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Récupérer l’eau de pluie, c’est écologique

Je dois vous avouer quelque chose: la récupération d’eau de pluie, ça n’a jamais été ma préoccupation. J’ai mon propre puits à la maison, je n’ai jamais eu de restriction d’arrosage, et honnêtement, je n’y pensais même pas. Pourquoi se compliquer la vie quand l’eau coule à flots dès qu’on ouvre le robinet extérieur?

Et puis j’ai eu ma serre. Là, tout à coup, j’avais une grande surface à arroser, protégée de la pluie, et qui m’imposait de tirer le boyau assez loin et de le ramener à chaque fois, parce que la serre est de l’autre côté de mon entrée et qu’on ne veut pas rouler en voiture sur un tuyau qui traîne! On a donc installé des gouttières sur le toit de la serre. Ça tombait bien, on m’avait donné un baril de récupération qui ne servait pas!

Mais le vrai déclic, celui qui m’a donné envie de vous en parler, c’est une dame de mon village qui m’a suggéré l’idée d’un article là-dessus. Et elle avait parfaitement raison, parce que dans mon coin, on a un lac, et ce lac-là a de gros problèmes de sédiments et de ruissellement. La pluie qui cascade sur nos toits et nos entrées ne disparaît pas comme par magie: ça coule, ça fait des rigoles, ça emporte de la terre et d’autres matières, parfois moins nobles, et ça finit quelque part!

Ici, c’est dans le lac.

L’eau, ça vient du robinet

OK, mais Audrey… moi là, mettons que j’ai pas de trouble avec mon tuyau qui traîne, pi que j’ai pas de lac. Pourquoi je ferais ça?

Photo: Dante Juhasz

Je sais, je sais… On ne se mentira pas, au Québec, ce n’est pas l’eau qui manque! Le Canada est le pays disposant de la plus grande part d’eau douce au monde. On a des lacs et des rivières en masse! On a tellement d’eau que dans la majorité des municipalités, on paye un prix fixé dans nos taxes, sans avoir de compteur d’eau (oui, oui, c’est une coutume normale, ailleurs dans le monde d’avoir un compteur et de payer son eau selon la quantité!). Résultat: plusieurs pensent que l’eau est gratuite, ce qui n’aide pas à la ménager.

Alors, pourquoi se casser la tête à ramasser la pluie? Si vous bénéficiez du service de l’aqueduc de votre ville, il se peut que vous soyez soumis à des restrictions d’arrosage un bon matin d’été. Si arroser vos 200 pieds de tomate à l’arrosoir en pleine canicule est une activité qui vous excite… peut-être que vous êtes moins paresseux que la moyenne des lecteurs de ce blogue, parce que moi, je pense que j’abandonnerais mon jardin! Mais il y a aussi plusieurs raisons écologiques.

Le principe, en deux mots

Le concept est simple: une grande surface (le toit de la maison, du garage ou de la serre) avec une gouttière qui achemine l’eau vers un baril. De là, on branche un tuyau ou on remplit l’arrosoir directement. Si le baril est au niveau du sol, il faut parfois une petite pompe pour créer de la pression dans le tuyau (paresse assumée, tsé). S’il est surélevé, par contre, la gravité fait le travail toute seule.

Je ne referai pas ici le guide de construction étape par étape: ma collègue Lili Michaud en a déjà publié un excellent, avec la liste du matériel, les outils et la marche à suivre au complet. Si vous voulez fabriquer le vôtre, c’est par ici que ça se passe. Moi, je veux plutôt vous parler du «pourquoi on récupère cette fameuse eau de pluie».

Toute cette eau, où va-t-elle au juste?

La pluie tombe, en théorie, également partout, ce qui permet à chaque pied carré de sol de gérer sa petite tasse d’eau lors d’une grosse averse. Mais votre gouttière condense l’eau de toute la surface de votre maison et se déverse à son plein débit à un seul et même endroit du terrain. Spoiler alert: ce pied carré là mange la claque!

Premier problème, le plus visible: le sol directement sous le tuyau de descente reçoit une quantité d’eau vraiment ÉNORME. Résultat typique? Une pelouse détrempée, boueuse, parfois carrément dénudée à cet endroit. Un sol saturé d’eau, ça étouffe les racines (moins d’oxygène disponible), et un sol nu, ça devient une invitation ouverte à l’érosion. Si votre terrain a la moindre pente, l’eau qui frappe toujours au même point finit par se creuser un petit chemin, une rigole, qui s’agrandit un peu plus à chaque pluie et détériore votre sol un peu plus loin à chaque fois.

Photo: Ahmet Yüksek

Mettez un canard en plastique pour le fun et voyez chez quel voisin il se retrouve: ça se peut qu’il se rende bien loin!

Deuxième problème

Tous les engrais, pesticides, savons et autres produits qui traînent sur votre terrain se mettent eux aussi à se promener avec l’eau. Vous avez lavé votre voiture récemment? Eh bien, si la rigole de votre toit se jette dans votre entrée et que ça ruisselle plus loin, ce savon pourrait bien se retrouver dans vos plates-bandes ou même dans un cours d’eau ou un étang voisin, et faire pas mal de dommage à ce qui y vit.

Et finalement, toute cette eau qui ruisselle plutôt que de s’infiltrer prend généralement le chemin des égouts. Dans plusieurs municipalités du Québec, notamment dans les secteurs plus anciens, les réseaux d’égouts pluviaux et sanitaires sont encore combinés. En clair, lors des grosses pluies, quand le système est débordé, il peut y avoir des surverses: des rejets d’eaux mélangées, pluie et eaux usées non traitées, directement dans l’environnement. Oui, ça inclut ce que vous pensez que ça inclut. Et non, ça ne fera pas la même job que le fumier!

Un baril à lui seul ne réglera pas ce problème municipal, mais chaque gouttière qui n’ajoute pas son plein débit d’un coup dans le réseau contribue, à sa toute petite échelle, à moins solliciter le système lors des averses les plus intenses.

Alors non, ce n’est pas juste une question d’avoir un ruisseau sous la gouttière, ou un lac devant son terrain. Que vous soyez en ville ou à la campagne, gérer où va l’eau qui tombe sur votre toit, c’est autant une question de protéger votre propre terrain que d’alléger la pression sur les infrastructures et les cours d’eau.

Photo: Volker Prasuhn

Un bonus pour vos plantes

Cerise sur le sundae: l’eau de pluie fait généralement plus plaisir à vos plantes que l’eau du robinet. Elle est douce, sans chlore, et son pH est souvent légèrement acide, ce qui facilite l’absorption de certains nutriments comme le fer. L’eau municipale, selon votre réseau, peut contenir du chlore et être plus calcaire, ce qui n’aide pas toujours les racines les plus sensibles (je dois être une de ces divas du jardin aux racines sensibles, moi aussi… l’eau de l’aqueduc, je trouve que ça goûte souvent l’eau de piscine!)  Rien de dramatique pour la majorité de vos plantes, mais c’est un petit coup de pouce bienvenu, surtout pour celles qui préfèrent les sols plus acides.

Et voyez le côté pratique: pour une résidence moyenne, un seul baril peut représenter une économie d’environ 10 000 litres d’eau potable chaque été. Imaginez si tout le monde embarquait! Ça allégerait du même coup les besoins d’arrosage de tout le monde en pleine canicule: peut-être un remède aux pénuries d’eau? Et en plus, ça serait VOTRE eau, gratuite, à utiliser comme bon vous semble. Vous pourriez même laver votre entrée d’asphalte avec (ne faites pas ça, sérieusement, gardez cette eau précieuse pour vos plantes et laissez votre entrée se «salir»)!

Quelques conseils condensés

Placez votre baril sur une base solide et surélevée si vous voulez profiter de la gravité (200 litres d’eau, ça pèse son pesant, alors n’improvisez pas le socle). Videz-le régulièrement plutôt que de laisser l’eau stagner des semaines, ça évite les mauvaises odeurs. Assurez-vous d’avoir une moustiquaire sur le dessus pour éviter les sites de ponte pour les moustiques. (Demandez-moi pas comment je le sais…!) Et n’oubliez pas de l’hiverner: ici, au Québec, un baril plein qui gèle, ça finit mal, autant pour lui que pour vos fondations si jamais il est trop proche de la maison.

Bref, moi qui pensais que la récupération d’eau de pluie, ce n’était pas pour moi, me voilà maintenant avec un baril dans ma serre, et un boyau qui ne traîne plus jamais dans mon entrée. Et franchement, j’adore! J’ai même branché un tuyau suintant et je l’active avec, attention, un interrupteur! Comme quoi, des fois, c’est en réglant un petit problème pratique qu’on tombe sur un bien plus grand bénéfice. Et vous, qu’est-ce qui vous retient d’installer le vôtre?

(Psst! Si vous voulez jeter un coup d’œil à l’irrigation de ma serre!)


  1. Très bon article. Nous avons fait la même chose chez moi, mais pour le cabanon : nous avons posé des gouttières qui se déversent dans des barils d’eau de pluie raccordés au système d’irrigation en été. Non seulement ça permet d’arroser notre potager, mais en plus ça évite que l’eau qui s’accumule autour du cabanon fasse pourrir le plancher comme ce fut le cas l’été dernier.

    Mais que faire de toute cette eau au printemps, lorsque la neige fond, qu’il pleut beaucoup et que les barils ne sont pas encore en place? Il y a peu d’information à ce sujet, alors un autre article plus général sur la gestion de l’eau chez soi serait le bienvenu!