2020: l’année de la ruée vers le jardinage

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Malgré la pandémie de la COVID-19, 2020 a été une année formidable dans le monde du jardinage! Photo: deanteamchicago.com

2020 a certainement été une année mémorable dans le domaine du jardinage. Non pas qu’elle ait débuté de manière particulièrement saisissante, même si, dès janvier, les entreprises semencières, les vendeurs de végétaux par vente postale et les fournisseurs d’outils ont commencé à constater une forte augmentation des ventes. C’est vraiment avec la crise du COVID-19 et le confinement qui a suivi que la ruée vers le jardinage a débuté. 

Après le choc initial d’une pandémie mondiale imminente et la réalisation que beaucoup d’entre nous ne voyageront probablement pas bien loin de chez nous dans les mois à venir, une sorte de panique s’est emparée du monde.

Tout d’un coup, tout le monde jardinait comme si leur vie en dépendait. Une étude américaine révèle que les jardiniers déjà expérimentés ont consacré en moyen 2 heures supplémentaires par jour au jardinage pendant le confinement. Mais surtout, c’était l’arrivée massive de jardiniers novices sur le marché qui a fait tant de différence. Toutes sortes de personnes qui n’avaient jamais jardiné auparavant, ni même été dans une jardinerie, se sont soudainement lancées dans ce passe-temps. Et beaucoup d’entre elles étaient des jeunes, des moins de 35 ans, un groupe réputé peu intéressé par le jardinage. Quelque 16 millions (oui, des millions!) de gens ont déclaré avoir commencé à jardiner pour la première fois en 2020 aux États-Unis. Et les résultats sont similaires un peu partout au monde. C’est énorme! Et il est bien connu qu’une fois que les gens contractent le virus de la passion du jardinage, ils jardineront pour le reste de leur vie.

Balcon bien fleuri.
Les gens ont réalisé qu’ils pouvaient jardiner n’importe où, même sur un balcon ou un rebord de fenêtre. Photo: tayloronhistory.com

Une partie de cette recrudescence est causée par le fait que le jardinage est quelque chose que vous pouvez faire à la maison. Tout ce dont vous avez besoin est un petit bout de terrain ou même juste un pot sur un balcon. Aussi, se lancer dans le jardinage coûte déjà très peu, ce qui permet à tout le monde de le faire… et encore à moindre coût avec le temps. 

Cependant, la sécurité alimentaire était également une préoccupation. Si les choses commençaient à sérieusement mal aller, serait-il encore possible d’acheter des fruits et légumes frais? Ou seraient-ils abordables? (La réponse s’est avérée être «oui» dans le premier cas, mais de plus en plus «non» dans le second, certainement pas si la pandémie vous a coûté votre boulot.)

Garçon qui jardine avec l'aide de son grand-père; une femme regarde au loin
Tant de gens se sont impliqués dans le jardinage en 2020, beaucoup pour la première fois! Photo: homegardenandhomestead.com

Le concept du jardin de la victoire – développé à l’origine pendant les deux guerres mondiales comme un moyen pour les gens de contribuer à l’effort de guerre en cultivant leur propre nourriture et ainsi de ne pas drainer leur pays des ressources précieuses qui pourraient aller aux troupes – était soudain le synonyme de jardinage en 2020. 

Curieusement, j’ai écrit un blogue sur le sujet du jardin de la victoire en janvier 2020, 2 mois avant le début de la pandémie. Non pas que je prétends avoir le don de lire dans l’avenir, mais il faut admettre que c’est une coïncidence intéressante. Certainement, le terme «jardin de la victoire 2.0» était sur toutes les lèvres en 2020. Je suis une des premières personnes à l’utiliser et j’ai même écrit une demi-douzaine de blogues sur le sujet au cours de l’année, avec l’idée d’aider les novices du jardinage à trouver le succès.

Peu importe pourquoi, ce qui est clair est que le jardin de la victoire — ce petit potager familial installé dans une cour ou sur un balcon — est devenu extrêmement populaire presque partout en 2020. L’idée est de consacrer un tout petit espace à un potager afin de mettre sur la table des aliments frais, sains et du terroir. Quelque 67% des adultes interrogés dans un sondage américain ont déclaré avoir cultivé des plantes alimentaires cette année, presque deux fois plus qu’en 2019. Même dans ma propre famille, les «petits-enfants qui n’avaient jamais jardiné» (environ la moitié de la couvée) se sont soudainement mis à la culture des légumes et ont présenté fièrement des photos de leurs résultats sur Instagram.

Le jardinage ornemental, par contre, semblait faire du surplace en 2020. Bien sûr, beaucoup de gens ont cultivé des fleurs, en particulier sur le balcon — d’ailleurs il y avait une nette augmentation des ventes de semences et de plants de végétaux ornementaux aussi —, mais ce détail ne semblait pas faire de vague. On dirait que, en 2020, les gens étaient un peu gênés d’admettre qu’ils cultivaient des fleurs uniquement pour l’embellissement quand tant d’autres cultivaient des légumes pour assurer leur survie. 

Pièce avec beaucoup de plantes d'intérieur
Les plantes d’intérieur: si vous n’en cultivez pas ces jours-ci, vous passez pour étrange! Photo: society19.com

Mais le jardinage à l’intérieur aussi a pris de l’ampleur en 2020. La passion pour les plantes d’intérieur était déjà devenue très intense parmi les 35 ans et moins (étudiants, jeunes parents, travailleurs récemment engagés, etc.) depuis quelques années maintenant, mais en 2020, elle a explosé. Maintenant que le travail et même les études à domicile sont devenus soudainement une nécessité pour un grand nombre de gens, l’idée d’avoir quelques plantes avec lesquelles partager son espace de travail personnel semblait une très, très bonne idée. Quand on sait que juste la présence d’une plante ou deux dans le décor a un effet positif majeur sur le moral, c’est facile à comprendre.

Les centres de jardinage ont fait fortune

Employé de pépinière portant un masque.
À leur réouverture, beaucoup de jardineries ont rapidement écoulé leur inventaire de végétaux dans un temps record! Photo: Randy Vazquez, Bay Area News Group

Il est difficile de trouver un seul fournisseur de végétaux, de semences ou de produits de jardinage qui n’a pas connu une année d’expansion en 2020. Bien que certains aient été contraints à se confiner pendant un court moment, cela n’a généralement pas duré. Et quand ils ont rouvert, la plupart ont été pris d’assaut par des foules d’acheteurs avides de plantes, tous les nouveaux jardiniers mentionnés ci-dessus s’ajoutant à la ruée printanière habituelle vers les végétaux, avec des files d’attente monstres avant de même pouvoir pénétrer la jardinerie. Les horticulteurs n’avaient jamais rien vu de tel! Dans certains cas, les plantes se sont vendues directement à partir du camion de livraison: il n’y avait même pas assez de temps pour les placer sur les tablettes!

Vous rappelez-vous aussi la situation chez les semenciers — ceux qui préparent les sachets de semences de légumes et de fleurs — au printemps dernier? Ils étaient tellement submergés par les demandes supplémentaires que beaucoup ont dû cesser de prendre des commandes. Ou ont dû fermer, souvent pendant des mois, pour rebâtir leurs stocks? J’ai été pris dans l’engrenage: plusieurs de mes commandes de semences, toujours livrées illico presto les années précédentes, sont arrivées en retard en 2020. J’ai dû fouiller dans mes réserves de vieilles semences «probablement périmées» pour combler le déficit.  

Sachez que les ventes exubérantes n’ont pas arrêté au printemps; elles se sont poursuivies tout au long de la saison, jusqu’à la fin. Les ventes de bulbes, par exemple, la dernière grande occasion de vente de l’année dans la plupart des jardineries, ont tellement augmenté cette année que beaucoup d’étalages se sont complètement vidés dans les 2 semaines suivant l’arrivée des bulbes en magasin, ce qui n’avait jamais été vu auparavant.

Alors… si vous êtes un marchand de plantes, vous avez certainement eu une année record en 2020!

Jardins fermés, puis rouverts

Pancarte d'un jardin fermé lors du confinement du COVID-19.
La plupart des jardins publics du monde entier ont été fermés au début de l’isolement du COVID-19. Photo: france24.com

Et puis il y a eu la fermeture des jardins publics. Les parcs sont généralement restés ouverts (et en fait, étaient souvent bondés de gens cherchant des activités sécuritaires à faire en plein air), mais la plupart des jardins ont été fermés pendant au moins un certain temps alors qu’ils cherchaient à rendre les visites de jardins sécuritaires pour tous. Et la plupart ont réussi. Certes, à la fin de l’été, presque tous les jardins que je connais étaient à nouveau ouverts au public, mais avec certaines restrictions. C’était un tel plaisir de pouvoir les parcourir à nouveau, bien que certains aient souffert de graves difficultés financières à cause de leur longue fermeture, car il faut quand même payer les employés pour entretenir un jardin même si personne ne paie un prix d’entrée. (Assurez-vous donc de visiter votre jardin public local plus souvent en 2021 pour lui donner un coup de main.)

Mon cas

Ègoportrait du jardinier pareresseux
Oui, c’est moi, dans mon environnement naturel, ma serre, avec ma moustache COVID-19.

Pour moi, c’est-à-dire Larry Hodgson, l’homme derrière le blogue jardinier paresseux, la crise du COVID-19 a eu de multiples effets.

Vous ne le savez peut-être pas, mais en plus d’être un blogueur passionné du jardinage qui publie quotidiennement et gratuitement des informations sur le sujet, je suis également un journaliste horticole qui travaille à la pige. D’ailleurs, je suis même un ancien président de l’association Garden Communicators International (GardenComm), le regroupement mondial des journalistes horticoles. 

En fait, je gagne ma vie à partager mes connaissances et trouvailles sur le jardinage et c’est ce revenu qui me permet de faire fonctionner ce blogue. Je n’ai pas de salaire normal, je n’ai pas de vacances payées, je n’ai pas d’avantages sociaux, je n’ai pas d’horaire de travail fixe: je suis totalement indépendant. Je fais ce métier depuis bientôt 40 ans, en dehors de quelques emplois pris à l’extérieur les premières années.

Les conférences? Annulées, toutes!

jardinier pareresseux donnant une conférence
Annulation des conférences présentielles, baisse majeure dans mes revenus.

Le premier changement évident concernant le COVID-19 qui m’avait affecté est que les conférences en personne (on dit maintenant «présentiel» pour ces activités où le conférencier est devant vous) que je devais donner en 2020 ont toutes été annulées. Au début, provisoirement, mais quand le confinement et les restrictions sur les rassemblements de groupe ont été imposés et qu’il est devenu clair qu’ils resteraient en fonction plus que quelques semaines, c’était la débandade totale. J’avais 64 conférences présentielles réservées de mi-mars à la fin de décembre 2020. Toutes ont été annulées. 

Un petit nombre ont été reprises sous forme de conférences virtuelles ou de webinaires, notamment sur Zoom, et quelques autres vidéoconférences se sont ajoutées aussi au cours de l’année. Curieusement, je n’avais même jamais donné de conférence virtuelle auparavant, mais finalement, j’en ai présenté 12 en 2020. Malgré ses ajouts, financièrement, la perte de conférences fut un coup dur pour moi. Environ la moitié de mes revenus habituels disparus, c’est difficile à avaler! 

Voyages horticoles: également annulés

Jardinier paresseux en voyage horticole
Aucun voyage horticole non plus!

Je dirige des groupes de jardiniers lors de visites de jardins depuis près de 40 ans, et ce, partout dans le monde. J’avais 8 de ces voyages à mon agenda pour 2020 lorsque le confinement a commencé. Bien sûr, aucun n’a pu avoir lieu. Même si la visite d’un jardin en plein air peut être en soi très sécuritaire, s’y rendre en autobus avec de multiples montées et descentes du véhicule, des arrêts réguliers dans les restaurants, des séjours en hôtel, etc.: ce n’était vraiment plus envisageable. Donc, encore une perte de revenu.

Étais-je inquiet pour ma situation financière? Bien sûr!

Côté positif

Mais j’ai d’autres revenus. J’écris des articles pour divers journaux, magazines et sites Web. Ce travail s’est maintenu et a même augmenté un peu. (Avec plus de gens qui jardinent, plus de gens ont besoin d’informations sur le jardinage!) Je fais aussi de la traduction dans le domaine de l’horticulture. Cela aussi est resté stable.

Je gagne également de l’argent grâce aux publicités qui apparaissent sur ce blogue. Je pense que vous seriez surpris du montant que je gagne de cette façon: certainement bien en dessous du salaire minimum, si vous comptez les heures que je consacre à l’écriture et à la préparation du blogue (environ 6 heures par jour), mais quand même, un revenu est un revenu, aussi minime soit-il et je l’apprécie.

J’ai également atteint 65 ans en 2019. Cela signifie que je reçois désormais une pension de vieillesse du gouvernement. Donc, je n’ai pas besoin d’autant de revenus de travail pour survivre que par le passé. La pension est insuffisante pour maintenir mon style de vie actuel de banlieusard de classe moyenne (un statut que j’adore!), mais contribue quand même à maintenir mes finances à flot. 

Non, pas de prestation d’intervention d’urgence pour moi!

Et non, je n’étais pas admissible à la prestation d’intervention d’urgence, offerte par différents gouvernements aux personnes qui avaient cessé de travailler en raison du COVID-19… car je n’ai jamais arrêté de travailler! D’ailleurs, c’est le contraire! Je n’ai jamais autant travaillé de ma vie! 

Homme frustré par une surcharge de travail.
J’ai été tellement surchargé de questions au printemps dernier que j’ai sérieusement songé à tout lâcher. Photo: wolverhamptonhypnotherapy.co.uk

Au printemps, le nombre de questions sur le jardinage que je reçois quotidiennement par courriel et auxquelles je me suis toujours efforcé de répondre a doublé, puis triplé. Évidemment, sans aucune augmentation de revenu pour compenser (je réponds aux questions bénévolement). Il a fallu que je travaille jusqu’à tard en soirée, sept jours par semaine, pour y parvenir et j’ai même dû refuser des contrats payants, faute de temps pour les terminer. Pour la première fois de ma carrière, j’étais réellement au désespoir. 

Finalement, sur le conseil d’une amie inquiète (merci Martine!), je me suis résolu à accepter que je ne pouvais plus répondre à toutes les questions que je reçois. Cela me déçoit, car si les gens prennent la peine de m’écrire en posant des questions, c’est qu’ils cherchent désespérément une réponse. Mais il faut que je songe aussi à ma santé mentale. Donc, j’alloue désormais 2 heures par jour pour répondre aux questions et je les pige au hasard. Si je ne peux pas répondre, j’envoie un message pour aviser la personne qu’elle n’a pas été choisie. Voilà: c’est le mieux que je puisse faire. Et je ne vois pas d’autre solution. Pour moi, par exemple, il est impensable de rendre le site Web jardinier paresseux payant: il faut qu’il soit disponible à tous!

De retour au côté positif des finances, j’avais beaucoup moins de dépenses en 2020 que par le passé. Pas d’essence (d’accord, ma voiture était l’une des premières autos hybrides, mais avait quand même besoin d’essence), pas de repas de restaurant à acheter, aucune chambre d’hôtel. Et j’ai fini par donner ma voiture. De toute façon, elle passait semaine après semaine dans l’entrée, ne servant strictement à rien. Et elle était si vieille, rouillée et fatiguée (il y avait près de 400 000 km sur le compteur de vitesse) que la vendre aurait rapporté très peu. Alors, j’ai donné à un ami dans le besoin. Finito! Si j’ai besoin d’auto à l’avenir, je la louerai!

Livres du jardinier pareresseux

Quelques-uns des livres en français que j’ai écrits au fil des ans.

Mais ce qui m’a sauvé financièrement, finalement, c’est la vente de livres. Tout d’un coup, les livres horticoles semblent plus populaires que jamais. À la surprise de tous, mon livre sur les semis, lancé en février, était déjà épuisé à la fin d’avril. C’est du jamais vu! Et de la deuxième nouveauté de l’année, sur les plantes d’intérieur, lancée en septembre, il ne restait plus que quelques exemplaires, même si mon éditeur a fait imprimer 4 500 exemplaires, théoriquement assez pour 4 ans. Les deux sont en cours de réimpression et seront relancés cet hiver (semis) et au printemps (plantes d’intérieur). Et deux de mes livres, dont un nouveau que je viens de terminer, ont été sélectionnés par le club-entrepôt Costco (bien que juste au Québec) pour la vente en 2021. C’est tout un honneur et devrait assurer de bons revenus en 2021!

Facebook Live

Larry Hodgson dans sa serre.
Je présente maintenant une émission Facebook Live chaque semaine.

Une nouveauté pour 2020 a été l’émission Facebook Live que je présente désormais les mercredis à 10 h. Il suffit d’aller sur Facebook à l’heure indiquée et d’entrer «Jardinier paresseux» pour la trouver. L’idée d’origine était d’offrir au grand public une heure de conseils de jardinage pendant le confinement COVID-19, mais je pense à continuer même quand les choses reviendront à la normale… ou plutôt, si elles reviennent à la normale. 

Maintenant, cette émission est offerte conjointement à la radio CKIA-FM 88,3, la radio communautaire de Québec, aussi. Elle atteint environ 20 000 personnes par semaine: un beau succès. Mais je ne peux pas l’inclure au bilan de mes finances: elle ne rapporte aucun revenu.

La joie du jardinage

Pour moi, la vraie joie de 2020 a été le jardinage.

J’ai, évidemment, toujours jardiné, et ce, depuis que je suis enfant, mais depuis déjà de nombreuses années, avec tous les déplacements que je dois faire pour les conférences et les visites de jardins, ainsi que les émissions de télévision à enregistrer dans divers endroits souvent très loin de chez moi, je ne pouvais tout simplement pas être assez présent pour vraiment prendre soin de mon jardin de manière adéquate. Il me semble que je n’étais jamais là aux bons moments, notamment pour m’occuper de l’arrosage et pour contrôler les ravageurs. Cette année, par contre, j’y étais. Tous les jours. Plusieurs fois par jour.

Larry Hodgson dans son jardin
Moi dans mon jardin bien-aimé l’été dernier: j’y suis tellement heureux

Alors quel plaisir cet été d’avoir pu me promener dans le jardin chaque fois que j’en avais envie! Je ne suis pas un habitué des pauses-café et n’en ai d’ailleurs jamais prises, même lorsque je travaillais dans un bureau extérieur, mais j’adore prendre des pauses jardinage. Deux, trois, même quatre par jour. Surtout quand je suis débordé et n’arrive plus à penser clairement. Ce n’est pas du jardinage intensif. Je ne fais qu’errer dans les différentes parties de mon terrain, regardant comment mes plantes poussent, humant l’air et écoutant les oiseaux. D’accord, je cueille quelques légumes, j’arrache une mauvaise herbe si j’en vois une, je replace une tige de tomate vagabonde dans sa cage, je soulève quelques feuilles pour vérifier en dessous, etc., mais c’est tout à fait en douceur, comme dans un rêve. Et je passe mon été avec l’index le plus sale que vous n’avez jamais vu: à force de l’enfoncer toujours dans le sol pour voir quelles plantes ont besoin d’arrosage, la saleté finit par s’impreigner sous mon ongle et dans la peau et ne part plus. 

Se promener tranquillement dans le jardin, la tête perdue dans les rêves, est pour moi un pur délice. Je ne sais pas pourquoi, mais je m’y sens tellement heureux!

La pollinisation d’une fleur de courge
La pollinisation d’une fleur de courge. Photo: sendjoelletter

Les années précédentes, je pollinisais parfois à la main mes concombres et mes courges, quand je le pouvais et quand je pensais qu’il n’y avait pas d’abeilles dans le secteur. Cette année, je pense que j’ai pollinisé toutes les fleurs femelles. Ce n’était sûrement pas toujours nécessaire, mais… tant que passer à côté du jardin, pourquoi pas? Cela donnait un petit but à mes déplacements. De plus, les abeilles ne sont pas toujours fiables: en faisant la pollinisation moi-même, je suis assuré d’obtenir un fruit. Le vieil adage est vrai: on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Même si cela signifie faire l’abeille afin de maximiser la récolte.

En conséquence de tout cela, nous avons produit trop de légumes cette année. Non pas que j’aie planté plus que d’habitude; c’est juste que le rendement était tellement supérieur. Ma femme est la cheffe cuisinière de la famille et la responsable des conserves et elle a littéralement rempli tout l’espace de rangement que nous avions. Nous en avons aussi donné beaucoup. Et, fait rarissime, je n’ai même pas pris la peine d’essayer de faire mûrir ces dernières tomates vertes à l’intérieur cette année. Elles ne sont jamais les meilleures de toute façon. Qu’aurais-je fait d’elles?

Si mes plantes ont beaucoup apprécié l’attention que je leur ai portée, les ravageurs n’ont pas aimé ma présence constante! Je ne pense pas avoir perdu une seule plante face aux prédateurs cette année. En fait, à peine une feuille ou deux! Même la marmotte s’est tenue au loin, découragée, il faut croire, par ma tendance à sortir de façon répétée et à l’improviste à toute heure du jour et de la nuit (je prends un malin plaisir à repérer et écraser les limaces la nuit avec mon téléphone en mode lampe de poche.) J’étais toujours là au moment où les ravageurs commençaient leur attaque. Et combien de bestioles diverses ai-je écrasées, vaporisées de savon insecticide ou lancées dans un bol d’eau savonneuse? C’est incroyable de voir à quel point on peut garder le contrôle sur les prédateurs lorsqu’on est là tous les jours pour s’en occuper!

Donc, cela va paraître étrange, mais pour moi, 2020 a été une année exceptionnelle, une excellente année. Bien que j’en aie dépensé la plus grande partie en confinement et que je n’ai vu mes petits-enfants que par la fenêtre, en plus d’avoir été proche de la catastrophe financière, c’était l’une des meilleures années de ma vie. Vraiment glorieuse! 

J’espère que vôtre année a été tout aussi merveilleuse!

Ill.: tropsimple.com

58 réflexions sur “2020: l’année de la ruée vers le jardinage

  1. Lise Ranger

    Je vous souhaite santé, succès et nombreuses découvertes en 2021 et j’espère que votre jardinage vous apportera tout autant de plaisir qu’en 2020. Soyez heureux
    et continuez de publier ces chroniques quotidiennes qui sont autant de petites évasions éducatives! Merci pour votre générosité! 😉

  2. marie

    Quelle année différente à tous les points de vue. Merci de nous faire part de votre expérience. Bonne et heureuse année 2021, M. Le Jardinier. J’ai préparé à l’automne tout ce que je pouvais pour les semis du printemps.

  3. Groene

    Malheureusement pour la beauté de mon jardin, je n’ai pas été confinée car en tant que médecin pas de trêve, mais encore plus de travail. Heureusement mes fleurs étaient là pour me soutenir après des journées de travail pas très gaies. Elles ont vaillamment tenu le coup malgré mon incurie…Par contre rien n’a poussé au potager, pas assez de temps pour le chouchouter !
    Je vous remercie pour vos chroniques et vous souhaite une année 2021 apaisante.

  4. Serge Varin

    Je viens justement de commander hier 4 de vos livres chez Broquet, mes bords de fenêtres se sont remplis de plantes en 2020. Bonne Année 2021 a vous.

  5. Simone van Offel

    Bonne Année 2021, bonne santé et beaucoup de plaisir dans votre jardon.
    Je lis votre rubrique chaque semaine avec tant de plaisir. Facile à lire et toujours avec de l’humour. Surtout on apprend toujours quelque chose. Je vous dis merci beaucoup de Belgique.

  6. Line Bertrand

    Je passais déjà une grosse partie de mes journées dans mon potager et sur le terrain. J’en ai profiter pour arracher la partie où il y avait beaucoup de digitaire sur ma pelouse, remettre de la bonne terre et semer. J’ai bien hâte de voir au printemps si ça aura survécu à l’hiver. Il était bien fourni . J’ai fait une autre plate-bande en y incluant beaucoup plus de bulbes. Ayant un revenu stable, mes dépenses de jardinage étaient mes seules dépenses cette année mais c’était un investissement à court et long terme.
    De plus quel bienfait pour la santé mentale. On ne pense plus à la COVID et pas besoin de masques 😷 pour faire notre activité préférée.
    J’ai fait plus de boutures cet automne afin d’avoir à m’occuper d’elles cet hiver. J’ai hâte de commencer mes semis.
    Un gros gros merci pour tout vos bon conseils. Je vous souhaite une très Bonne Année 2021, la Santé afin que vous puissiez réaliser tous vos projets.

  7. Chantal Bastin

    Bonjour Larry,

    Merci pour cet article plus personnel. Merci de faire confiance à vos lecteurs en vous révélant plus intimement. Merci pour votre générosité et pour votre temps, merci pour le partage inconditionnel de votre savoir. Happy 2021 à vous et à ceux qui vous sont chers ! Chantal, Suède.

  8. Carole

    Merci beaucoup pour tous vos précieux conseils en cette année bien spéciale. Comme ma sœur et moi avions plus de temps nous avons fait plus de semis pour partager à nos amis. Plus de gens heureux, qui ont eu de bons légumes et fruits en 2020. Nous avons eu de très belles productions, probablement comme vous , nous avons eu plus de temps pour s’en occuper. Une bonne année 2021 à vous ! Santé, afin de pouvoir poursuivre vos passions.

  9. Dominique

    Merci pour vos chroniques journalières que je ne rate sous aucun prétexte ! Et merci pour votre générosité .
    J’ai un petit jardin de ville et je ne fais que de l’ornemental et des plantes d’intérieur ,mais cette année on peut dire que tout le monde a été bien chouchouté !J’ai aussi réorganisé des massifs qui ne me plaisaient plus trop !
    Le site de vente de plantes par correspondance de ma région a été débordé par les commandes et a du embaucher beaucoup de personnel pour répondre à la demande !
    Moi aussi je n’ai pratiquement dépensé que pour le jardin et les livres (bibliothèques fermées ),tout cela par correspondance .
    Mon plus grand regret est d’avoir peu vu mes petits enfants .
    Bonne année 2021 à vous et votre famille et encore merci de France !

  10. Nadia

    J’ai offert deux de vos livres pour Noël et j’avais espoir de recevoir votre livre sur les plantes d’intérieur… je me l’offrirai au printemps! J’ai suivi moi aussi la tendance 2020: j’ai triplé la superficie de mon potager en tentant un grand jardin en façade. J’ai voulu harmoniser le tout en alternant légumes et vivaces. Vos livres ont été d’un grand appui pour ce projet. Plusieurs voisins m’ont avoué suivre l’évolution des plantes au fil de leurs promenades quotidiennes! Mon mari a aussi entrepris d’améliorer notre pelouse en suivant vos conseils, notamment en semant du trèfle blanc. Bref, merci de nous partager votre passion! 🪴 Bonne année 2021 à vous et votre famille 🎉

  11. Merci pour tout, tout simplement. Partager ses connaissances de manière gratuite est un beau geste pour l’humanité. Beaucoup ont oublié ce que nos anciens nous ont légué, le savoir de la relation à la terre. Il est grand temps de le retrouver. Merci et vivement l’an prochain.

  12. Monique

    Quelle belle transparence vous nous présentez en évoquant le salé et le sucré de votre année 2020. J’appelle cela de la résilience et savoir apprécier ce qui est. Je vous suis depuis le début de vos chroniques dans la défunte revue Fleurs, plantes et jardins. C’est grâce à cette revue que j’ai fait mon apprentissage en jardinage. Ce fut une grande joie de vous retrouver dans ce blog. Et quand je vois que vous présentez une conférence à Gatineau, j’encercle cela en rouge dans mon agenda. Merci de nous transmettre votre passion et vos connaissances avec une si grande générosité et humour.

  13. Christine

    Cher Monsieur Hodgson, Cordial merci pour tous vos articles, pour ce rendez-vous de chaque jour et que j’attends avec curiosité, pour ce partage de vos connaissances, bref pour tout ce que vous nous communiquez. A vous et aux vôtres, que 2021 vous apporte paix, bonheur, petits plaisirs et
    grandes joies et surtout qu’il vous préserve et vous garde en excellente santé.
    Bonne et Heureuse Année
    Merci de Belgique
    Christine

  14. Chantal Lainey

    Grand merci pour ce généreux partage de connaissances horticoles ! Je fais partie de la statistique des néophytes en jardinage. Grâce à vos précieux conseils, j’ai passé des heures de pur bonheur à contempler mes légumes pousser.
    Pour 2021, je vous souhaite une abondante récolte de joie, d’amour et de ravissement devant les beautés de la nature.
    Et, bien sûr, la santé pour vous et vos proches!
    De mon côté, ce sera un plaisir renouvelé de vous lire quotidiennement.
    Chantal

  15. Christiane Gagnon

    Bonne année monsieur Larry ! Vous êtes très précieux pour nous et irremplaçable. Merci de partager votre année, vos expériences et votre savoir. Prenez grand soin de vous, on vous aime tellement ! Vous êtes unique ! J’ai hâte de vous revoir lors de conférences et si possible lors de voyages. Grâce à vous j’ai un excellent groupe d’amis de voyage rencontrés aux Pays-Bas alors que vous étiez notre accompagnateur. Je vous dois beaucoup. Grand merci !

  16. Jérôme Paré

    Bonjour. Non, les gens qui vous posent des questions ne sont pas TOUS des gens désespérés. Trop souvent, il s’agit de personnes qui voient en vous une réponse sans effort comme c’est rendu la norme. À plusieurs reprises, j’ai vu des questions ayant été clairement répondues soit directement dans le sujet même qu’on vient de lire, soit maintes fois dans vos nombreux livres. Faites très certainement attention à vous et continuez d’être sélectif dans vos réponses, même si c’est moi qui doit écoper ^_^ Vous êtes une richesse pour le monde horticole, mais pas une ressource inépuisable 😉

  17. Annie Houle

    Bonjour M.Hodgson
    Votre mémo d’aujourd’hui me touche beaucoup.. et oui c’est vrai que vous répondez aux questions émises.. nous sommes sans savoir en effet que tout cela influencent différentes sphères de votre quotidien. Un seul mot d’ordre.. et à retenir.. PASSION.
    Je vous remercie de vos précieuses chroniques et conseils judicieux. À la Société d’horticulture de Saint-Marc-sur-Richelieu SHSMSR nous avons eu la chance de vous recevoir et ce fut un grand plaisir.

    Mes meilleurs vœux pour 2021
    Annie de Ssint-Marc

  18. Cynthia

    Votre article d’aujourd’hui m’a beaucoup touchée! Un grand merci pour votre générosité. Sachez que vous êtes grandement apprécié.
    Meilleurs voeux pour une année 2021 bien remplie!

  19. Gilles Brunet

    Bonjour Larry, Bonne Année 2021 avec la santé et le bonheur, la santé pour pouvoir travailler dans notre jardin et le bonheur pour pouvoir y aller et le regarder pousser. Je voudrais juste revenir sur ce que tu as dit concernant les producteurs et centres de jardin qui ont fait plus d’argent cette année. Ils ont tous mis cela sur le dos de la covid mais les plantes que j’achetais en 2019 au prix de 14$ cette année les même plantes m’ont couté 34$ tout comme la hausse de prix dans certain magasins d’alimentation.On nous dit d’acheter local je voudrais bien mais juste avec la pension assez difficile de le faire lorsque l’on vend les oeufs à 7$ la douzaine et 2.79$ au super marché. Plein de gens ont pris avantage de la covid pour créé des augmentations de prix.

    Encore une fois Bonne Année 2021 , santé et un bon vaccin qui nous permettra de revenir à une vie un peu moins monastique.

    Gilles

  20. Océane Vicente

    Cher Jardinier Paresseux, je vous souhaite une très belle année, sous le signe de la sérénité! Vous nous offrez tellement, vous êtes tellement généreux de votre personne, de vos conseils, vous êtes clairement un service essentiel 😍 mais il est important que vous preniez aussi soin de vous. En fait, prenez autant soin de vous que vous prenez soin de nous, vous serez gâté 😊
    Merci pour tout❣️

  21. Nicolas

    Merci pour toutes vos chroniques en 2020. Elles m’ont changé les idées pendant le premier confinement en appartement et m’ont donné plein d’idées ensuite après mon déménagement en maison avec jardin. 2020 a été une année vraiment étrange. Merci à vous de l’avoir rendu meilleure !

  22. Merci pour tout ce travail de qualité et toutes ces informations toujours variées et très bien recherchées ! En tant que « blogueuse amatrice », j’imagine bien, les heures que cela représente. Bien heureuse de voir également que notre passion pour « tout ce qui pousse » se partage de plus en plus et qu’un nombre croissant de jardiniers participera à un environnement plus sain et plus agréable à vivre.
    Amicalement
    Valérie

  23. Évelyne Fortier

    Vos articles quotidiens sont toujours hautement intéressants et divertissants! D’ailleurs, vos archives sont le 1er endroit que j’arpente lorsque j’ai un problème au jardin. Je suis semi-novice et les réponses que l’on trouve sur internet sont souvent contradictoires. Votre approche relève du gros bon sens, et à date, tout fonctionne lorsque je suis vos conseils!

    Bien que je ne souhaite à personne de perdre cet accès privilégié et gratuit à vos connaissances, avez-vous songé à un Patreon? Vous essouffler bénévolement n’est pas optimal, on souhaite vous avoir « sur le long terme »! Vous pourriez ainsi proposer 2 ou 3 articles gratuits sur votre blog, et les vidéos lives et les autres 4 ou 5 articles sur Patreon à des utilisateurs qui contribuent financièrement. L’abonnement est accessible même pour les petits portes-feuilles, normalement entre 2$ et 10$ par mois. Cela permet aux utilisateurs de soutenir les créateurs de contenu qui leur sont chers.

    • Merci! 😊

      Fait intéressant, mon fils m’ai parlé de Patreon justement hier. Nous sommes en discussion sur des choses que je peux faire pour monnayer un peu plus mes diverses activités, surtout que je ne pense pas pouvoir continuer de donner autant de conférences à la fin de la pandémie. Il va falloir que je travaille de plus en plus à partir de la maison.

      Je lui envoie vos suggestions! (Je ne suis pas très douer pour les finances: je donnerais tout gratuitement!)

      • Et c’est la raison pourquoi votre communauté vous apprécie autant et que l’on fait confiance à vos conseils 🙂 !
        Si vous craignez ne pas être fidèle à vous même en offrant du contenu payant, peut-être opter pour des rabais? De nombreux créateurs offrent sur Patreon des rabais avec l’abonnement, par exemple 15% sur l’achat de leurs livres, de webinaires en ligne ou de « merch ». Cela a deux effets positifs : 1) l’abonnement de 5$-10$ se paie « tout seul » pour l’abonné qui profite du rabais (et aurait peut-être de toute façon acheté vos livres), 2) votre communauté est au courant que vous offrez d’autre contenu outre les articles.

        Si jamais vous déployez du contenu sur Patreon (ou autre plateforme du genre), annoncez le en grande pompe! Je serai heureuse de m’abonner.

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