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Les arbres fruitiers pour « mes » oiseaux!

Alex: Salut Monsieur Moineau comment vas-tu?

Monsieur Moineau: Cela va très bien, Alex. Je suis occupé de ce temps-ci. Je prends beaucoup de photos des oiseaux qui grappillent dans mes arbres fruitiers. Cela fait déjà plusieurs années que j’ai planté des arbres qui leur donnent des fruits à se mettre dans le bec…

Alex: Là tu m’en apprends. Je croyais que les graines de tes mangeoires et ta recette de gras suffisaient. Que c’était ta recette secrète pour avoir tant d’oiseaux. De quels arbres parles-tu? Est-ce des arbres indigènes au moins?

Monsieur Moineau: Comme tu peux voir dans ma cour arrière et aussi dans mon parterre en avant, j’en ai quelques-uns qui grandissent bien et qui attirent plusieurs espèces d’oiseaux.

Pommetier

Alex: Parles-tu de ton magnifique pommetier qui est en avant?

Monsieur Moineau: Si tu le voyais en fleurs au printemps! À cette période de l’année, il attire en premier les différentes parulines qui y recherchent les insectes. Durant l’hiver, il attire une multitude d’oiseaux comme les jaseurs boréals, les cardinals rouges, les gros-becs errants et même des merles d’Amérique qui sont restés dans notre région parce qu’ils y trouvent justement des arbres fruitiers. Ce pommetier ‘Indian Magic’ (Malus x ‘Indian Magic’) est là depuis plus de trente ans. Il pousse, profite du soleil et fournit une multitude de petites pommettes qui font le régal de mes invités!

Pommetier ‘Indian Magic’ en fleurs. Photo: Robert Morin
Durbec des sapins mâle dans pommetier. Photo: Robert Morin
Jaseur boréal et fruits du pommetier. Photo: Robert Morin

Alex: Mon cher Monsieur Moineau, tu m’épates! Comment as-tu pu identifier cette variété de pommetiers tout en sachant que les oiseaux allaient s’en régaler? Y a-t-il un secret?

Monsieur Moineau: Je vais te confier un secret qui n’en est pas tout à fait un. Je ne savais pas au départ si les fruits de cet arbre étaient de la bonne grosseur… J’ai découvert depuis, en fouinant dans un livre spécialisé sur les pommetiers, que les fruits doivent avoir une taille égale ou inférieure à un quart de pouce soit 6,3 mm pour que pour que les oiseaux les avalent d’un seul coup. D’autres, par contre, peuvent très bien s’attaquer à des fruits plus gros. Lorsque je travaillais au Jardin zoologique du Québec, il y avait très souvent des durbecs des sapins dans les pommetiers de l’édifice d’à côté.

Viorne trilobée

Alex: Je vois en avant de ta maison, dans le coin un peu à l’ombre, un petit arbre. C’est un pimbina, c’est bien ça?

Monsieur Moineau: Oui, si l’on veut. En réalité, c’est le nom vernaculaire qu’utilisaient nos grands-parents. Son vrai nom est la viorne trilobée (Viburnum trilobum). Il produit de beaux petits fruits rouges qui attirent aussi le merle d’Amérique, le jaseur boréal et d’autres (voir la base de données Fleur-O-Bec pour la liste complète). Parfois cependant, le feuillage est attaqué par la galéruque de la viorne qui ne laisse que le squelette de la feuille après son passage. C’est dommage. On dit que ce n’est pas mortel pour l’arbre, mais si cela persiste d’une manière sévère pendant quelques années, il paraît qu’il peut en mourir.

Viorne trilobée en fruits. Photo: Robert Morin

Alex: Oh! Je suis content que tu me le dises. Je vais y penser à deux fois avant de m’en procurer un. Dans le coin de ta cour arrière, c’est une viorne trilobée à côté de ton aubépine?

Aubépine

Monsieur Moineau: Oui, c’est en plein ça. Je tiens tellement à voir mes durbecs des sapins que j’en ai planté deux. Parlant de mon aubépine (Crataegus spp.)… Tu vois, j’en ai deux, en fait. Elles n’ont pas la même forme et pas la même taille. Je les ai ramassées en même temps dans un terrain vague à quelques pas d’ici. Ce sont des aubépines sauvages et j’ai eu la permission de les récolter, car le tracteur allait les écraser. J’ai fait d’une pierre deux coups.

Je me suis rendu service et j’ai protégé ces deux végétaux indigènes. Tu sais, il existe une vingtaine d’espèces d’aubépines au Québec, et plusieurs centaines en Amérique du Nord. En plus, elles s’hybrident facilement entre elles! Pas étonnant qu’il soit souvent difficile de les identifier avec certitude. Par le passé, en raison de leurs épines qui offrent une excellente protection aux oiseaux, j’avais acheté une magnifique aubépine ‘Toba’ (Crataegus × mordenensis ‘Toba’). Quelle déception lorsque j’ai découvert, par la suite, que ce cultivar était inerme, ce qui signifie «sans épines». Or, l’arbre était vendu sans cette précision…

Des épines de protection

En fait, mes deux aubépines, avec leurs épines, sont une véritable forteresse pour assurer la protection des oiseaux. Essaie de t’imaginer un oiseau de proie comme un épervier de Cooper voulant entrer dans cet arbre dans une grande envolée. Impossible! C’est la même chose pour les chats.

Aubépine en fruit. Photo: Robert Morin
Épervier de Cooper. Photo: Robert Morin

J’ai observé des jaseurs d’Amérique qui se nourrissaient des pétales des fleurs, comme ils le font avec celles des pommiers, et le merle d’Amérique, le roselin pourpré et le gros-bec errant qui mangeaient les fruits. À ma grande stupéfaction, j’ai même photographié un pic maculé mangeant les fruits. Ce fut toute une surprise! Tu sais, cette espèce est connue pour lécher la sève des arbres après en avoir perforé l’écorce avec son bec.

Merle d’Amérique avec un fruit d’aubépine. Photo: Robert Morin
Jaseur d’Amérique avec des fleurs d’aubépine. Photo: Robert Morin
Roselin pourpré dans des aubépines. Photo: Robert Morin

Alex: Qu’as-tu d’autre dans ta cour qui te sert de garde-manger? Je vois là des petits arbustes avec des fruits rouges. Qu’est-ce que c’est?

Houx verticillés

Monsieur Moineau: Ce sont deux houx verticillés (Ilex verticillata), celui de gauche avec les fruits, c’est la femelle. Elle seule porte des fruits. Il faut un arbuste mâle pour assurer la fécondation. Ce sont des arbustes dioïques. On doit les mettre à moins de cinq mètres l’un de l’autre. On peut les distinguer par la forme de leurs fleurs.

Grive à dos olive. Photo: Robert Morin

Aronie noire

J’ai déjà eu une aronie noire (Aronia melanocarpa). Elle attirait, le cardinal rouge, le gros-bec errant et le roselin familier. C’est aussi un bon choix pour attirer les oiseaux : pas trop gros ni trop petit, il prend peu de place et son feuillage lustré est très attrayant.

Cardinal rouge. Photo: Robert Morin

J’avais à ses côtés un cotonéastre de Pékin (Cotoneaster acutifolius). Un autre bel arbuste ayant lui aussi un feuillage luisant. Certains les taillent pour faire des haies, mais cette taille sacrifie les fruits.

Alex: Quel est cet autre arbuste à côté de ton aubépine? Est-ce aussi une aubépine. Il est plein de petites aiguilles. Ça doit être piquant!

Épine-vinettes

Monsieur Moineau: C’est une épine-vinette commune (Berberis vulgaris). Elle était déjà là à mon arrivée. Elle attire quelques espèces d’oiseaux, entre autres le Jaseur boréal. Par contre, c’est toute une histoire lorsqu’il faut la tailler! Ses fines épines percent facilement les gants. Sa vente est maintenant fortement restreinte, car cette espèce peut servir d’hôte intermédiaire à la rouille noire du blé, une maladie importante des céréales. C’est une sage décision si l’on veut protéger les cultures.

J’avais aussi une autre espèce, l’épine-vinette du Japon (Berberis thunbergii), du moins je le crois. Elle était très large et devenait encombrante. Pas très haute, mais tout aussi piquante. Cette espèce est considérée comme envahissante dans de nombreux habitats naturels, et sa vente est également interdite dans plusieurs juridictions, dont le Québec. On trouve toutefois encore de nombreux cultivars sur le marché. Les oiseaux consomment ses fruits, ce qui contribue malheureusement à sa dispersion dans la nature.

Berberis vulgaris. Photo: Robert Morin

Alex: Dis-moi Monsieur Moineau, tu sembles avoir fait le tour du jardin, mais tu as oublié de me parler de ces deux arbres à gauche dans le fond de ta cour. De quoi s’agit-il?

Pommetier décoratif

Monsieur Moineau: Tu as raison, mon ami, c’est une longue histoire! À gauche, il y a plusieurs années, j’ai récolté entre deux roches du vieux port de Québec, un jeune plant et j’ai remarqué qu’il avait des feuilles rouges. Le plan mesurait à peine 10 centimètres de hauteur. Je l’ai pris pour un cerisier des sables (Prunus x cistena). Comme tu peux le constater, je me suis «légèrement» trompé. Mon arbuste mesure présentement plus de 8 mètres. C’est une variété de pommetiers décoratifs (Malus spp.).

Alex: Tu es chanceux. Une deuxième espèce de pommetier pour nourrir les oiseaux.

Monsieur Moineau: Bien non, Alex. Justement, comme je te disais, il faut que les fruits aient un petit diamètre. Regarde ces fruits, ils sont gros et les oiseaux osent à peine d’y toucher, comme je l’ai observé chez les jaseurs. Cependant, par son port, cet arbre bien fourni offre un bel endroit pour s’abriter et attire les parulines obscures qui attrapent les insectes dans ses fleurs. Je l’aime bien. De plus, il est dans une haie libre (non taillée), qui ne comporte pas deux arbres ou arbustes de la même espèce. Regarde bien, tu vois, cela a l’air naturel.

Jaseur boréal. Photo: Robert Morin
Paruline obscure. Photo: Robert Morin

Cerisier de Virginie ‘Schubert’

Pour ce qui est de l’autre arbre, ce fut un choix difficile. J’avais acheté un cerisier de Virginie ‘Schubert’ (Prunus virginiana ‘Schubert’).Il a été atteint par le nodule noir du cerisier causé par le champignon Apiosporina morbosa. Ce n’est pas très joli. Excuse l’expression, mais cela ressemble à une grosse crotte de chien! Pouor remédier à cette maladie, il faut soit couper les branches atteintes en prenant le soin de désinfecter le sécateur à chaque branche pour ne pas transmettre le champignon ou arracher l’arbre. Ce fut mon choix.

Cerisier ‘Schubert’. Photo: Robert Morin

Amélanchier

J’ai alors décidé de le remplacer par un amélanchier. Je pensais à l’amélanchier du Canada (Amelanchier canadensis),mais j’ai opté pour un Amélanchier à grandes fleurs ‘Ballerina’ (Amelanchier x grandiflora ‘Ballerina’). Avec sa taille modeste et ses fruits, il attire les jaseurs d’Amérique, les merles d’Amérique et les roselins pourprés. C’est un bon choix.

Jaseur d’Amérique. Photo: Robert Morin

Tu sais, on approche de l’automne et les jardineries ainsi que les centres de jardin offrent souvent, dès le mois d’août, des plantes au rabais. Il faut en profiter! C’est aussi une excellente période pour planter. Les végétaux ralentissent progressivement leur croissance aérienne et les conditions sont idéales pour l’enracinement. Avec le printemps, c’est l’un des meilleurs moments de l’année pour les plantations. Tiens, c’est vrai, je devrais aller faire un tour dans ma jardinerie préférée pour profiter des spéciaux. C’est aussi la saison de planter les bulbes à floraison printanière qui enjoliveront nos jardins au printemps prochain.


  1. Bonjour, j’habite à Mtl. J’ai un poirier, des cerisiers et un prunier. Si c’était à refaire, je ne planterais pas d’arbres fruitiers à cause des écureuils : on reçoit les fruits sur la tête pendant une bonne partie de l’été sinon c’est l’allée qui est couverte de fruits plus ou moins écrasés.