Cultivons l’emblème floral du Québec

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Iris versicolore (Iris versicolor). Source: www.morningskygreenery.com

En cette journée de la Saint-Jean-Baptiste, pendant laquelle les Québécois fêteront leur identité culturelle, pourquoi ne pas jeter un coup d’œil à leur emblème floral, l’iris versicolore (Iris versicolor), symbole de la province et de son peuple?

Toute une histoire

La manière dont l’iris versicolore est devenu l’emblème du Québec est toutefois une histoire assez rocambolesque.

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Drapeau québécois avec ses quatre «fleurs de lys». Source: lutte.quebec

En 1948, le gouvernement du Québec a choisi le lis blanc (Lilium candidum), aussi appelé lis de la Madone, comme emblème floral, car n’était-ce pas la fleur de lys qu’on voyait sur le drapeau québécois choisi la même année?

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La «fleur de lys» est en fait un iris héraldique. Source: ampabayscouting.org

Eh bien, non! Le symbole héraldique apparaissant sur le drapeau québécois ne représente pas une fleur de «lis» (Lilium), mais une fleur d’iris (Iris), une toute autre plante. On peut le voir facilement en étudiant la forme de la fleur d’iris, qui a des pétales dressés (parfois appelés étendards) et des sépales horizontaux ou pendants. Cette forme est typique d’un iris. La fleur du véritable lis est en forme de trompette ou de turban et n’a jamais deux types de tépales différents comme la fleur de l’iris.

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La «fleur de lys» de notre drapeau serait une forme héraldique de l’iris faux-acore (Iris pseudacorus), abondant en France, qui partage les mêmes forme et couleur que la «fleur de lys» symbolique. Source: www.kelways.co.uk

Pourquoi alors n’appelle-t-on pas la fleur héraldique fleur d’iris plutôt que fleur de lys? Il y a plusieurs théories pour expliquer cette confusion. En voici deux.

Le nom «fleur de lys» proviendrait des premiers Francs, qui avaient adopté l’iris comme symbole et l’utilisaient comme motif sur leurs blasons. La fleur ainsi copiée était l’iris faux-acore ou iris jaune (Iris pseudacorus), plante qui poussait en abondance sur les rives de la rivière Lys, en Flandres, patrimoine historique de cette tribu. D’où le nom «fleur de lys».

D’autres historiens croient que le terme vient de Louis VII de France, roi des Francs de 1137 à 1180. Lui aussi portait l’iris jaune sur son blason. Ainsi, on a appelé cet iris héraldique «flor de Loys», devenu plus tard «fleur de lys».

Mais peu importe l’origine du terme, tous s’accordent pour dire que le symbole héraldique appelé «fleur de lys» représente en fait un iris (Iris), pas un lis (Lilium).

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Lilium candidum: insuffisamment rustique pour bien pousser au Québec. Source: www.theflowerbulbcompany.co

À l’époque de la colonisation du Québec, l’iris héraldique doré sur un fond bleu azur était l’emblème de la royauté française et il fut ainsi transporté partout en Amérique là où les Français dominaient. Ainsi, on le retrouve sur les armoiries des villes américaines de Détroit, de St. Louis et de La Nouvelle-Orléans, entre autres. Quand le drapeau québécois a été créé en 1948, on y a fait figurer quatre «fleurs de lys» blanches sur un fond bleu. On disait à l’époque que la fleur blanche de notre drapeau représentait non pas la monarchie française, mais la Vierge Marie. Intéressante et très québécoise transposition d’un fait historique!

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Le réputé botaniste Jacques Rousseau disait que choisir Lilium candidum comme emblème floral pour le Québec était aussi logique que choisir le chameau comme emblème animal! Source: animalcorner.co.uk

Aussitôt choisi (donc, en 1948), le lis blanc fut décrié par les botanistes et les jardiniers. Après tout, non seulement la fleur sur le drapeau n’était pas un lis, mais le lis blanc choisi comme emblème (Lilium candidum) n’était pas une fleur indigène au Québec et, d’ailleurs, cette plante de zone 6 ne pouvait même pas être cultivée avec succès dans la province, qui couvre les zones de rusticité 0 à 5, sans prendre beaucoup de précautions.

Après des années de tergiversations, le gouvernement a donné raison aux botanistes en 1999 et ont nommé plutôt l’iris versicolore (Iris versicolor) comme emblème du Québec. Non seulement y est-il indigène, mais il pousse presque partout dans la province. Et essentiellement tous les jardiniers peuvent le cultiver. Il fleurit même à la Saint-Jean-­Baptiste… la plupart des années.

Une description

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Iris versicolor. Source: pxhere.com

L’iris versicolore est de hauteur variable (de 60 à 120 cm); 90 cm en moyenne. Ses feuilles étroites et linéaires poussent en touffe, faisant penser à une graminée. Sa fleur est de couleurs diverses, comme son nom le suggère (versicolore veut dire «de couleur changeante»). Elle peut être violette, bleue ou pourpre, même parfois blanche, et est toujours marquée de jaune et de blanc. En Angleterre, où cette plante nord-américaine est particulièrement prisée, on a même développé des iris versicolores roses, jaunes et rouges ainsi que des variétés à fleurs doubles.

L’iris versicolore attire les papillons et les colibris au jardin et a déjà été utilisé comme plante médicinale. Toutefois, ses rhizomes sont toxiques et cette utilisation n’est donc plus recommandée.

Culture facile

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Dans la nature, l’iris versicolore pousse dans les sols détrempés. Source: pinterest.ca

Dans la nature, on trouve l’iris versicolore dans des sols humides ou détrempés, voire inondés, le long des rivières, en bordure des lacs, dans les marais et dans les fossés. On pourrait donc présumer, avec raison, qu’il ferait un excellent choix pour le jardin d’eau. Mais si la plante tolère la présence d’eau, celle-ci ne semble pas obligatoire, car on peut très bien cultiver l’iris versicolore dans une plate-bande ordinaire, donc au sol bien drainé, l’arrosant seulement en période de sécheresse.

Il préfère le plein soleil, mais tolère la mi-ombre, et semble indifférent à la qualité du sol, poussant presque aussi bien dans un sol sablonneux que dans un sol glaiseux ou loameux. Il est très longévif, pouvant rester au même endroit pendant 50 ans et plus. Enfin, il ne craint pas le froid et est solidement rustique (zone 2).

L’iris versicolore se multiplie le plus facilement par division à l’automne ou tôt au printemps. On peut aussi le multiplier par semences, mais à une condition: les graines doivent subir une longue période de froid avant de germer. Donc, vous pouvez les semer à l’extérieur à l’automne et elles germeront tout naturellement au printemps. Sinon, semez-les en pot puis scellez le pot dans un sac de plastique. Conservez-le au réfrigérateur pendant 120 jours, puis exposez-le à la lumière et à la chaleur et les graines germeront prestement.

Avec l’intérêt croissant des jardiniers pour les plantes indigènes, il est de plus en plus facile de trouver l’iris versicolore en jardinerie, notamment dans le rayon des plantes aquatiques. Si vous ne le trouvez pas, demandez aux responsables s’ils peuvent vous en commander, car il est facilement disponible chez plusieurs pépinières grossistes. Sinon, vous pouvez commander des plantes ou des semences de la Pépinière Aiglon Indigo (Canada) ou Iris Cayeux (France).

Bon succès avec vos iris versicolores et passez une agréable Saint-Jean-Baptiste!20180624A www.morningskygreenery.com

 

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10 réflexions sur “Cultivons l’emblème floral du Québec

  1. Pierre

    C’est une fleur superbe et resistante. Malheureusement, pas plus de 2 semaines de floraison chez moi. Helas, déjà fanée depuis plusieurs jours…

  2. Édith Lapointe

    Plus au nord, Lac-Bouchette, MRC du Domaine du Roi …à 25 km à l’ouest du Lac St-Jean la floraison est pile à temps … bonne St-Jean Baptiste à tous ….Édith, fille d’émigrant Irlandais.

  3. Jackie Giroux

    Ici à Sept-Îles, Nord-Est du QC, elle est en fleur pour la St-Jean, je l’adore. Mon commentaire, par contre, concerne un article précédent sur les protège gouttières. Je lis dans la Presse +, ce matin que l’inventeur du système couvrant totalement la gouttière, y a apporté un correctif afin d’éviter que les aiguilles de conifères ne bloque le passage de l’eau. Voir leur site Alu-Rex. L’inventeur est Stéphane Brochu de Lévis.
    Merci de vos conseils judicieux et Bonne Fête Québec 🇲🇶

  4. Andrée

    Chacune de vos chroniques nous apprend quelque chose de nouveau et d’utile. Celle-ci, c’est… une révélation! Très intéressant. Merci et bonne fête du Québec, cher Jardinier!

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