Réponses à vos questions: pollinisateurs
Les autres insectes pollinisateurs
Quelle est la contribution des autres insectes pollinisateurs? Je remarque que chez moi, ce semblent être les bourdons communs qui s’acquittent de cette tâche.

Réponse
Les bourdons, bien sûr, mais aussi d’autres abeilles indigènes – il y en a plus de 350 espèces au Québec! – ainsi que les syrphes et autres mouches, les papillons et divers coléoptères. Sans oublier les colibris qui, bien qu’ils ne soient pas des insectes, participent eux aussi à la pollinisation.
Il existe donc toute une faune de pollinisateurs. L’abeille domestique est souvent la plus connue, mais elle n’est qu’une espèce parmi des centaines de pollinisateurs présents au Québec. Dans bien des jardins, les pollinisateurs indigènes accomplissent une grande partie du travail. Souvent discrets, mais remarquablement efficaces, ils méritent qu’on les protège en leur offrant une diversité de fleurs ainsi que des espaces plus naturels où ils peuvent se nourrir, se reproduire et s’abriter.
Fleurs pour attirer les pollinisateurs
Étant un citadin qui vient d’arriver dans un espace beaucoup plus grand, j’ai un projet de potager et de fleurs pour attirer bourdons, abeilles, colibris et autres. D’après vous, quels seraient les meilleurs fruits, légumes et fleurs pour ce projet?

Réponse
Contrairement à une idée répandue, les pollinisateurs ne perçoivent pas les fleurs exactement comme nous. Ils s’orientent notamment grâce aux odeurs et à la lumière ultraviolette, ce qui rend certaines plantes en apparence banales tout à fait irrésistibles pour eux. C’est le cas de plusieurs arbres aux fleurs discrètes, comme les saules et les érables, qui constituent des sources de nourriture essentielles pour les reines bourdons au printemps, bien avant la floraison du potager.
Pour attirer une grande diversité de pollinisateurs, l’idéal est de combiner plantes comestibles et plantes ornementales. Les arbres fruitiers, comme les pommiers, les cerisiers et les pruniers, ainsi que les petits fruits, comme les bleuetiers, les framboisiers et les fraisiers, sont particulièrement appréciés des abeilles et des bourdons. Les légumes-feuilles et les légumes-racines contribuent généralement peu à la pollinisation, puisqu’on les récolte avant leur floraison. À l’inverse, les légumes-fruits, comme les courges, les concombres et les haricots, offrent nectar et pollen en abondance.

Les fines herbes sont également de précieuses alliées. Il suffit d’en laisser fleurir quelques-unes, notamment le thym, l’origan, la ciboulette et la sauge, pour voir le jardin s’animer rapidement.
Quoi planter?
Pour soutenir davantage les pollinisateurs, ajoutez une variété de fleurs qui se succèdent du printemps à l’automne. Les plantes indigènes, comme les asclépiades, les asters d’automne, les verges d’or, les monardes et les eupatoires, sont particulièrement intéressantes, car plusieurs insectes y sont étroitement associés. Cela dit, les plantes ornementales classiques ont aussi leur place. Les zinnias, les alysses, les cosmos, les échinacées et même certaines variétés de tagètes sont très fréquentés par les abeilles, les papillons et d’autres pollinisateurs.

Les colibris, quant à eux, recherchent surtout des fleurs tubulaires riches en nectar. Bien qu’ils repèrent facilement la couleur rouge, ils visitent volontiers des fleurs de toutes les couleurs lorsque le nectar est abondant. Parmi les plantes comestibles qui les attirent, on trouve notamment les gadeliers, les capucines et les monardes. Pour les accueillir en plus grand nombre, complétez l’aménagement avec des plantes généreuses en nectar, comme l’ancolie du Canada, le chèvrefeuille indigène ou l’annuelle Cuphea ‘Vermillionaire’.
Enfin, pensez à offrir des fleurs du début du printemps jusqu’aux premiers gels. Une floraison continue tout au long de la saison est l’un des meilleurs moyens de transformer votre jardin en refuge pour les pollinisateurs.
Élevage de papillons monarques
Nous avons entendu parler de l’élevage de papillons monarques et nous aimerions vivre cette expérience avec les enfants cet été. Nous savons que les chenilles du monarque vivent sur l’asclépiade, qui est sa plante hôte. Savez-vous où l’on peut trouver cette plante dans la région de Québec? Comment la reconnaître? Je pense que les enfants seront émerveillés – et nous aussi – par tout le processus de transformation des chenilles.

Réponse
C’est une magnifique initiative de vouloir observer ce cycle fascinant avec les enfants, mais l’observation gagne aujourd’hui à se faire directement au jardin. Les scientifiques et les entomologistes déconseillent généralement l’élevage en cage ou à l’intérieur, car la promiscuité peut favoriser la propagation de parasites et de maladies, tandis que les conditions artificielles peuvent nuire au développement normal des papillons.
Heureusement, transformer son jardin en refuge pour les monarques est une solution tout aussi fascinante, plus sécuritaire et beaucoup plus bénéfique pour l’espèce. Pour attirer les monarques chez vous, il suffit de planter des asclépiades, les seules plantes dont leurs chenilles peuvent se nourrir. L’asclépiade commune (Asclepias syriaca) est l’espèce que l’on rencontre le plus souvent au Québec, notamment dans les friches, les champs et le long des routes. On la reconnaît à ses grandes feuilles épaisses, à son latex blanc lorsqu’on brise une feuille ou une tige, ainsi qu’à ses grappes de fleurs rose violacé très parfumées qui apparaissent généralement en juin et en juillet. Excellente pour les monarques, elle peut toutefois s’étendre rapidement grâce à ses rhizomes.

À la maison
Pour les jardins résidentiels, plusieurs jardiniers préfèrent des espèces qui poussent en touffes plus sages. L’asclépiade incarnate (Asclepias incarnata) est particulièrement bien adaptée à la région de Québec. Elle produit des fleurs roses ou blanches de juillet à août, apprécie le plein soleil et tolère très bien les sols argileux ou humides. L’asclépiade tubéreuse (Asclepias tuberosa), quant à elle, offre une éclatante floraison orange, mais préfère les sols très bien drainés et s’accommode mal de la glaise lourde.
Une fois les asclépiades établies, la nature fera souvent le reste. En été, les femelles viennent déposer leurs œufs sous les feuilles. Les enfants pourront alors suivre l’apparition des chenilles rayées de jaune, de blanc et de noir, observer leur croissance et, avec un peu de chance, découvrir une chrysalide vert jade ornée de points dorés. Peu de spectacles naturels sont aussi fascinants que la transformation d’une chenille en papillon, surtout lorsqu’elle se déroule directement dans votre jardin.
Problèmes de courgette
Je passe les mois d’été au Lac-Saint-Jean où, dans une serre rudimentaire (structure de bois recouverte d’un plastique), je cultive tomates, concombres, haricots, etc., avec beaucoup de succès. J’ai cependant un sérieux problème récurrent avec les courgettes. Les plants se développent très bien, les fleurs sont nombreuses et les feuilles immenses (30 à 40 cm de diamètre). Mais avant même d’atteindre leur pleine taille, les feuilles se couvrent d’une pellicule blanche, comme si on les avait saupoudrées de farine. Quant aux fruits, ils grossissent jusqu’à environ 7,5 cm de longueur, puis cessent de croître. Leur extrémité commence alors à pourrir et le fruit finit par dépérir. Pouvez-vous me dire de quoi il s’agit et s’il existe une solution?

Réponse
Votre diagnostic est presque déjà posé: vos plants semblent souffrir de deux problèmes distincts, mais très fréquents chez les courges cultivées sous abri.
Le blanc
Le feutrage blanc qui recouvre le feuillage est l’oïdium, une maladie fongique communément appelée «le blanc». Ce champignon profite d’une mauvaise circulation de l’air et d’une humidité élevée autour des plants. Dans une serre rudimentaire, la meilleure prévention consiste à favoriser l’aération durant la journée afin de réduire l’humidité accumulée autour du feuillage. Il est généralement préférable d’ouvrir largement la serre le matin et de maintenir une bonne ventilation pendant les heures chaudes. Une vaporisation préventive composée d’une part de lait pour neuf parts d’eau est parfois utilisée pour ralentir le développement de la maladie. Certaines variétés, comme ‘Golden Glory’, offrent également une meilleure résistance à l’oïdium, sans toutefois être totalement immunisées.
Le manque de pollinisation
Le second problème est encore plus intéressant dans le contexte de la pollinisation. Les petites courgettes qui cessent de grandir puis pourrissent à leur extrémité sont généralement le résultat d’une pollinisation incomplète. Chez les courges et les courgettes, les fleurs mâles et femelles sont séparées. Si peu d’insectes visitent les fleurs, ou si les conditions météorologiques découragent les pollinisateurs, la fécondation peut être insuffisante et le jeune fruit avorte.

Ce problème est particulièrement fréquent dans les serres, où les abeilles et les bourdons circulent moins librement. Pour améliorer vos récoltes, vous pouvez favoriser l’accès des pollinisateurs en ouvrant davantage la structure durant la journée. Vous pouvez également pratiquer la pollinisation manuelle. Le matin, lorsque les fleurs sont bien ouvertes, prélevez le pollen d’une fleur mâle et déposez-le sur le pistil d’une fleur femelle, reconnaissable au petit renflement en forme de mini-courgette situé à sa base.
Avec une meilleure circulation de l’air et une pollinisation plus efficace, vos courgettes devraient retrouver leur vigueur et produire une récolte beaucoup plus abondante.
Poirier sans fruits
J’ai un poirier qui fleurit le printemps, mais les fleurs tombent. Pourquoi? L’arbre mesure environ 1,8 m.

Réponse
D’abord, il est tout à fait normal que les fleurs tombent après la floraison, car ce spectacle est par nature éphémère. Votre véritable inquiétude concerne plutôt l’absence de fruits à la suite de cette étape.
À une hauteur de 1,8 mètre, la première explication est tout simplement la jeunesse de votre arbre. Un poirier demande généralement plusieurs années avant de produire une récolte appréciable. Selon la variété, il n’est pas rare d’attendre de quatre à six ans après la plantation avant de récolter les premières poires. Durant cette période, l’arbre consacre surtout son énergie à développer ses racines et sa structure.
Le climat printanier peut aussi jouer des tours. Un gel tardif survenant au moment où les fleurs sont ouvertes suffit à endommager les organes reproducteurs et à compromettre la récolte de toute une saison.

L’autre cause majeure, et souvent la plus fréquente, touche à la pollinisation. La plupart des poiriers ne sont pas autofertiles. Pour produire des fruits, ils ont besoin du pollen d’un autre poirier d’une variété différente qui fleurit au même moment. Si aucun poirier compatible ne pousse dans le voisinage, votre arbre pourra fleurir abondamment chaque printemps sans jamais produire de fruits.
Même lorsque deux variétés compatibles sont présentes, le transport du pollen dépend largement des insectes pollinisateurs. Comme le poirier fleurit tôt au printemps, ce travail est souvent assuré par les abeilles sauvages et les reines bourdons, qui tolèrent mieux les températures fraîches que l’abeille domestique. Si la météo est froide, pluvieuse ou très venteuse durant la courte période de floraison, leur activité peut être réduite et la pollinisation compromise.
C’est d’ailleurs un excellent exemple du rôle essentiel des pollinisateurs au jardin. Sans eux, même un arbre en parfaite santé et couvert de fleurs peut ne produire aucun fruit.
Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans Le Soleil.
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