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Deux grandes dames oubliées de la botanique

En cette Journée internationale des droits des femmes, il nous semble pertinent de prendre un moment pour réfléchir au rôle très important, mais souvent négligé, des femmes dans le monde de la botanique. Nous vous proposons le portrait de deux Canadiennes qui ont grandement contribué à l’avancement des connaissances botaniques, chacune à leur manière. Il y en a évidemment beaucoup d’autres, mais celles-ci nous paraissent particulièrement significatives et inspirantes. N’hésitez pas à nous faire part de vos impressions dans la section «commentaires» de ce blogue. 

Femme et botanique
Photo: Suzy Hazelwood

Catherine Parr Strickland (1802-1899)

C’est en banlieue de Londres, en Angleterre, que naît Catherine le 9 janvier 1802. Dès son plus jeune âge, elle développe une fascination pour la nature, qu’elle découvre en famille, mais surtout avec son père, qui l’encourage à consigner par écrit ses observations.

À l’âge de 30 ans, elle s’installe au Canada (en Ontario) avec son époux, le lieutenant Thomas Traill. Le couple s’adapte rapidement à sa nouvelle vie, multipliant les découvertes culturelles et botaniques dans une région plutôt rurale à l’époque. Quatre ans seulement après son arrivée au Canada, en 1836, elle publie un premier ouvrage qui consacre un chapitre aux fleurs indigènes de sa région d’adoption: The Backwoods of Canada: Being Letters from the Wife of an Emigrant Officer, Illustrative of the Domestic Economy of British America. 

Femme, mère et pionnière

Tout en donnant naissance à neuf enfants et en prenant soin de son mari malade, elle écrit plusieurs courts textes sur la nature qui sont publiés dans des périodiques londoniens. Elle collectionne et étudie les fougères et les fleurs indigènes du Haut-Canada, prenant soin de consigner méticuleusement ses observations. C’est en s’associant à sa nièce, Agnes Dunbar Fitzgibbon, une dessinatrice douée, qu’elle parvient finalement à trouver un éditeur qui accepte de publier ses carnets botaniques: Canadian Wildflowers (1868), Studies of Plant Life in Canada; or, Gleanings from Forest, Lake and Plain (1885) et Pearls and Peebles; or, Notes of an Old Naturalist (1894).

C’est à l’âge vénérable de 97 ans qu’elle est décédée, après avoir consacré toute sa vie à ses précieux travaux d’analyse botanique. Ses publications sont encore admirées aujourd’hui pour la qualité et la rigueur de leurs descriptions. On peut télécharger gratuitement certains de ses ouvrages à partir du Project Gutenberg.

Catherine Parr Strickland (date inconnue) Photo: Courtesy of Wikimedia Commons
Illustration d’Agnes Fitzgibbon extraite d’un ouvrage de Catherine. (1833). Crédit photo: Project Gutenberg 

Marcelle Gauvreau (1907-1968)

Née le 28 février 1907 à Rimouski, Marcelle Gauvreau passe la majeure partie de son enfance à Montréal, où elle poursuit ses études dans des institutions religieuses réputées. À l’âge de 17 ans, elle contracte la tuberculose, maladie qu’elle combat avec difficulté et dont elle garde de sérieuses séquelles toute sa vie durant. 

En 1931, après quelques années de convalescence et de flottement académique, elle est admise à l’Institut botanique de l’Université de Montréal, où elle obtient deux certificats en botanique en moins de deux ans. Dans les années suivantes, elle obtient plusieurs diplômes complémentaires en zoologie, en sciences naturelles, en paléobotanique et en bibliothéconomie. 

Douée, intelligente et travailleuse, Marcelle est rapidement remarquée par ses professeurs, qui l’encouragent à poursuivre des études supérieures. Ainsi, en 1939, elle dépose son mémoire de maîtrise sur les algues marines du golfe du Saint-Laurent, devenant la toute première Canadienne francophone à obtenir un diplôme de maîtrise en sciences naturelles. 

Pendant ses études, elle occupe plusieurs postes atypiques, dont celui de première bibliothécaire de l’Institut botanique de Montréal, d’assistante au service éducatif du Jardin botanique, d’enseignante au collège de Sillery, et de conceptrice de nouveaux programmes de formation en sciences naturelles pour les adultes et les enfants.

Un parcours impressionnant

Au fil des années, elle publie de nombreuses chroniques dans Le Devoir, La Presse et dans une multitude de périodiques réputés de l’époque. Elle sera régulièrement invitée à la radio de la Société Radio-Canada pour des émissions telles que Fémina, La Cité des plantes et Les Merveilles de la nature, devenant la première voix féminine d’une génération de femmes intéressées par les sciences naturelles et la botanique.

Son ouvrage le plus célèbre s’intitule Plantes curieuses de mon pays (1943), que plusieurs considèrent comme un chef-d’œuvre de vulgarisation scientifique, alliant style rigoureux et vocabulaire accessible.

Sa production littéraire est considérable: environ 512 documents, dont plus de la moitié sont des ouvrages académiques et des articles scientifiques parus dans des revues et journaux prestigieux.

Marcelle Gauvreau est probablement l’une des personnalités scientifiques du XXe siècle les plus sous-estimées au Québec. En lisant sa biographie, on ne peut qu’être impressionné par son parcours atypique, sa formidable productivité malgré une santé fragile, ses compétences exceptionnelles de pédagogue et sa passion indéfectible pour la connaissance scientifique.

Marcelle Gauvreau en 1941. Source: Archives du Jardin botanique de Montréal.

En connaissez-vous d’autres?

En préparant cet article, j’ai été frappé par le manque de visibilité dont souffrent les personnalités structurantes de notre société, qui n’ont que très rarement l’importance médiatique qu’elles méritent. L’univers médiatique moderne carbure aux personnalités spectaculaires et aux images publiques savamment construites pour en gonfler leur importance. Heureusement, notre société compte aussi des gens de grande qualité, des travailleuses de l’ombre qui nous enrichissent par leur travail discret, mais ô combien important!

Si vous souhaitez nous faire découvrir une personnalité significative et méconnue de votre entourage, n’hésitez pas à partager vos observations dans la section «commentaires». Qu’il s’agisse d’une enseignante dévouée, d’une scientifique compétente, d’une illustratrice de talent ou d’une bénévole assidue de votre association horticole, toutes ces femmes merveilleuses méritent notre reconnaissance en cette journée qui leur est dédiée. Merci de nous les faire connaître.


  1. Merci pour cette belle reconnaissance envers 2 femmes extraordinaires. Et si ça arrivait plus souvent??? Ce serait chouette d’en connaître d’autres, et des hommes aussi!

  2. Isabella Preston!

  3. Merci de mettre en valeur ces deux femmes pionnières aux parcours admirables que je ne connaissais malheureusement pas. Bon 8 mars!

  4. Je m’étonne que vous ne parliez pas de la collaboration de Marcelle Gauvreau aux recherches et aux publications du frère MarieVictorin

  5. Étant amenés à connaître surtout les scientifiques des autres domaines comme la médecine, l’astronomie, etc, j’apprécie particulièrement cet article qui nous permet de savoir que des femmes ont aussi réussi à partager leur passion et leur connaissance en botanique. Pour ma part, ma passion pour les plantes et la nature a été alimentée par la religieuse du début de mon secondaire, fin des années 50. Elle m’avait présente son magnifique plant de gloxinias, m’enseignant comment conserver le bulbe, le remettre en terre et l’entretenir.

  6. J ai 2 suggestions:
    Une dame discrète qui demeure au Saguenay Marie Thenard qui a écrit le jardin vivrier. Une façon de jardiner qui rejoint beaucoup le jardinier paresseux!
    Une autre dame, plus exubérante, Marthe Laverdière qui donne d excellents conseils
    En tout genre !
    Ces deux dames contemporaines me donnent le goût de jardiner à l année!

    • Merci Christine, ce sont 2 belles suggestions !
      Disons que Marthe est bien sorti de l’ombre quand on la compare aux autres 😉

  7. Il y a aussi Aline Desjardins, journaliste , qui présentait et vulgarisait une émission de télé a RV qui était très pertinente dans la présentation de jardins de partout dans le monde !

    • Vous avez raison – Aline Desjardins a eu un rôle vraiment important.
      Merci de l’avoir suggérée !

      • Soeur Estelle Lacoursière, auteure entre autres de l’Herbier Québécois (que j’ai eu le plaisir de compléter avec mes propres spécimens lors d’un cours de biologie au Cégep de T-R dansmles années 90!)
        Extrait de Wikipédia: Née à Saint-Léon-le-Grand le 3 janvier 1935 et morte le 13 septembre 2021 à Trois-Rivières. Rligieuse, professeure, botaniste et écologue québécoise, elle fut la première femme à obtenir une maîtrise en science forestière à l’Université Laval, en 1969. Elle commença son service religieux dès l’âge de 13 ans et il dura jusqu’à sa mort, mais sa carrière professionnelle fut plutôt centrée sur l’enseignement et l’étude de la botanique (lui valant le surnom de «sœur verte»). Elle fut également célébrée pour ses efforts écologistes avant-gardistes de vulgarisation et de défense de l’environnement et du développement durable.

  8. Christian Broun Ramsay, mieux connue sous le nom de Comtesse Dalhousie, était l’épouse de Lord Dalhousie, gouverneur britannique à Québec dans les années 1820. À part les magnifiques soupers qu’elle organisait au Château St-Louis pour les amis et collègues de son mari, elle s’intéressait à la botanique, activité acceptable pour les femmes de qualité de son époque et de son milieu. Lady Dalhousie dévorait les ouvrages de botanique et parcourait les forêts de Sillery à la recherche de fougères, de fleurs et de champignons dont elle faisait des herbiers. Et si les plantes découvertes lui semblaient rares ou particulièrement intéressantes, elles se retrouvaient sur le prochain bateau à destination de l’Angleterre, pour aller garnir le jardin de son château écossais ou pour ajouter à l’ouvrage Flora Borealis-Americana (1829-40) de son ami William Jackson Hooker, professeur de botanique à l’Université de Glasgow. Cette œuvre représentait un projet impérial d’identification des plantes de l’Amérique du Nord britannique. La Comtesse a également fait don de 1200 spécimens exotiques à la Société botanique d’Édimbourg et d’un herbier de 300 plantes à la Québec Literary and Historical Society. Christian Broun Ramsay, une botaniste avant-gardiste et méconnue dont la passion et la connaissance ont contribué à faire mieux connaître la flore du Québec et de toutes les contrées dont son époux a été gouverneur. Pour en savoir plus : Louisa Blair, The Calf with two Heads-Transatlantic Natural History in the Canadas, Baraka Books, 2023

  9. C’est une découverte pour moi.
    Je suis impressionné !

  10. Soeur Estelle Lacoursière, auteure entre autres de l’Herbier Québécois (que j’ai eu le plaisir de compléter avec mes propres spécimens lors d’un cours de biologie au Cégep de T-R dans les années 90!)
    Extrait de Wikipédia: Née à Saint-Léon-le-Grand le 3 janvier 1935 et morte le 13 septembre 2021 à Trois-Rivières. Religieuse, professeure, botaniste et écologue québécoise, elle fut la première femme à obtenir une maîtrise en science forestière à l’Université Laval, en 1969. Elle commença son service religieux dès l’âge de 13 ans et il dura jusqu’à sa mort, mais sa carrière professionnelle fut plutôt centrée sur l’enseignement et l’étude de la botanique (lui valant le surnom de «sœur verte»). Elle fut également célébrée pour ses efforts écologistes avant-gardistes de vulgarisation et de défense de l’environnement et du développement durable.

    • Merci pour ce rappel à la mémoire d’Estelle Lacoursière. J’avais entendu parler d’elle au cours de mon enfance mais j’avais complètement oublié l’importance de ses travaux. Une autre figure oubliée de notre histoire mais tellement importante…

  11. Gisèle Lamoureux
    Elle a contribué à l’écriture, à la documentation et aux photos de plusieurs livres de la collection Fleurbec.

  12. Elsie Reford, la créatrice des Jardins de Métis. Une femme exceptionnelle, il y a même un balado à son sujet!

  13. Bravo! Vous m’avez ouvert les yeux.
    Merci

  14. Bravo! Vous m’avez ouvert les yeux.
    Merci

  15. Toujours ravie que l’on sorte des boule à mites ces dames qui ont tant contribué à la société. Merci pour elles.

  16. Principale collaboratrice de marie victorin peut être dans l ombre de mv ? Mais femme exeptionelle !

  17. Je vous suis reconnaissante pour toutes ces informations; j’en aurais encore plus de fierté à lire toutes ces femmes si intéressantes.
    Merci encore