Categories

Recherche

La pollinisation, c’est bien plus bizarre que vous pensez

C’est la Semaine des pollinisateurs, et vous le savez, je ne fais jamais les choses tout à fait comme les autres. Il y a des articles magnifiques cette semaine sur les abeilles solitaires, les papillons, les colibris… Moi, j’ai envie de vous emmener dans les coulisses. Parce que la pollinisation, ce n’est pas juste un insecte en promenade qui passe d’une fleur à l’autre en transportant du pollen au passage! Non, non. Les plantes font des pieds et des mains pour être dignes de l’attention des insectes!

Aujourd’hui, je vous présente trois mécanismes d’attraction surprenants: le magnétisme, les odeurs et les vibrations… (Peu importe comment je formule cette phrase, ça sonne comme le synopsis d’une œuvre de romance, mais après tout, la pollinisation, c’est d’abord une histoire de séduction!)

Les fleurs envoient des signaux électriques (et les insectes les captent)

Commençons par ma préférée, parce que franchement, si on me l’avait racontée sans preuve scientifique, je n’y aurais pas cru.

Quand une abeille ou un bourdon vole, il accumule une charge électrostatique positive, un peu comme quand vous frottez un ballon sur vos cheveux. Les fleurs, elles, ont une légère charge négative, parce qu’elles sont reliées à la terre, qui est chargée négativement. Les charges opposées qui s’attirent, c’est de la physique de base, c’est comme ça que les aimants fonctionnent, et ça permet au pollen de bien à s’accrocher à l’insecte.

Mais voici où ça devient vraiment incroyable. Des chercheurs de l’Université de Bristol ont découvert que les bourdons détectent le champ électrique des fleurs grâce à de minuscules poils sur leur thorax. Ces poils bougent en réponse aux variations électriques, un peu comme les cheveux restent attirés vers le ballon après les avoir frottés. L’insecte «sent» la fleur électriquement, avant même de l’avoir touchée, comme les moustaches donnent à certains animaux la direction du vent.

Et le meilleur? Après la visite d’un bourdon, le potentiel électrique de la fleur change temporairement: elle prend un peu de la charge positive de l’insecte, devenant elle-même plus neutre, moins négative. Les «poils détecteurs» ne sont plus autant attirés par cette fleur. En gros, c’est comme mettre un panneau «déjà visitée, revenez plus tard». Ce signal dure environ une à deux minutes, et les chercheurs pensent que les abeilles pourraient s’en servir pour deviner qu’une fleur vient d’être pillée de son nectar et qu’elle ne vaut pas le détour. La fleur communique de façon invisible avec les insectes, sans pigment, sans odeur. Juste de l’électricité!

Je trouve ça tellement incroyable que les plantes aient développé ce système de communication! Peut-être que les humains pourraient aussi évoluer dans ce sens et sentir le magnétisme, si l’espèce devenait un peu plus… positive! (Désolée, je n’ai pas pu la retenir!)

Les bourdons qui bourdonnent sur vos tomates

Vous en avez peut-être entendu parler, mais ça mérite qu’on s’y arrête quand même. Certaines fleurs, notamment celles des tomates, des aubergines et des bleuets, ont un pollen enfermé dans des anthères tubulaires très serrées. Autrement dit: le pollen ne sort pas facilement.

Photo: Luchie C.

La solution de la nature? Certains insectes, principalement nos bourdons indigènes, ont appris à s’agripper à la fleur, à «déconnecter» leurs ailes, et à faire vibrer leurs muscles thoraciques à très haute fréquence. Cette vibration fait littéralement résonner la fleur, et le pollen jaillit. C’est comme secouer une salière. On appelle ça la pollinisation vibratile, ou buzz pollination en anglais. (Larry avait d’ailleurs fait une blague de vibrateur dans un article précédent alors je me garde bien de la refaire…!)

Ce qu’il faut retenir pour notre jardin québécois: ce sont nos pollinisateurs indigènes qui font ce travail-là. Les bourdons, les abeilles solitaires. Ce sont eux qui vibrent, pas les abeilles à miel. Alors, chouchoutez-les!

Les fleurs qui sentent la mort

Pour finir, une stratégie digne des romans de dark romance: les fleurs qui attirent leurs pollinisateurs avec une odeur mensongère.

Certaines plantes, incapables d’offrir du nectar ou du pollen en quantité suffisante, ont adopté une stratégie légèrement malhonnête. Elles imitent l’odeur de la viande en décomposition ou d’excréments pour attirer des mouches et des coléoptères qui cherchent un endroit où pondre (et qui le font habituellement dans les «vrais» cadavres ou les matières fécales). L’insecte entre dans la fleur, se promène dedans, ramasse du pollen sans le savoir, et repart sans rien avoir obtenu. Une arnaque pour le pauvre insecte, mais la fleur, elle, a bel et bien été fécondée dans le processus!

Ça s’appelle la sapromyophilie. Ce mécanisme a évolué indépendamment dans des dizaines de familles de plantes sans aucun lien entre elles. La nature a réinventé l’arnaque plusieurs fois!

Cerise sur le gâteau: l’Amorphophallus titanum, la célèbre «fleur cadavre» aussi appelée «phallus de titan» aux inflorescences de plus de 3 mètres, ne se contente pas d’imiter l’odeur. Elle produit de la chaleur pour mieux diffuser ses composés puants sur des centaines de mètres. Elle chauffe son appât. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis impressionnée!

Alors, êtes-vous séduits? Parce que si j’étais un pollinisateur devant un immense champ fleuri, ça me flatterait qu’elles mettent tant d’efforts à vouloir m’accueillir entre leurs pétales!

La pollinisation est beaucoup plus étrange et ingénieuse qu’on ne l’imagine. Des champs électriques, de la musique vibratoire, et de la pure tromperie chimique. Pensez à toutes les stratégies évidentes (et moins évidentes) utilisées par les fleurs pour pouvoir se reproduire. Vous ne verrez peut-être plus les pollinisateurs comme des petits travailleurs, mais comme des clients sélectifs!


Le Jardinier paresseux a besoin de vous

Aidez-nous à continuer.