Écologie

Le jardin: un garde-manger d’hiver pour les animaux

Dans les endroits où l’hiver est particulièrement rude, il n’y a pas 36 solutions pour survivre. 

Il y en a trois: 

  1. Migrer dans un pays plus chaud. Honnêtement, si j’avais des ailes, moi aussi j’irais passer l’hiver en Floride! La plage, Disney, le rêve quoi! La migration n’est toutefois pas accessible à tous; imaginez une grenouille traverser le continent!
  2. Dormir tout l’hiver. En fait, c’est bien la plage, mais l’hibernation, c’est vraiment top! Imaginez vous empiffrer tout l’automne, aller vous coucher quelques mois, puis vous réveiller juste à temps pour profiter du printemps — avec votre taille de guêpe revenue! Mais encore là, certains animaux ne pourraient y survivre…
  3. Faire face! Eh oui, rester actif l’hiver et se nourrir de ses réserves, comme le geai bleu, ou continuer à chasser, comme le grand-duc, ou encore jeûner comme un cerf… J’ai le regret de vous annoncer que nous, les humains, sommes dans cette catégorie: nous devons enfiler bottes et tuques et braver la neige, le froid, et la noirceur pour survivre!

Dans cet article, je veux vous parler du garde-manger que représente votre jardin pour les créatures actives durant l’hiver. Vous avez sans doute déjà vu des traces dans la neige, ou encore des oiseaux passer près de chez vous: ce n’est pas un hasard. 

Cardinal rouge (Cardinalis cardinalis). Photo: Harvey Reed.

Les réserves

Les micromammifères sont particulièrement bons pour faire des réserves! Les souris, par exemple, vont regrouper dans leur terrier des graines, des noix, des fruits, ou toute autre chose trouvée à l’automne. 

J’en vois souvent fouiller mon compost à la recherche de restants intéressants. En jardinant, vous verrez sans doute des petits trous, dont le diamètre est environ celui de votre pouce; c’est souvent la porte de leur maison. 

L’entrée du terrier peut être trouvée près de racines ou, encore mieux, d’un mur exposé au sud, car c’est un bon moyen d’avoir une source de chaleur l’hiver. En plus, comme les poubelles, le compost, les plates-bandes, et autres délices ne sont pas trop loin, c’est plus facile pour faire des réserves durant la belle saison. Utile l’été et agréable l’hiver!

Souris grise (Mus musculus). Photo: caterpillar511.

La chasse

Les carnivores qui peuvent survivre au froid, et dont les proies sont accessibles l’hiver, changent quelque peu de mode de vie, mais en gros, ils continuent de faire ce qu’ils font l’été. 

Bien sûr, il fait froid, alors ils doivent manger assez pour produire suffisamment de chaleur pour se réchauffer. Quand on y pense rapidement, on a l’impression que ces prédateurs sont bien peu nombreux, mais en fait, ils sont simplement souvent nocturnes, et c’est pourquoi on ne les voit que très peu! Je pense aux hiboux, qui se nourrissent de mammifères; aux musaraignes, qui trouvent des insectes en hibernation dans le sol; ou encore, aux renards qui chassent les micromammifères sous la neige.

Pour chasser ainsi, les animaux ont souvent des superpouvoirs! Une ouïe qui permet d’entendre les pas des souris sous la neige, ou encore un odorat à toute épreuve qui peut trouver la nourriture même enfouie dans la terre gelée. Ainsi, il est possible qu’une musaraigne creuse dans votre jardin, où des insectes ont fait un cocon pour l’hiver, et que soudainement, un harfang des neiges plonge du ciel et enfonce ses serres dans la neige pour la capturer! Qui aurait cru que vos plates-bandes étaient si vivantes en hiver!

Grande musaraigne (Blarina brevicauda). Photo: jeremyismydog.

Le jeûne

Plusieurs animaux (surtout des gros) ne mangent pratiquement pas de l’hiver. C’est le cas des cerfs de Virginie ou des coyotes. Bien sûr, si au début du printemps vous avez un cèdre aux belles pousses tendres, ou encore un pommier avec des bourgeons aux branches basses, il est tout à fait possible que des cervidés s’y arrêtent pour grignoter.

C’est la même chose pour le coyote. Opportuniste, il se nourrira de restants d’animaux morts, ou de poubelle renversée, mais il ne mange pas beaucoup durant l’hiver. 

Dans votre jardin

Ouvrez l’œil, même dans le froid, il se passe beaucoup de choses dans la nature, et votre jardin est un festin pour certains animaux. J’adore l’hiver aller me promener autour de ma maison avec mes raquettes et repérer ce qui a laissé des traces de pas, des excréments, ou des restes de repas. Ça permet même de mieux comprendre son terrain et d’identifier quelles espèces y vivent! Un animal fait des trous dans votre jardin en été chaque année? Ce sera peut-être plus facile de voir ses traces en hiver pour identifier si c’est une musaraigne ou une souris.

L’observation est le premier outil du jardinier, et ça ne s’arrête pas en novembre; c’est toute l’année!

Photo: Egor Kamelev.

À propos Audrey Martel

Audrey Martel est une biologiste diplômée de l'Université de Montréal. Après plus de dix ans dans le domaine de l’animation scientifique, notamment pour Parc Canada et le zoo de Granby, elle a rejoint Conservation de la nature Canada afin de relever de nouveaux défis en rédaction scientifique. En 2022, elle a décidé de se lancer à temps plein dans la rédaction scientifique en tant que pigiste. Elle se passionne pour les plantes et champignons comestibles, le comportement animal, les liens entre les espèces dans les écosystèmes, et la sensibilisation à la protection de la nature.

14 comments on “Le jardin: un garde-manger d’hiver pour les animaux

  1. Michèle ADAM

    Vu le peu de neige depuis quelques années chez moi, je ne suis pas prête à voir de nombreuses traces dans mon jardin (pas très grand – 800m2). Je sais qu’i y a des souris et des rats, le matin aux mangeoires des oiseaux, quand je trouve les cosses des graines de tournesol, car les oiseaux les emportent … Il y avait aussi un hérisson, mais il ne vient plus, les voisins ont clôturer jusqu’au sol pour que leur chien ne se sauve plus … J’ai vu, une année, 2 renards dans le champs d’en face , il a fait très froid cette année là. J’habite la campagne, mais il y a de plus en plus d’habitants, au détriment de nombreux animaux que nous ne voyons plus beaucoup.

  2. Nicole B.

    Vos publications sont toujours intéressantes, merci.

  3. Très instructif! Merci Audrey!

  4. J’aimerais que vou parliez des taupes et de leurs activités dans un jardin de fleurs.

  5. audreymartel

    J’aborderai le sujet des taupes au printemps 🙂

  6. Hélène Paquin

    Tout comme Madame Adam le mentionne, nous aussi malheureusement nous avons beaucoup de développements immobiliers et plusieurs animaux que nous ne voyons plus (renards, ratons, etc.)c’est vraiment dommage.

  7. Quand poésie et sciences ne font qu’un pour un hymne à la vie. Merci pour cette publication fraiche et chaleureuse à la fois!

  8. Très interessant

  9. Très intéressant comme tous vos articles. Chez moi il y a beaucoup de vie au sol, c’est fascinant. Merci encore!

  10. J’ai toujours dit que j’aimerais me réincarner en ours. Manger tout l’été, dormir tout l’hiver et me réveiller au printemps avec une taille de guêpe comme dans votre choix no 2.

  11. chez moi, les lievres mangent les feuilles de phlox car je ne les coupent pas l’automne. ils mangent aussi les graines de tournesols qui tombent des mangoires ainsi que les carottes que je jeur donne et les pommes. bien sur il y a des ecureuils mais surtout des oiseaux en grand nombre. cela nous procure un tres bel hiver.

  12. JULIEN C.

    Merci pour cet article plein d’humour 🙂 et très intéressant 🙂

  13. Super la vie en hiver. Merci de nous le rappeler

  14. Hélène

    Je suis experte en taupes croyez moi !
    J’ai appris a vivre avec . Elles ont pleins de bons avantages au jardin et mange les vers gris, donc moins de scarabées Japonais.
    Et oui je les repoussent vers mes voisins hihi mais ils reviennent chez moi . Les chats s’en occupent également, sinon je pourrais m’en faire un manteau …
    Hâte de vous lire au printemps!

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