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Le bambou et ses multiples usages

Avez-vous remarqué comment tout est fait en bambou ces derniers temps? Les manches d’outils de jardinage, le tissu des gants, les paniers de récolte, les brosses à légumes… et c’est nommer ce qui concerne le jardinier uniquement! Brosses à dents, accessoires à cheveux, meubles et même les bobettes de mon conjoint sont en bambou!

Plusieurs questions me sont alors venues en tête en rapport avec ce matériau à la mode: pourquoi le bambou? Comment le «bois» peut-il devenir un tissu? Est-ce qu’on peut faire pousser du bambou au Québec? Est-ce que c’est vraiment écologique? Et les pandas dans tout ça?

Photo et révision du contenu de l’article: OLA bamboo

Une question d’espèce

Avant tout, je veux que vous enleviez cette image de votre cerveau:

Dracaena sanderiana

Ça, ce n’est pas un bambou! Même si on l’appelle «lucky bamboo» et que ça y ressemble, sachez que cette plante d’intérieur répandue est un fait un dracena (dragonnier).

Poursuivons:

Il existe plusieurs sortes de bambou: j’imagine que je ne vous apprends rien, chers jardiniers! On parle d’environ 1200 espèces. Bien sûr, ils ne sont pas tous utilisés de la même façon: il y a des bambous ornementaux, des bambous comestibles, des bambous qui poussent d’un mètre par jour, des petits bambous, des gros bambous…

Comme c’est une graminée, au même titre que la pelouse et le blé, il est assez surprenant d’apprendre que certains atteignent 30 mètres de haut… ou 30 centimètres de diamètre! Malgré tout, c’est bel et bien une herbe, et non un arbre! Il n’y a pas de système vasculaire avec cambium et tout ça dans le bambou. Bon, ça se peut que je parle quand même de tronc ou de bois durant l’article, c’est juste pour qu’on se comprenne bien, d’accord? Parce qu’on dira bien ce qu’on veut, ça ressemble tout de même pas mal à un arbre!

Photo: icon0 com

Panda et bambou

Je n’entrerai pas dans les détails de quelle espèce est utilisée pour quelle raison, mais sachez que les pandas ne mangent pas les variétés cultivées pour le textile ni celles utilisées pour la construction (ce qui évite des conflits quand on pense que le panda mange près de 20 kg de bambou par jour!).

Cependant, des forêts dans l’aire de répartition du panda géant sont défrichées et remplacées par des cultures de ce bambou non comestible pour cet ours menacé. La conséquence, c’est que son habitat est réduit et qu’il y a moins de nourriture disponible. De plus, le bambou est très invasif et a tendance à déborder des plantations, grugeant encore un peu plus l’habitat du panda géant.

Photo: Kirandeep Singh Walia

Le bambou est généralement originaire d’Asie, mais comme il n’est pas capricieux, il pousse très bien un peu partout sur la planète… sauf au Québec, bien sûr! Les espèces les plus rustiques survivent jusqu’à -10 °C environ. Mais sa culture peut très bien se faire ailleurs que dans l’habitat de la mascotte de la protection de l’environnement!

Très écologiques, les bambouseraies!

Grâce à la diversité d’espèces, il y a sur plusieurs continents des producteurs de jeunes pousses pour notre alimentation, des producteurs pour le «bois» de construction, et d’autres pour les textiles. C’est une bonne chose d’avoir une option locale (ou pas trop loin) quand on se soucie de notre empreinte écologique parce que l’Asie n’est pas à côté et que le transport est très polluant.

À noter aussi que le bambou n’a pas de période de dormance: il pousse toute l’année, ce qui assure une production constante. Les espèces exploitées atteignent leur taille adulte très rapidement, soit en quelques mois seulement, et elles sont pratiquement autonomes dans leur consommation d’eau. Les bambous ne nécessitent ni engrais ni pesticide. Oh! Et vous ai-je dit qu’ils purifient de trois à quatre fois plus l’air que les feuillus? On a connu des cultures plus polluantes!

Photo: Pixabay 

Mais si c’est presque parfait comme culture, où est le problème? Eh bien, comme pour plusieurs choses, c’est au moment de la transformation que ça peut se gâter…

Rayonne, viscose… même chose?

Dans le cas des tissus, il est important de lire l’étiquette pour savoir si votre linge à vaisselle est vraiment écologique. Première chose à regarder, c’est le nom du matériau. S’il est écrit «rayonne de bambou», c’est super! Les fibres de la plante ont été traitées de la manière la plus écologique.

Si c’est plutôt écrit «viscose de bambou», la plante a été exposée à plusieurs produits chimiques afin d’en faciliter le travail. Elle se rapproche donc à ce moment un peu plus d’une fibre non naturelle, en plus d’avoir perdu les caractéristiques antibactériennes et ultra-absorbantes du bambou. Pour un bon linge à vaisselle, on repassera!

Bon, on s’entend, ce n’est pas du polyester non plus, mais ça reste un matériau moins écologique que la rayonne qui, elle, est moins transformée.

La deuxième chose à regarder, c’est évidemment le pourcentage: 10% de bambou, on ne peut pas vraiment affirmer que c’est un tissu ultra-écologique. Visez du 80 ou 90% si vous choisissez un produit en bambou dans l’objectif d’aider la nature.

Bois de construction

Dans le cas du «bois» avec lequel on fait des meubles, des habitations, et même des échafaudages, le bambou est généralement une bonne alternative. Il est plus solide que le «vrai» bois, on compare sa solidité au fer! Toutefois, ces variétés très solides sont produites seulement en Asie et en Amérique du Sud, rendant le transport vers le nord très coûteux au niveau du carbone relâché dans l’atmosphère.

Photo: Hoàng Chang

Si on parle d’ustensiles, de brosse à dents, ou de paille, ils peuvent être produits moins loin géographiquement et, si leur importation est quand même nécessaire (puisqu’on ne peut cultiver le bambou au Québec), leur caractère 100% biodégradable est non négligeable.

Le gros avantage du bambou est dans son après-vie. Vous en ferez un ange, ou un démon?

Attention: pour que ces outils en bambou soient VRAIMENT écologiquement parfaits, il FAUT les mettre au compost. Si on les met à la poubelle, ils finissent dans des sites d’enfouissement et, comme n’importe quel déchet qui se décompose en étant privé d’oxygène, ils produiront du méthane en se décomposant

«Ouin, pis?»

Le méthane est de 28 à 200 fois plus polluant que le CO2 (les scientifiques ne s’entendent pas trop). Recyclez et compostez: c’est LE moyen d’être écologique dans votre quotidien.

«Mes grands-parents n’ont jamais composté, pis…»

Ben, regardez où on en est! D’autant plus que vos grands-parents consommaient pas mal moins que nous aujourd’hui. Il y avait aussi un milliard d’humains en moins sur la planète. Je sais, je sais… Qu’est-ce que ça change que VOUS, vous recycliez, alors que les grosses compagnies, elles… Hey, on peut-tu arrêter de chercher le pire et se concentrer sur le positif? Sur ce qu’on peut faire, NOUS?

S’cusez ma montée de lait. Bref, si vous voulez être écologiques avec vos petits objets en bambou, ce n’est pas seulement à l’achat, mais au moment de leur fin de vie aussi que ça se joue.

En bref…

Le bambou, c’est définitivement une alternative écologique à plusieurs matériaux, mais rien n’est parfait! Les compagnies font parfois tout un marketing autour de leurs produits supposément écologiques, mais méfiez-vous! Ce n’est pas parce qu’ils le disent que leurs produits sont vraiment des amis de la planète. Quelques petits détails à surveiller:

  1. Si le prix est trop beau pour être vrai, il y a sûrement baleine sous gravillon! Du bambou de mauvaise qualité, coupé trop jeune, mélangé à d’autres matériaux, traité chimiquement, etc. Ce n’est PAS une bonne option. Les produits écologiques sont (malheureusement) un peu plus dispendieux que les autres.
  2. Lisez les étiquettes. Même si c’est cher, ça ne veut pas dire que c’est écologique!
  3. Cherchez pour des produits les plus locaux possibles. Si c’est écrit en chinois sur l’étiquette, l’importation a coûté très cher à la planète!
Photo: OLA bamboo

À la fin de la vie utile de votre produit, vous devez en disposer correctement. À quoi ça sert d’acheter un produit compostable… si vous ne le compostez pas? C’est à mon sens le point le plus important de cet article, c’est là que le côté «matériau écologique» prend tout son sens pour les ustensiles, brosses à dents et autres.


commentaire sur "Le bambou et ses multiples usages"

  1. Sylvie Bareil dit :

    Merci beaucoup madame Martel pour cet article très intéressant!

    • France Trudel dit :

      Et pour ceux et celles qui ne compost pas, vérifier à votre clinique dentaire de plus en plus offre un service de récupération des brosses à dent en tout gente et tube de pâte à dent ainsi que certains autres articles. Informez-vous.

      • Julie dit :

        Très informatif cet article!
        J’ai l’impression de faire ma part avec mes produits en bamboo et pas juste de me faire arnaquer par la pub ecolo!

  2. Diane Bastien dit :

    Article très instructif, merci ?

  3. Diane Bastien dit :

    Article très instructif, merci ?

  4. KARINE AZRAN dit :

    Merci beaucoup pour cet éclaircissement, car comme tout, si on utilise mal le produit ou le recyclage, l’effet en est inversé….

  5. Anonyme dit :

    Quel est la plante invasive ressemblant à du bambou qui pousse au Québec et qui est très invasive

  6. Étienne dit :

    Bonjour. Très intéressant, merci. Il me reste cependant deux questions sans réponse.
    1 : Si le bambou n’est pas indigène à l’endroit le plus près de chez moi où il est cultivé, surtout que vous avez dit qu’il est envahissant, est-ce que c’est bon pour la planète, écologique?
    2 : la plupart des articles faits de bambou que j’ai vus ont une finition synthétique. Peut-on les composter quand même?
    Merci.

    • Audrey Martel dit :

      Bonnes questions! Premièrement, rien n’est parfait, vous l’aurez compris. Le bambou est effectivement envahissant, mais principalement par des rejets à la base. Si les cultivateurs sont responsables, ils font le tour de leur bambouseraie et s’assurent d’éliminer c’est jeunes spécimens avant qu’ils ne débordent chez le voisin. Mais ce n’est pas envahissant comme les pissenlits ou les phragmites.

      Ensuite, je ne vois pas trop de quel genre de finition synthétique on parle? Si c’est un outil et qu’il a été couvert d’huile de lin, par exemple, c’est compostable. Si on parle d’une gaine en silicone sur une poignée, il faudra retirer la partie plastique avant de composter.

  7. Anonyme dit :

    votre article est vraiment très intéressant! Merci.

  8. Carole dit :

    Article très intéressant et éclairant merci!

  9. Jocelyne Parent dit :

    Ben voyons donc ! Oui ça pousse au Québec. Étant une plante envahissante, j’en ai partout sur mon terrain. Et avec ses rhizomes, j’arrive pas à m’en débarrasser.

    • Audrey Martel dit :

      C’est probablement de la renouée du Japon que vous avez. C’est effectivement très difficile de s’en débarrasser.

  10. Denis Blouin dit :

    Je peux attester que du bambou, ça pousse au Québec. J’en ai vu à deux endroits. J’en ai présentement dans un pot à l’intérieur mais j’hésite à le planter à l’extérieur car ce bambou peut être envahissant.

  11. Marc Valade dit :

    Merci ! Très bon résumé, j’ignorais toute l’étendue des possibilités et des différences . Les textes de cette qualité sont la raison de mon inscription au ”Jardinier paresseux”

  12. Sylvie dit :

    Quel pur délice de vous lire chère Audrey. Cette pointe d’humour accompagnant vos textes très intéressants me font toujours sourire. Quelle belle façon de débuter ma journée tout en sirotant mon petit café matinal. Merci à vous…

  13. Anonyme dit :

    Merci de contribuer à notre éducation….

  14. Béatrice Jalbert dit :

    Je demeure en Gaspesie(Gaspé), j’ai un bambou à côté de mon cabanon depuis plusieures années. Très facile d’entretien en contrôlant les repousses.

  15. Claire Tremblay dit :

    Je pense plutôt à la prêle des champs (equisetum arvense), dont la tige en sections fait penser au bambou; elle se casse facilement et est très envahissante.

  16. Claire Tremblay dit :

    Je pense plutôt à la prêle des champs (equisetum arvense), dont la tige en sections fait penser au bambou; elle se casse facilement et est très envahissante.

  17. Claudette Léger-Gauthier dit :

    Comment disposer de draps de bambou?

  18. Christiane Lévesque dit :

    J’ai lu, en partie, cet autre article sur la signification des mots « rayonne de bambou », si je me fie à cet autre article, il semblerait que la rayonne de bambou ne soit pas nécessairement un si bon produit que ça.
    https://www.protegez-vous.ca/habitation/bambou-tabou

  19. Pascal Forest dit :

    il y a des espèces de bambou qui pousse au Québec car j’en ai deux espèces et sa fait 15 ans qui pousse dans ma cour et en avant de mon terrain. L’un fait un petit buisson comme pleureur 5pied hauteur et il est très compact.
    L’autre fait de grande perche et l’an passé mesurait 15 pied de haut mais il est plus frileux souvent au milieu de l’hiver ses tiges meurent mais il repart de plus belle au printemps. Avec l’hiver doux mon grand bambou n’as pas perdu ses tiges même presque toutes ses feuilles sont vivant encore j’ai hate de voir quel hauteur il va faire Hii mais détaille important mon grand bambou cours j’ai du faire une profonde tranché pour le limité. Et mes deux bambou je les ais acheté dans une pépinière de Montréal-Laval ils en vendent même chez Réno/rona/ home dépot

  20. Regor Wilder dit :

    Jusqu’à nouvel ordre Gatineau est au Québec et je puis vous dire qu’en face de chez moi à Gatineau il y a du Bambou qui pousse depuis bientôt 20 ans. Il y en a jusqu’au bord de l’asphalte et est en très bonne santé malgré le sel de l’hiver. S’il peut pousser sans problèmes ici il peut certainement pousser plus au sud au Québec.

  21. Yeshua dit :

    Comme c’est une graminée, au même titre que la pelouse et le blé, il est assez surprenant d’apprendre que certains atteignent 30 mètres de haut… ou 30 centimètres de diamètre! Malgré tout, c’est bel et bien une herbe, et non un arbre! Il n’y a pas de système vasculaire avec cambium et tout ça dans le bambou. Bon, ça se peut que je parle quand même de tronc ou de bois durant l’article, c’est juste pour qu’on se comprenne bien, d’accord? Parce qu’on dira bien ce qu’on veut, ça ressemble tout de même pas mal à un arbre!

  22. Anonyme dit :

    Merci pour ces informations. Au Québec le chanvre pourrait remplacer certains produits du bambou?

  23. Di dit :

    “Si on les met à la poubelle, ils finissent dans des sites d’enfouissement et, comme n’importe quel déchet qui se décompose en étant privé d’oxygène, ils produiront du méthane en se décomposant. «Ouin, pis?» Le méthane est de 28 à 200 fois plus polluant que le CO2.”
    Mais alors pourquoi ne pas oxygéner les sites d’enfouissement (question probablement naïve)?!

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