Site icon Jardinier paresseux

Voir les mauvaises herbes sous un angle environnemental

On a pris l’habitude de nommer «mauvaise herbe» une plante étrangère à la culture que nous faisons. Puisque c’est une plante non désirée, on la qualifie de «mauvaise», cependant est-elle si mauvaise en soi? Dans le domaine horticole et agronomique, on appelle ces plantes qui poussent là où on n’en veut pas des «adventices».

Sur le plan environnemental, il n’y a rien qui est laissé au hasard! Si une plante s’établit d’elle-même à un endroit donné, c’est qu’il y a une raison. Cette raison est d’ailleurs toujours la même; c’est qu’elle répond à une grande loi environnementale que je nomme «Les vêtements de la terre».

 Oxalide dressée (Oxalis stricta). Photo: Elias Tigiser

Les vêtements de la terre

La nature ne laisse jamais un sol à nu. Elle ne laissera pas non plus votre jardin sur la terre nue. La loi des «Vêtements de la terre » m’a fait comprendre que si je ne protège pas mon sol avec des végétaux de mon choix, la nature le fera inévitablement avec des végétaux de son choix, qui ne sont malheureusement pas ceux que je souhaite et qu’on nomme «mauvaises herbes». Alors, puis-je en vouloir à la nature d’effectuer son travail et de protéger sa terre comme elle le fait depuis des millénaires? Son objectif est simple: protéger l’écosystème du sol afin de permettre à ce sol de rester fertile pour que les végétaux puissent prospérer. La nature ne fait pas ça pour nous faire suer! Bien au contraire, elle nous montre ce qu’il faut faire pour garder un sol fertile afin que les végétaux qui s’y implantent soient autonomes.

Rien n’est laissé au hasard dans la nature! Autant les végétaux ont besoin d’une terre fertile pour bien pousser, autant la terre a besoin des végétaux pour rester fertile! N’est-ce pas là un bel exemple d’altruisme?

Assurance-sol

La nature a merveilleusement bien pourvu le sol d’innombrables semences qui n’attendent que l’ordre de germer là où il le faut et quand il le faut. Chaque saison, les plantes produisent des semences et les confient à la nature. Ces semences sont dispersées aléatoirement partout où le vent, la pluie, les oiseaux et autres animaux les portent. Une grande majorité de ces semences alimenteront les vies qui s’en nourrissent. Dans sa générosité, la nature en a produit amplement pour qu’il en reste pour germer là où il le faut et quand il le faut afin de répondre à la grande loi de protection des sols «Les vêtements de la terre» et ainsi assurer la pérennité des espèces qui en sont à l’origine.

Le plantain majeur est souvent considéré comme une mauvaise herbe.

Vues sous l’angle environnemental, les semences de «mauvaises herbes» sont donc une assurance protection de sol. Cependant, avoir une assurance ne veut pas dire qu’il faille l’utiliser à tout prix! On paie une assurance contre le feu pour notre maison, mais souhaitons-nous vraiment l’utiliser un jour? On espère que non! Alors on prend les moyens pour ne pas avoir à s’en servir. C’est la même chose concernant l’assurance protection de sol que sont lesdites mauvaises herbes!

En ne comprenant pas la loi des «Vêtements de la terre», on joue avec le feu! Le feu se déclare dans nos jardins et la nature doit se servir des semences et des végétaux qu’elle a de disponibles pour éteindre le feu, c’est-à-dire protéger l’écosystème du sol afin que la vie se continue.

S’affranchir du désherbage

C’est bien beau tout ça, cependant, que pouvons-nous faire contre cette loi immuable qu’est «Les vêtements de la terre»? D’abord, j’ai compris que se battre contre la nature est peine perdue. Travailler avec la nature et comprendre ses lois pour les mettre à notre avantage, ça, c’est gagnant! Voici donc, brièvement, comment je m’y prends pour m’harmoniser avec cette loi et m’affranchir de la tâche ardue qu’est le désherbage, et que je détaille dans mes livres.

Photo: PaulaConnelly de Getty Images Signature

D’abord, il faut différencier une mauvaise herbe déjà implantée d’une semence qui germe. Si l’espace que vous désirez cultiver est déjà occupé par des plantes vivaces, elles compétitionneront toujours avec vos plantations et auront même le dessus sur elles, car c’est le choix judicieux que la nature a pris pour protéger son sol. N’oubliez pas que le seul objectif de la nature est de protéger son sol le plus rapidement possible et de la façon la plus durable possible. Ce sont rarement les végétaux que nous choisissons qui peuvent le faire, du moins, au moment où on les implante.

Commencer sans «mauvaises herbes»

Il faut donc éliminer complètement les mauvaises herbes vivaces déjà implantées et voir à ce qu’elles ne puissent pas revenir dans l’espace de culture. Je vous propose ces deux gestes qui sont complémentaires et dans l’ordre d’exécution:

  1. Poser ce que je nomme des barrières verticales afin de bloquer les rhizomes des mauvaises herbes qui pourraient provenir de l’extérieur de la zone à cultiver;
  2. Pratiquer la méthode d’occultation sur la future surface à cultiver. Il faut 4 mois dans la saison de croissance pour que tous les rhizomes des mauvaises herbes soient morts. Les mauvaises herbes qui étaient une nuisance seront devenues du compost et l’écosystème du sol sera amélioré.
En coupant la lumière, la toile d’occultation empêche les plantes de faire la photosynthèse et permet donc de tuer les mauvaises herbes. Photo: Jardin Jasmin

Cette méthode est à la fois la plus simple, la plus efficace, la moins forçante et la plus durable. Si vous prenez le temps de bien faire ces deux étapes et si ce qui suit est bien fait, vous n’aurez plus jamais besoin de la répéter de toute la vie de votre jardin ou de votre plate-bande!

Continuer sans «mauvaises herbes»

Ayant éliminé les plantes indésirables qui étaient présentes, le sol sera à nu et la nature voudra à nouveau le protéger. Ce qui lui reste comme moyen, c’est son assurance protection de sol, toutes les semences présentes et à venir. C’est pour contrer cette germination massive qu’entre en jeu l’utilisation de paillis, car jamais vous ne pourrez implanter quoi que ce soit assez rapidement pour cacher le sol adéquatement avant que la nature s’en mêle. Que ce soit dans un potager ou un aménagement paysager, l’utilisation d’un paillis adéquat vous assurera un contrôle quasi total des adventices.

Paillis dans un potager

Depuis que j’ai compris cette grande loi et que j’ai adapté mes pratiques de jardinage en ce sens, fini les tâches de désherbage! De plus, avec l’utilisation de paillis adéquats, pas n’importe lesquels, j’obtiens encore plus de bénéfices avec moins d’effort!

De la paresse? Plus que ça! De la sagesse!

Quitter la version mobile