrent le sol de façon dense, gardent la pelouse bien verte et rendent les pissenlits discrets tout en nourrissant la faune utile.
Pour enrichir cette belle initiative et célébrer la diversité de nos pelouses du printemps à l’automne, on pourrait imaginer de nouveaux slogans porteurs pour les prochaines éditions:
- La biodiversité, ça commence dans ma pelouse!
- La biodiversité c’est ici et maintenant!
- Vive la biodiversité!
- J’aime ma pelouse fleurie
- etc.
Et relançons nos gouvernements vs les pesticides!
Si vous aussi vous souhaitez que nos gouvernements supportent une vaste campagne de sensibilisation sur les alternatives aux pesticides, écrivez à votre député, au ministre de l’Environnement et aux premiers ministres du Québec et du Canada. Des élections s’en viennent cet automne. C’est le moment!
Au Québec, il y a une ONG qui a repris le flambeau dans la lutte contre les pesticides: Vigilance OGM. En France, visitez le site de Générations Futures. Encourageons-les!






Concernant les résidences privées, je vois peu de solution efficace à l’exception d’une interdiction totale et sans exception des municipalités. Comme ça, tout le monde est pareil, et le voisin plus vert ne sera pas considéré comme un hérétique par les autres. Et, pourquoi pas inclure les terrains de golf…
Je n’utilise de pesticide depuis plus de vingt ans, le pissenlits et les marguerites s’en donnent à coeurs joie. Pour une plante très agressive avec ses rhizones, J’utilise du vinaigre pour la contrôler. Ça foncionne sans dommage aux autres plantes.
Vous avez bien raison, on n’en fait jamais assez pour la biodiversité, mais je constate une amélioration: je reviens d’une balade dans la région de Portneuf et il y a beaucoup de propriétaires qui pratiquent la tonte sélective, contournent les marguerites et autres fleurs indigènes . Quand on protègent les pissenlits, on apprécie les autres fleurs.
J’ai semé du trèfle pour remplacer graduellement la tourbe installée lors de l’achat de la maison.. Je laisse pousser les pissenlits et je les tonds avant la dispersion des graines. Je fais de la tonte différenciée en coupant à 4 pouces des zones de circulation. Je laisse pousser plein de plantes et de fleurs sauvages qui se sont implantées. Je dois cependant arracher les laiterons et le tussilage qui ont pris racine au travers. Je regrette de ne jamais voir de terrain qui ressemble au mien, ni même de photos de ce genre d’aménagement « libre ».