Categories

Recherche

Nos partenaires

S’initier aux plantes médicinales tout en douceur!

J’aime bien initier les gens aux plantes médicinales en commençant par les Malvacées.

Ce sont des plantes qui apportent la douceur, mais l’apportent très rapidement. Ainsi, vous pourrez ressentir par vous-même l’efficacité dès le premier usage.

Ceci est particulièrement vrai pour la guimauve (Althaea officinalis) et la mauve (Malva sylvestris). Ces deux plantes ont une grande quantité de mucilage. Le mucilage est formé de polysaccharides, des fibres solubles dans l’eau. Au contact de l’eau, il se gonfle et prend une consistance visqueuse presque gélatineuse.

La guimauve et la mauve sont émollientes, c’est-à-dire qu’elles viennent adoucir les muqueuses irritées ou enflammées. Plus il y a de mucilage, plus elles seront efficaces. Ici, c’est la racine de guimauve qui cumule le plus de mucilage. Elle est très efficace, en externe (la peau, les lèvres irritées) et en interne (la gorge, tout l’appareil digestif). Il vous suffit de croquer un morceau de racine (bien propre) pour comprendre ce qu’est le mucilage ou l’émollience!

Althaea officinalis. Crédit photo: gailhampshire CC BY 2.0 DEED
Malva sylvestris. Crédit photo: Audray Pepin

Qu’en est-il des autres Malvacées?

Les Malvacées sont une grande famille, je ne veux pas m’aventurer à faire trop de généralités. Cependant, plusieurs des fleurs de cette famille dont le tilleul, la mauve musquée, la lavatère ou l’hibiscus roselle contiennent du mucilage et pourraient remplacer la fleur de mauve pour ces usages. En sachant que ces plantes n’ont pas une fenêtre thérapeutique critique, si vous n’avez pas atteint la douceur attendue, sentez-vous libre d’augmenter la dose pour compenser la variation en teneur de mucilage.

Botanique

Les Malvacées sont assez faciles à reconnaître, car les organes reproducteurs masculins sont soudés radialement au style (organe reproducteur féminin). Pensez aux hibiscus et aux roses trémières, qui ont des floraisons parmi les plus spectaculaires des Malvacées.

La famille des Malvacées contient des plantes herbacées (la mauve, le gombo), des plantes ligneuses et même des arbres, dont le tilleul, mais aussi le baobab et le cacaoyer.

Les bonnes utilisations

Voici les fiches complètes de la guimauve et de la mauve sylvestre. Vous pouvez les consulter et les ajouter à votre jardin (et profiter gratuitement d’un calendrier adapté qui inclut toutes les récoltes et tous les usages). Vous pouvez enfin les utiliser pour dessiner votre plan de jardin sur tisane et jardin.

Au jardin

La lavatère et la mauve sont particulièrement ornementales, avec leurs nombreuses fleurs mauves, roses ou violettes. On retrouve d’ailleurs les mauves dans le tome 1 de la Bible des vivaces de Larry Hodgson, dans la section Vivaces à floraison prolongée. Notez par contre que chez nous, au Québec, la mauve résiste peu aux hivers. Si vous ne paillez pas trop, c’est davantage grâce aux semis volontaires qu’elle reviendra.

La guimauve, quant à elle, est plus discrète. Sa fleur est plus petite et de couleur rose très pâle, presque blanche, mais quel plaisir vous aurez à toucher ses feuilles, qui semblent faites de velours tellement elles sont douces au toucher!

On évite de placer les guimauves et les mauves à proximité des roses trémières. Ces dernières sont presque invariablement attaquées par la rouille au moment de la floraison. Et cette maladie fongique se propage aisément sur la guimauve et la mauve.

Ce sont des plantes de soleil (qui tolèrent un peu d’ombre) qui aiment avoir un sol frais et meuble. Faciles de culture, elles sont appropriées pour le jardinier débutant et faciles à démarrer à partir de semis.

À table

Les guimauves, mauves et lavatères n’ont généralement aucune toxicité, sauf bien entendu si elles sont cultivées sur un sol contaminé ou très riche en azote. Alors, elles ont tendance à accumuler le nitrate dans leurs feuilles.

Si elles n’ont pas de toxicité, le doux poil qui les recouvre rend les feuilles matures peu intéressantes pour la salade, mais les fleurs en sont dépourvues et sont un régal, surtout pour les yeux, mais également en bouche. J’aime aussi manger les graines non mûres, qui ont un goût rappelant les noisettes.

Salade avec mauve musquée, mauve sylvestre, pétales de pavot californien et de rose.
Pavé mangue, tomate et mozzarella avec basilic, fleur de mauve, de hosta et de monarde et vinaigrette.

Quelle est la concentration du mucilage?

Ce sont principalement les fleurs de mauve et la racine de guimauve que l’on utilise, parce que ce sont les parties qui ont la plus grande concentration de mucilage. Le mucilage se conserve parfaitement lors du séchage, vous pouvez donc utiliser les racines ou fleurs séchées aussi bien que fraîches.

Concentration de mucilage[1]:

PlantePartieConcentration moyenne (PPM* ou %) pour la forme séchée
Guimauve (Althaea officinalis)Racine350 000 ou 35%
Guimauve (Althaea officinalis)Feuille157 000 ou 16%
Mauve sylvestre (Malva sylvestris)Fleur100 000 ou 10%
Gombo (Abelmoschus esculentus)Fruit6000 ou 1%
*PPM : Partie par million. Note: ces concentrations sont des valeurs moyennes, afin de donner un ordre de grandeur; il y a toujours des variations dans la nature.

Pour fins de comparaison, voici la concentration en mucilage d’autres grandes plantes émollientes :

PlantePartieConcentration moyenne (PPM* ou %) pour la forme séchée
Orme rouge (Ulmus rubra)Écorce350 000 ou 35%
Bourache (Borago officinalis)Partie aérienne300 000 ou 30%
Plantain majeur (Plantago major)Graine250 000 ou 25%
Camomille allemande (Matricaria recutita)Fleur100 000 ou 10%

On voit que le mucilage n’est pas exclusif aux Malvacées. Il est en réalité relativement abondant, mais les quantités observées chez la guimauve sont malgré tout importantes, et cette dernière présente quelques avantages sur ses compétiteurs.

D’autre part, l’orme rouge est décimé par la maladie hollandaise et on doit limiter son usage pour sauvegarder l’espèce. La bourache quant à elle est prolifique, mais elle contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques qui (à long terme) sont hépatotoxiques. C’est pourquoi, dans les deux cas, je considère l’usage de racine de guimauve comme préférable. 

Il n’y a cependant rien à redire au sujet du plantain et de la camomille, qui sont à la fois sécuritaires et, soit abondants dans la nature, ou faciles de culture. Ce sont de bonnes alternatives.

Y a-t-il d’autres composés émollients dans la racine de guimauve?

Oui, la racine de guimauve est également richement pourvue de pectine. Vous savez, cette gelée qu’on prépare avec de l’eau pour épaissir les confitures? Notez cependant que la chaleur détruit les longues chaînes de polysaccharides. Si vous mettez des pommes dans la poêle, vous constaterez que le morceau de pomme perd son croquant. C’est en partie à la destruction de la pectine que l’on doit cette réaction.

Pour cette raison, l’extraction à froid est préférable

Transformations pour profiter du mucilage

Pour profiter du mucilage, on peut directement manger les fleurs de mauve ou même un éclat de racine.

Séchage

Les deux se prêtent bien au séchage.

Pour le séchage des fleurs, placez les têtes en bas, les pétales ouverts sur votre grille.

Pour le séchage des racines, après les avoir bien nettoyées, prenez le temps de couper vos racines en petits morceaux avant de les faire sécher.

Infusion et extraction à froid

Le mucilage s’extrait particulièrement bien à l’eau. Ici, il est particulièrement intéressant de faire aux enfants des infusions de fleurs de mauve… c’est magique! Vous verrez l’infusion changer de couleur en seulement quelques minutes. Les fleurs sont très minces, le mucilage est donc rapide à extraire.

Pour les racines de guimauve, il faut un peu plus de patience. Voici comment en extraire le maximum:

  • Si vous venez de cueillir une racine fraîche, nettoyez-la et coupez-la en plus petits morceaux possible (on peut même la râper comme une carotte). Note: vous pouvez également prendre de la racine séchée, que vous utiliserez comme telle.
  • Mettez votre racine dans de l’eau tiède et laissez reposer toute la nuit.
  • Réchauffez (juste sous le point d’ébullition).

Note: si vous n’avez pas le temps de faire une macération à froid, vous pouvez faire chauffer (toujours sous le point d’ébullition) et laisser infuser de 5 à 30 minutes selon le temps dont vous disposez.

Autres transformations

On voit rarement des macérations huileuses des racines, pour usage externe. L’huile n’est pas un bon solvant pour le mucilage, il est préférable d’utiliser l’eau comme indiqué dans l’extraction à froid, qui sera par la suite utilisée dans la part aqueuse d’une crème.

Comme le mucilage a une bonne conservation une fois séchée et qu’il s’extrait facilement avec l’eau, utiliser l’alcool et le vinaigre n’est pas non plus vraiment intéressant ici.

Les usages médicinaux

Si vous faites une infusion pour extraire le mucilage, prenez le temps d’apprécier la texture soyeuse, glissante, presque gélatineuse. On peut imaginer le mucilage venir envelopper les muqueuses pour les protéger, enrober les surfaces irritées et les rendre plus glissantes. Le mucilage s’emploie en externe et en interne, en particulier dans tout le système digestif de la bouche à l’anus. 

Ces plantes sont des spécialistes de l’émollience, mais elles sont également anti-inflammatoires[2],3.

Le mucilage vient rapidement calmer les irritations de la gorge, les ulcères d’estomac. J’aime bien ajouter des plantes émollientes sur des plaies en voie de guérison, surtout s’il y a des démangeaisons.

Ce sont également de bonnes plantes en cas de constipation légère, car elles créent du volume tout en facilitant le passage. Parce qu’elles sont très douces, ce sont davantage des solutions de régularisation du transit plutôt que des solutions drastiques à un problème aigu. 

La guimauve va également avoir un effet apaisant contre la toux (béchique), en plus d’être anticatarrhale. C’est-à-dire qu’elle aide à libérer le mucus. Ces propriétés sont moins évidentes parce que le mucilage ne se rend pas directement dans les poumons. Son effet est pourtant reconnu entre autres par la commission E[3]. On croit que c’est à travers le nerf vague que se transmettent ces propriétés. Ici, on peut utiliser la racine de guimauve, mais on préfère généralement la feuille (en infusion). C’est souvent une belle addition à une préparation si vous toussez par irritation, que vous avez une toux improductive ou encore pour libérer les poumons du mucus (anticatarrhale).

Finalement, vous pouvez faire sécher des racines entières que les nourrissons peuvent mâchouiller lorsqu’ils font leurs dents. La racine soulage leur inconfort et généralement, ils aiment son goût légèrement sucré.

Quelques précautions

Ce sont des plantes qui sont généralement sécuritaires, il n’y a pas de contre-indication pour la femme enceinte ou qui allaite, ni même pour le nourrisson.

Cependant, parce qu’elles viennent tapisser et protéger le système digestif, on évite de les utiliser en même temps que des médicaments, dont elles peuvent gêner ou retarder l’assimilation. Attendez au moins 2 heures après avoir pris des médicaments avant de prendre de la guimauve.

A contrario, je l’utilise parfois dans des mélanges de plantes que je sais irritantes, pour réduire l’inconfort.

On évite les plantes mucilagineuses lorsqu’on a un excès de mucus.


[1] Duke (2016). Dr. Duke’s Phytochemical and Ethnobotanical Databases. U.S. Department of Agriculture, Agricultural Research Service. https://phytochem.nal.usda.gov/phytochem/search/list

[2] Fleurentin, J.Du bon usage des plantes qui soignent. 2, Rennes, Éditions Ouest-France, 2018, 372 p.

[3] Blumenthal, M., Goldberg A., Brinckmann J., Herbal Medicine Expanded Commission E Monographs, Newton,  Integrative Medicine Communications, 2000.


commentaire sur "S’initier aux plantes médicinales tout en douceur!"

  1. HÉLÈNE TYRAHAN dit :

    j’adore ce sujet ,avec photos pour aider à identifier

  2. Anne-Marie Renaud dit :

    Pourquoi, lorsque je reçoit vos courriels, pour accède au contenu c’est noté en anglais ?

    • Mathieu Hodgson dit :

      C’est une mise à jour du système qui a causé l’erreur. Les programmeurs travaillent sur le dossier.

  3. Lorraine dit :

    WoW j’aime bien cette approche du jardinage et de leurs usages! On parle rarement des plantes médicinales (de nos jardins et plate-bande) et comment les démystifier. J’en lirai bien d’autres avec plaisir! J’apprécie aussi les références en fin de texte?

  4. Beatrice dit :

    merci pour toutes ces explications et photos, enfin une information gratuite, généreuse et bien documentée.

  5. Helene dit :

    Super ,
    Depuis 2 ans j’ai des mauves et elles sont magnifiques. Cette année j’ai des semis et d’autres repoussent naturellement qu’elle bonheur!

    Votre chronique ajoute merveilleusement au contenue déjà fort intéressant. Bonne continuation 🙂

  6. Irene dit :

    Merci beaucoup, c’est nouveau pour moi, mais tellement intéressant.

  7. Francine dit :

    Magnifique article! Merci c’est précieux tout ces enseignements!

  8. Nathalie Simard dit :

    Je voudrais tout simplement changer mon courriel svp, merci et bonne journée

  9. Rimbert dit :

    Très instructif : MERCI !

Inscrivez-vous au blogue du Jardinier paresseux et recevez ses articles dans votre boîte de courriel à tous les matins!