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L’éclairage artificiel des orchidées: Quatrième partie – exploiter les variations d’intensité!

Dans toute installation d’éclairage, il y a inévitablement des variations d’intensité, notamment sur les côtés des étagères où l’illumination est nettement inférieure à celle du centre. Dans cette chronique, nous verrons dans quelle mesure l’illumination peut varier et comment on peut exploiter ces variations pour offrir les meilleures conditions de culture à nos orchidées.

On ne peut pas se fier à son œil pour calibrer l’éclairage artificiel des plantes

Notre oeil n’est pas un bon instrument de mesure lumineuse principalement à cause de sa grande capacité d’adaptation. Même si l’illumination varie du simple au double, notre œil s’adaptera rapidement et nous donnera l’impression que l’intensité a changé juste un peu. 

Pour les plantes, c’est une toute autre histoire. Le feuillage est en effet un capteur solaire dont l’activité photosynthétique est directement proportionnelle à l’intensité lumineuse. Lorsque l’éclairage passe du simple au double, la production de sucres va normalement doubler ce qui permettra à la plante de se développer deux fois plus vite. Ce gain d’efficacité est déterminant pour l’accumulation de réserves indispensables à la floraison. Comme nous l’expliquions dans une chronique précédente, beaucoup d’orchidées se développent et fleurissent selon des cycles annuels assez contraignants, durant lesquels la rapidité de croissance est indispensable à la mise en fleur. Pour y parvenir, il faut s’assurer que les besoins en énergie lumineuse sont adéquatement comblés, quel que soit l’emplacement de l’orchidée dans l’étagère.

La géométrie de l’installation détermine l’ampleur des variations lumineuses

Pour illustrer ce phénomène de variation d’intensité, nous allons réexaminer les installations d’éclairage présentées dans les chroniques précédentes. D’abord, l’étagère à trois niveaux que l’on peut voir sur la photo ci-dessous, sur laquelle est également indiqué le pourcentage de lumière présent sur les côtés par rapport au maximum central. La baisse d’illumination est relativement importante. Dans le cas de la table de démonstration, l’effet de bord est comparable même si le luminaire est relativement éloigné de la surface de culture. Ces diminutions d’intensité sont évidemment spécifiques à ces deux configurations particulières et au type de luminaires utilisés. Dans une configuration différente, les diminutions d’intensité seront plus ou moins importantes.

La variation d’intensité lumineuse dans l’étagère-type à 3 niveaux est indiquée en pourcentage de l’éclairage maximal (au centre). On peut toutefois affirmer qu’il y aura des variations lumineuses perceptibles (par les plantes) dans pratiquement toutes les installations d’éclairage artificiel. Il faudra idéalement en tenir compte lors de l’aménagement des espaces de culture.

Quelques conseils pour aménager vos espaces de culture

Voici quelques conseils pour aménager vos espaces de culture :

1. Concentrer les plantes avec un grand besoin d’éclairage vers le centre

D’abord, on concentre les plantes qui ont un grand besoin d’éclairage vers le centre, là où l’intensité est maximale. Ce sera l’endroit idéal pour les plantes en pleine croissance et en préparation d’une inflorescence, car la photosynthèse y sera stimulée au maximum.

2. Sur les côtés, on disposera les plantes dont les besoins sont moindres, comme:

  • les orchidées ayant terminé leur floraison;
  • les plantes en récupération après un rempotage ou un traitement affaiblissant;
  • les jeunes plantules incapables de recevoir des flux lumineux intenses;
  • toutes plantes récemment acquises que l’on souhaite adapter progressivement à notre environnement de culture.

3. Pour intensifier l’illumination, on peut surélever les plantes, comme illustré dans la photographie ci-dessous.

Certains orchidophiles plus passionnés (dont votre humble serviteur) n’hésiteront pas à redresser des feuilles pendantes pour leur donner un meilleur éclairage. Cette opération simple peut grandement améliorer la capture d’énergie lumineuse surtout si la feuille pend vers l’extérieur où l’éclairage est très faible. Un tuteurage temporaire (de quelques semaines) devrait redonner suffisamment de tonus à la feuille pour qu’elle reste redressée de façon permanente sans assistance.

Le redressement d’une feuille pendante peut grandement améliorer la capture de lumière. Après quelques semaines de soutien artificiel, la feuille devrait avoir acquis assez de tonus pour se tenir redresser sans assistance.

4. Plusieurs orchidées sont sympodiales, c’est-à-dire qu’elles poussent de manière plutôt horizontale en produisant de nouvelles pousses qui émergent sur le côté du plan-mère (voir la photo).

Ce type de plante peut aisément être installé en bordure d’étagère, les jeunes pousses étant orientées vers l’intérieur, où l’éclairage est meilleur. 

Une orchidée sympodiale peut être installée en bordure d’étagère afin de favoriser la pousse des nouvelles tiges latérales.

5. En règle générale, nous tenterons de fournir à la plante la quantité de lumière maximale qu’elle peut supporter, afin de lui permettre d’opérer sa photosynthèse à pleine capacité.

Ceci restera notre meilleure garantie pour assurer la floraison et la bonne santé de notre collection.  

Mesurer l’intensité lumineuse peut s’avérer très utile

Plusieurs associations d’orchidophiles possèdent un petit appareil permettant de mesurer l’intensité lumineuse et elles le mettent à la disposition de leurs membres. C’est souvent la meilleure solution pour caractériser ses installations de culture sans avoir à investir dans un luxmètre. Il est également possible d’utiliser un posemètre de photographe pour effectuer quelques mesures d’intensité relative qui nous donneront une bonne idée des variations d’intensité lumineuse. Comme notre but est d’obtenir des mesures comparatives – n’importe quelle unité de mesure pourra faire l’affaire.

La méthode simplifiée

Les lecteurs ayant accès à un appareil de mesure pourront trouver quelques conseils pour caractériser leur espace de culture en le mesurant selon la méthode simplifiée que nous proposons :

  1. mesurer l’intensité lumineuse maximale au centre de l’espace de culture, en gardant le capteur à la mi-hauteur du feuillage (voir la photo);
Luxmètre au centre de l’étagère et à environ 20 cm des luminaires.
  1. refaire la mesure sur les côtés pour estimer la perte de luminosité (toujours en gardant le capteur à la hauteur du feuillage médian);
  2. mesurer également l’intensité maximale au centre de l’étagère près de la source, à environ 5 cm de distance des luminaires. Cette mesure donnera une idée de l’intensité maximale disponible dans votre installation. Cette information peut s’avérer très utile pour diagnostiquer un excès de lumière sur les pointes des feuilles qui s’en approcheront;
Luxmètre au centre de l’étagère et à environ 5 cm des luminaires.
  1. inscrire vos résultats de mesure dans un carnet ou directement sur l’étagère comme montré sur la photo ci-dessous. Vous pourrez ainsi vous y référer à l’avenir.
L’inscription des mesures sur la bordure des étagères peut s’avérer très utile.

Prochaine chronique : les meilleures pratiques horticoles

Dans notre prochaine chronique sur l’éclairage artificiel, nous discuterons des meilleures pratiques horticoles à adopter pour maximiser nos chances de réussite. Plusieurs y découvriront une « révélation étonnante » sur l’importance d’une bonne obscurité la nuit! 

N’hésitez pas à nous soumettre vos questions dans la section des commentaires. Si nécessaire, nous ajouterons une ou deux chroniques complémentaires pour y répondre.


  1. Cet article est très intéressant. Ces conseils peuvent-ils s’appliquer aux plants d’agrumes?

  2. Merci de votre commentaire.
    Oui, toutes les plantes ont les mêmes besoins fondamentaux (lumière, hydratation, température appropriée et ventilation). Ensemble, ils permettent une vigoureuse photosynthèse. Les agrumes apprécient particulièrement les fortes intensités lumineuses; un peu comme les orchidées…