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Saurais-tu reconnaître l’herbe à puce?

Par Julie Boudreau

Quand on s’amuse à visiter les milieux naturels partout dans le sud de la province de Québec, on finit immanquablement par tomber sur une belle colonie d’herbe à puce! Et cette semaine, eh bien… j’ai attrapé l’herbe à puce!

L’herbe à puce est sournoise, car elle ne se démarque pas dans un paysage de verdure. Photo: Julie Boudreau

Pourtant, je reconnais la plante facilement. Je sais dans quels habitats je suis susceptible de la croiser. Je suis aussi bien au courant que certaines souches sont plus virulentes que d’autres: on dit que l’herbe à puces dans l’ouest du Québec (en Outaouais, notamment) cause des irruptions plus sévères que celles dans le centre de la province. Malgré tout, la tête en l’air, à la recherche d’une paruline, ou la tête dans la lune, perdue dans mes rêveries de promeneuse forestière, je m’éveille soudainement… les deux pieds dans la talle! Je prends toutes les précautions possibles pour éviter que la sève entre en contact direct avec ma peau. Puis, j’attache mon lacet et… je me gratte dans le dos! Zut! Apparition d’une petite réaction cutanée.

C’est ce qui m’a inspiré ce petit quiz! Je n’ai malheureusement pas de solution à vous proposer pour vos élans lunatiques. Par contre, je peux vous aider à identifier cette vilaine coquine dont il faut se méfier!

Herbe à puces et herbe à poux… deux plantes complètement différentes

Commençons par éliminer la confusion qui plane entre l’herbe à puce et l’herbe à poux. Car ce sont deux plantes très distinctes et qui n’occasionnent pas les mêmes maux.

La petite herbe à poux (Ambrosia artemisiifolia) est une plante annuelle qui mesure de 15 à 150 cm de haut. Bien ramifiée, son feuillage est finement découpé et elle produit des épis dressés de fleurs bien insignifiantes. L’herbe à poux provoque des troubles respiratoires. Pour aider à différencier l’herbe à poux de l’herbe à puce, je dis souvent «Herbe à poux: Atchou!»

On confond souvent l’herbe à puce avec la petite herbe à poux. L’herbe à poux ne pique pas, elle fait éternuer! Photo: Robert Flogaus-Faust sur Wikimedia Commons

L’herbe à puce, quant à elle, existe sous deux formes. La première, plus rare au Québec, est une plante grimpante qui s’accroche aux troncs des arbres. La seconde forme de larges colonies de feuilles tapissantes. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une feuille à trois folioles, c’est-à-dire que la feuille compte trois parties de feuilles séparées les unes des autres. Je n’en dis pas plus pour l’instant, c’est à votre tour de tester vos connaissances.

Alors, pourrez-vous identifier l’herbe à puce?

Et la réponse est… D!

Ces plantes ont toutes en commun qu’elles peuvent produire des feuilles à trois folioles. Les champions auront reconnu: A. l’amphicarpe bractéolée (Amphicarpaea bracteata); B. la clématite de Virginie (Clematis virginiana); C. l’érable à Giguère (Acer negundo); D. l’herbe à puce (Toxicodendron sp.); E. le fraisier des champs (Fragaria virginiana); F. le ptéléa trifolié.

Pour bien discerner l’herbe à puce, il y a quelques trucs. D’abord, le pétiole de la foliole central est plus long que celui des deux autres folioles. Mais ce critère s’applique aussi à plusieurs feuilles trifoliées! Ensuite, lorsque pleinement déployée, la feuille est souvent luisante, mais ce n’est pas toujours le cas. Au printemps, lorsque les jeunes feuilles se déploient, elles prennent une teinte rougeâtre et les folioles sont orientées vers le bas. Et mon critère préféré, et celui sur lequel je me fie réellement, c’est la variabilité des feuilles! Dans un même massif, on trouvera des feuilles à marge lisse (sans dents), certaines feuilles auront une seule dent, d’autres auront plusieurs dents. Ce n’est jamais pareil d’une feuille à l’autre. Ce sont très souvent des dents grossières et irrégulières.

Ce critère permet d’éliminer plusieurs feuilles à trois folioles et à ce stade, seules les jeunes feuilles de l’érable à Giguère peuvent encore se qualifier. Toutefois, les feuilles de l’érable à Giguère sont opposées le long de la tige (une en face de l’autre), alors que les feuilles de l’herbe à puce sont alternes.

Deux espèces d’herbes à puces? Non. Peut-être trois?

C’est aussi cet été que j’ai été foudroyée par une révélation choc: il y aurait deux espèces d’herbe à puce tapissante! J’avais déjà vu l’herbe à puce grimpante (qui est placée dans T. radicans), je connaissais l’existence du sumac à vernis (T. vernix). Ainsi, dans mon petit cœur de botaniste en herbe, tout ce qui était bas et tapissant appartenait aussi à T. radicans. Mais voilà que certains proposent l’ajout d’une nouvelle espèce, T. rydbergii.

Pour ce qui est du sumac à vernis (T. vernix), l’affaire se classe aisément. Sa présence est concentrée dans le sud-ouest du Québec, notamment près de Saint-Zotique, de Dundee et de Brossard. Le sumac à vernis forme un gros arbuste, aux feuilles composées de 7 à 11 folioles. On pourrait aisément le confondre avec un jeune frêne. Cette espèce cause aussi des dermatites. Il faut donc s’en méfier.

L’herbe à puce peut former des colonies très denses. C’est souvent ici que je sors de ma rêverie, les deux pieds en plein milieu d’un océan de plantes menaçantes. Photo: Julie Boudreau

En ce qui concerne l’existence potentielle de deux espèces distinctes d’herbe à la puce «rampante», j’ai, encore une fois ouvert une boîte remplie d’intrigues et de mystères! Tout n’est que contradictions! Si on se réfère à Wikipédia, T. rydbergii serait présente seulement dans l’ouest du Canada et T. radicans, dans l’est. Ainsi, la forme grimpante et la forme arbustive seraient réunies sous T. radicans. Quand on consulte la clé d’identification de Go Botany, on dit que T. rydbergii se propage par rhizomes (formant des colonies basses et denses) et que T. radicans dispose de racines aériennes et serait la forme grimpante, mais aussi rampante (si la plante ne trouve pas de support!). De son côté, la Base de données des plantes vasculaires canadiennes (VASCAN) subdivise le genre T. radicans en deux variétés (T. radicans var. radicans et T. radicans var. rybdergii).

Disons que l’envie n’est pas là de tâter les feuilles ou de prendre des photos à quatre pattes dans une colonie pour découvrir de quelle espèce il s’agit… car du côté des feuilles, la ressemblance est grande entre les deux espèces (ou variétés). De reconnaître l’une par les feuilles, c’est aussi reconnaître l’autre!

Si l’herbe à puce pique encore votre curiosité (jeu de mots intentionnel), je vous invite à consulter cet article de Larry qui explique ce qui déclenche les démangeaisons et les meilleurs remèdes pour les soulager. Ce n’est pas la première fois, ni la dernière fois, que j’attraperai l’herbe à puce dans ma vie. Mes désirs d’exploratrice végétale l’emportent toujours sur les risques du métier!

Étiquettes + Herbe à puce, Toxicodendron


  1. merci mille fois pour cet article – j,ai toujours de a difficulté à identifier l’herbe à puce. Malgré votre excellente article je ne suis pas sure si je saurais identifier la plante en plein bois. Je connais l’herbe à poux j’y suis allergique donc je l’arrache. Félicitations encore une fois.

  2. Je compatis tellement avec toi Julie…Je me demande à quoi elle sert cette plante maléfique, cachée dans la haie de cèdre! Cette plante m’a fragilisé la peau à vie avec ses brûlures au 2e degré.
    Les grands moyens: arrachage de la haie, chimique non-désiré mais obligé puis l’érection d’une clôture en bois, une barrière psychologique. La crainte fait rester à l’affût des petites racines dormantes…

  3. Wow! On a eu droit à un quiz cette semaine. Quelle pro des chroniques vous devenez! xox Merci de nous avoir donné autant de détails sur les verdures dont on doit se méfier lors de balades en forêt. Et… je crois que je me disciplinerai à laisser de côté les rêveries pour me concentrer sur où je mets les pieds, du même coup!

  4. Dans le coin d’Ormstown , il y avait de la grimpante lors j’y travaillait.

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