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Et la courgette devint ÉNORME…

Il y a des vérités universelles dans la vie de jardinier: l’outil qui est dans notre main VA disparaître quelques instants quand vous l’aurez lâché, le nouvel insecte que vous venez de repérer EST un ravageur, et vous allez trouver au moins un concombre qui deviendra ÉNORME. C’est mathématique: la fatalité des jardiniers!

Je ne peux rien faire pour vos outils ou votre première invasion de teigne, mais je peux certainement vous aider avec vos courges!

Voilà le problème: vous inspectez votre plant de courgettes (ou zucchini) le dimanche, et vous voyez de petits fruits charmants, pas plus gros que vos doigts. Vous vous dites qu’on va attendre encore quelques jours, que ce serait dommage de les récolter si petits. Mercredi, vous remettez la visite au jardin, car il pleut. Samedi, une courgette digne d’un bâton de baseball vous regarde d’un air menaçant. Deux livres. Des graines qui ressemblent presque à des pépins de citrouille. Et votre plant qui semble vous bouder en plus…

Oupsi!

La plante a un seul objectif, et ce n’est pas de vous nourrir

Pour comprendre pourquoi vos légumes grossissent à cette vitesse, il faut se rappeler une chose: votre plant de courgettes n’est pas un service de traiteur. Il veut faire des graines. Point. Dès qu’une fleur est fécondée, la plante se met en mode reproduction, et redirige une bonne partie de son énergie vers ce fruit en particulier. Tout ce que les feuilles captent comme lumière et produisent comme sucres, une grosse portion s’en va directement là, dans ce nouveau jeune fruit.

Photo: Pexels

C’est pour ça qu’une courgette peut grossir de 2 à 3 centimètres par jour dans de bonnes conditions. Un pouce par jour, c’est énorme! Du jour de la fécondation à une courgette de taille raisonnable, il ne faut que 4 à 8 jours. En plein juillet québécois avec la chaleur qu’on a, c’est super rapide. La plante n’est pas capricieuse ou imprévisible: elle est juste très efficace pour ce qu’elle cherche à accomplir. Autrement dit, si vous n’allez au jardin qu’une fois par semaine… ne vous surprenez pas d’y trouver quelque chose qui ressemble davantage à une courge spaghetti qu’à une mignonne courgette. (D’ailleurs, Larry préférait cultiver les courgettes jaunes, car c’est beaucoup plus visible que les vertes.) La fleur fécondée un jeudi se fiche complètement que vous soyez occupé la fin de semaine qui vient!

Ce qui accélère encore les choses, c’est que ce sont les graines à l’intérieur du fruit qui «réclament» le plus de ressources. Plus elles grossissent, plus elles sont demandantes. C’est d’ailleurs pour ça qu’une courgette récoltée petite est nettement plus goûteuse: les sucres sont concentrés dans une chair dense et tendre. Dans une grande courgette, tout ça s’est dilué dans une masse de chair aqueuse, et une partie s’est même retrouvée dans des graines imposantes. Disons que vous et la plante n’aviez tout simplement pas les mêmes plans!

La courgette oubliée vous coûte plus cher que vous pensez

Laisser un gros fruit sur le plant ne sacrifie pas seulement la qualité de ce fruit particulier. Ça envoie aussi un message très clair à toute la plante: mission accomplie, les graines sont en route, plus besoin de faire de nouvelles fleurs. Des chercheurs ont montré que les fruits en cours de maturation produisent des signaux qui ralentissent ou arrêtent carrément la production de nouvelles fleurs. Du point de vue de la plante, c’est parfaitement logique: pourquoi dépenser de l’énergie à faire d’autres fruits si elle a déjà réussi à produire des graines viables?

Autrement dit: la courgette-bâton de baseball qui traîne sur votre plant ralentit votre récolte future. En la laissant là, vous sacrifiez la saveur ET la productivité. Deux erreurs en une pour une ou deux journées d’inattention… Ça coûte cher!

Photo: David Sea

Si malgré vos meilleures intentions vous trouvez une courgette-dinosaure cachée sous une feuille, récoltez-la! Oui, ce sera moins savoureux. Mais vous redonnez à votre plant le signal qu’il lui faut pour recommencer à fleurir. Une courgette géante râpée dans des muffins ou une soupe, c’est mieux qu’une plante qui refuse de produire jusqu’à la fin de la saison.

C’est, en quelque sorte, la règle d’or du potager: moins vous récoltez, moins vous récoltez. Et plus vous récoltez… plus vous récoltez. Aussi bizarre que ça puisse sonner! Alors même si vous pensez que votre concombre POURRAIT grossir un peu plus pour rentabiliser votre cueillette, non. C’est mieux de le prendre deux centimètres plus petit, mais de relancer la production rapidement, sans risquer de manquer le sweet spot et d’avoir un concombre de deux centimètres trop gros!

Est-ce que ça marche pour tous mes légumes?

Bonne question, et la réponse est: pour plusieurs, oui, mais ça dépend! Parce que tous les légumes ne fonctionnent pas sur le même modèle.

Pour les légumes où on mange le fruit encore immature, la logique s’applique pleinement. Les haricots et les haricots, c’est le même principe qu’une courgette: on récolte avant que les graines gonflent visiblement dans la cosse. Une cosse récoltée jeune est tendre et sucrée; une cosse trop mûre devient filandreuse et farineuse, parce que la plante a surtout investi dans ses graines plutôt que dans votre plaisir gustatif. (Mais si ce que vous voulez récolter ce sont les fèves, c’est une autre histoire!) Les concombres, les aubergines (Solanum melongena) et les pois mange-tout suivent exactement la même règle: récolter souvent et jeune, pour la qualité et pour encourager la production.

Poivrons

Les poivrons (Capsicum annuum), eux, offrent un choix intéressant. Récoltés verts (immatures), ils ont un goût plus frais et la plante continue de produire activement. Laissés à mûrir jusqu’au rouge, à l’orange ou au jaune selon la variété, ils développent plus de sucres et de vitamines, mais la production ralentit. Ni l’un ni l’autre n’est une erreur: c’est une question de goût de la part du jardinier!

Tomates

Par contre, pour les tomates (Solanum lycopersicum), la logique s’inverse. On veut que la tomate mûrisse, justement! Et la plupart de nos variétés de jardins sont dites «indéterminées»: elles continuent de fleurir et de produire tout l’été, peu importe si quelques tomates mûrissent sur le plant. Pas besoin de stresser pour récolter en temps ici.

Courges d’hiver

Et les courges d’hiver? Butternut, courge spaghetti, potiron? Là, c’est complètement l’inverse de la courgette d’été. On veut que la graine mûrisse pleinement. C’est la maturité complète qui donne à la chair sa douceur et sa saveur concentrée, et qui permet la longue conservation. Une courge d’hiver récoltée trop tôt aura une chair aqueuse, peu sucrée, et ne se conservera pas bien. On attend donc la fin de la saison, que la tige sèche, que la pelure change de couleur et soit bien dure avant de récolter. La règle est donc exactement à l’opposé!

À quelle taille dois-je récolter, exactement?

Pour vous donner des repères concrets: une courgette est à son meilleur entre 10 et 15 cm. Les haricots et les fèves se récoltent quand la cosse est bien formée, mais avant que les graines gonflent et se dessinent à travers la paroi. Les concombres de table se cueillent fermes et d’un beau vert uniforme, avant que la peau ne jaunisse. Les aubergines, elles, se récoltent quand la peau est encore bien lustrée et brillante: une aubergine terne et molle est périmée.

Mais, et c’est un «mais» important: ces repères sont des guides généraux, pas des règles absolues. Vos semences ont peut-être été sélectionnées pour quelque chose de bien précis. Un concombre de type cornichon récolté à la taille d’un concombre «normal», c’est un raté pour le jardinier, et probablement une victoire pour la reproduction du plant! Et certaines variétés de fèves très courtes seront parfaites à une taille où une autre variété serait encore trop jeune. Mon conseil: lisez votre sachet de semences. Les indications de taille de récolte qui y figurent ne sont pas là pour décorer: elles reflètent ce pour quoi la variété a été sélectionnée. Il y a sûrement quelque part une variété de courgette énorme pour satisfaire les grands appétits!

Alors, que fait-on?

La prochaine fois que vous trouverez un légume de la grosseur de votre animal de compagnie dans votre potager, dites-vous qu’au moins, la plante a tout ce qu’il lui faut dans votre jardin pour faire son travail de plante! Récoltez sans attendre et demandez-vous si vous devriez faire des visites plus fréquentes… ou bien changer de lunettes!

Et vous, ça vous arrive souvent, la courgette-matraque?


  1. J’adore vous lire. J’aime parce que c’est simple et que les tenants et aboutissants sont toujours de la partie. Rien ne vaut la compréhension pour intégrer les connaissances. Ce matin, mes fleurs de courgettes sont envahies par les fourmis et les feuilles sont grignotées par une espèce de bibite rayée. J’essais de les attraper mais elles s’envolent, les rayées. J’ai aspergé de btk. Les fruits sont présents mais sont attaqués. Avez-vous une solution pour les rayés? Et les fourmis…mais elles m’énervent moins.?
    Merci pour tout

    • Vos rayées sont probablement des chrysomèles ? En jaune et noir? Malheureusement, les chrysomèles de la courge ne sont pas affectées par le BTK. Il faut les retirer manuellement pu installer des trappes collantes jaunes pour les capturer et les empêcher de retourner sur les plants. Bonne chance !

  2. Merci beaucoup pour cet article clair et éclairant!

  3. Merci Audrey pour les réponses à nos questions. . On dirait aussi que la chaleur de ces dernières années affecte la croissance …que l’arrosage quotidien ne parvient pas à normaliser. On doit faire plus confiance à la pluie, même moins présente au sud. ..?

  4. Toujours interessant de vous lire , merci pour les judicieux conseils. Et allez hop au jardin.