Avec le printemps qui s’en vient, il sera bientôt temps de pratiquer le sport préféré des jardiniers vraiment paresseux: la visite des jardins des autres. C’est vraiment le comble de la paresse: on profite des efforts d’autres jardiniers pour se remplir les yeux de belles images, sans avoir à tirer sur le moindre pissenlit. De plus, plutôt que d’avoir à se contenter d’un tout petit jardin, tout d’un coup, les jardins toutes catégories confondues sont à notre portée! De vastes jardins amoureusement bichonnés et entretenus de façon impeccable, comme on aimerait en avoir… si ça ne demandait pas tant de travail. Évidemment, je ne conseillerais jamais à un jardinier paresseux de faire une vaste roseraie ou un parterre à la française, mais si d’autres personnes sont assez travaillantes pour le faire, pourquoi ne pas en profiter?
Quels jardins visiter?
Les jardins publics
Il y a de nombreux de jardins à visiter! Il y a d’abord, bien sûr, les jardins publics. Non seulement les administrateurs de ces jardins ont-ils du personnel pour l’entretien (avez-vous déjà vu le directeur du Jardin botanique de Montréal arracher lui-même les pissenlits de la pelouse?), mais ils ont un budget pour remplacer les plantes perdues, de l’espace et de l’équipement pour essayer des plantes nouvelles ou difficiles.
Si vous ne connaissez pas de jardins publics, renseignez-vous au bureau de tourisme des régions que vous prévoyez visiter. Vous serez surpris de la quantité… et de la qualité.
Les jardins privés
Les jardiniers paresseux peuvent aussi visiter des jardins privés. Dans certaines régions, il y a une association locale (société d’horticulture, œuvre de bienfaisance, etc.) qui organise, tous les ans, des visites des plus beaux jardins privés des alentours. Comme il y a de tels «jardins» ouverts un peu partout dans les régions, vous pouvez facilement consacrer toutes vos fins de semaine, de la fin juin jusqu’en septembre, à les découvrir.
Les jardins semi-privés
Il y a aussi des jardins «semi-privés» qui sont régulièrement ouverts aux visiteurs. La plupart du temps, il s’agit de jardins très vastes avec beaucoup de plates-bandes plus ou moins naturalisées (des plates-bandes de paresseux?) où l’on peut se promener longtemps à la découverte des fleurs. Ces jardins tendent à n’être ouverts que certaines journées ou sur rendez-vous. Après tout, très souvent les propriétaires travaillent ailleurs et ne peuvent pas tout lâcher pour venir vous accueillir!
Il faut aussi savoir que de tels jardins (publics ou ouverts occasionnellement) existent partout à travers le monde (sauf en Antarctique). Où que vous soyez, il y a des gens qui jardinent et qui aiment ouvrir leur jardin au public. J’en sais quelque chose: annuellement, je passe environ deux mois (j’ai bien dit deux mois) à visiter des jardins de différents pays. Je peux vous l’assurer, c’est beaucoup moins compliqué que d’entretenir mon propre jardin. D’ailleurs, quelle bonne excuse: «Oui, je ferais bien un peu de ménage dans mes plates-bandes, mais, vous savez, je n’ai pas la chance d’être là pour m’en occuper!» Les gens y croient, à tel point que je ne me sens même pas coupable si mes delphiniums s’écrasent ou si mes roses trémières sont en phase terminale de rouille.
L’Association des petits jardins du Québec
Il y a aussi, au Québec, l’Association des petits jardins du Québec, qui réunit des propriétaires de petits jardins. Ces groupes font des visites des jardins des membres qui ne sont ouverts que sur invitation. Personnellement, mon terrain n’est pas tout à fait prêt pour recevoir des visiteurs (je n’en suis qu’au début de l’année 6 de mon plan d’aménagement établi sur 47 ans!), mais je promets de devenir membre et d’ouvrir mon jardin quand j’aurai enfin terminé… si vous me promettez de pousser mon fauteuil roulant, car je pense que j’en aurai besoin à ce moment-là.
Une nouvelle formule à développer!
Il y a quand même une formule de visite de jardins que je mijote: la visite-corvée.
L’idée n’est pas tout à fait au point, mais imaginez: votre plate-bande est tellement envahie de mauvaises herbes et d’arbustes surdimensionnés que vous ne savez plus où donner de la tête (comme je sympathise avec ce sentiment!), alors vous ouvrez votre jardin au grand public qui vient à votre rescousse pour désherber et tailler. Après tout, il y a un réel effet thérapeutique à arracher les mauvaises herbes (il s’agit de s’imaginer que chacune ressemble à votre patron, votre député…) et il y a tant de pauvres citadins sans jardins qui ne peuvent pas se défouler en déchirant leur patron en miettes… euh, les mauvaises herbes. En guise de remerciement, vous leur offrez… des infusions d’herbe aux goutteux (que les gentils visiteurs viennent tout juste d’arracher de vos plates-bandes) ou du vin de pissenlit? Quelque chose que, pour une fois, vous n’aurez aucune difficulté à produire en grande quantité.
Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans le journal Le Soleil en février 2000.
