Compostage avec des vers de terre

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Faire du vermicompostage à l’intérieur est facile. Photo: http://www.wormcompostinghq.com

Je sais que cela peut sembler dégoûtant pour certaines personnes, mais le vermicompostage ou lombricompostage (compostage avec les vers de terre) est une forme de compostage facile qu’on peut facilement faire à l’intérieur. Vous n’avez besoin de rien de plus qu’un bac, une poignée de vers (généralement, on emploie un petit ver subtropical connu sous le nom de ver du fumier [Eisenia fetida]) et de matières à composter, que vous produisez déjà amplement.

Les vers du fumier sont petits et rougeâtres. (Eisenia fetida). Photo: http://www.thebetterindia.com

Aussi, il vous faut un espace où vous pouvez placer votre bac, comme un sous-sol, un garage chauffé, un placard ou sous l’évier de la cuisine. La température ambiante de nos demeures convient parfaitement (les vers du fumier peuvent survivre à des températures de 4 à 27 °C, mais préfèrent des températures de 13 à 25 °C). Vous pouvez aussi faire du vermicompostage en plein air, mais, sauf sous les climats réellement très doux, seulement pendant les mois d’été.

Et les vers ne sont pas vraiment si dégoûtants, pas une fois que vous apprenez à les connaître.

Enfin non, le vermicompostage ne dégage pas de mauvaises odeurs. 

Commencer un bac de vermicompostage peut aussi être un excellent projet pour une école ou une garderie: avec un peu de direction, les enfants peuvent facilement gérer un bac de vermicompostage.

Démarrage facile

Rendons les choses les plus faciles possible. Achetez tout simplement un kit de démarrage chez un fournisseur local, peut-être un spécialiste en produits d’agriculture urbaine. Le nécessaire comprendra sans doute un bac de vermicompostage et environ 250 à 500 g de vers. Il n’en faut pas plus pour commencer.

Bien sûr, vous pourriez facilement fabriquer votre propre bac de vermicompostage à partir d’un contenant de rangement en plastique de type Rubbermaid que vous perceriez de trous, mais pourquoi compliquer les choses quand il existe des bacs à vers prêts à l’emploi? Si vous préférez faire tout vous-même, sachez il existe bien des modèles sur Internet que vous pourriez adapter à vos besoins. Ici, nous commencerons avec le bac tout prêt.

Un vermicomposteur tout simple: bac aéré, couvercle et plateau. Photo: kellyssustainablelife.com

Le modèle qu’on vous vend peut avoir bien des traits différents: rond, rectangulaire ou carré, au sol ou sur pattes, etc., mais cela importe peu. Essentiellement, il doit se composer d’un contenant, probablement en plastique, portant des trous de drainage (partie inférieure) et des trous d’aération (partie supérieure), un couvercle pour empêcher vos nouveaux petits amis de s’échapper et pour aider à maintenir une forte humidité ambiante et un plateau pour attraper le percolat (lixiat ou «jus de vers»), soit le surplus de liquide produit par le vermicompostage. Chaque modèle a sa propre façon de proposer ces trois choses.

Papier déchiqueté. Photo: http://www.thriftyfun.com

Vous aurez également besoin d’un bon approvisionnement en papier déchiqueté qui servira de litière. Peut-être avez-vous une déchiqueteuse domestique ou qu’il y en a une à votre bureau? Si oui, ayez toujours un sac ou deux de papier déchiqueté à la main. Ou déchirez du papier journal en lanières. Presque tout type de papier conviendra, mais il vaut mieux éviter le papier glacé. (Et enterrons un vieux mythe: non, l’encre des papiers recyclés n’est pas toxique!) Chaque fois que vous utilisez du papier déchiqueté, faites-le tremper quelques secondes dans de l’eau et égouttez-le, l’essorant un peu s’il le faut, avant de l’utiliser. Vous voudrez qu’il soit humide, mais pas détrempé.

Étape par étape

Le bac et les vers sont-ils arrivés? Voici quoi faire:

1. Placez le bac dans le plateau et retirez le couvercle.

2. Ajoutez environ 7 à 10 cm de papier déchiqueté humide au fond du bac.

3. Allez chercher deux bonnes poignées de terre de jardin (oui, prises dans un jardin extérieur) et mélangez-les à la litière. Elles contiendront des micro-organismes utiles ainsi que des particules de terre bénéfiques pour la digestion des vers.

4. Ajoutez les vers à la litière. Ils se placeront au bon niveau tous seuls.

5. Remettez le couvercle et laissez vos vers s’installer dans leur nouvelle demeure.

6. Après environ 24 heures, lorsque les vers se sont mieux acclimatés au changement, il sera temps de les nourrir pour la première fois. Il suffit d’enterrer des restes de nourriture sous la literie. Ne vous inquiétez pas: ils les trouveront!

7. Remettez le couvercle en place et laissez vos vers se nourrir. Ils vont bientôt consommer les restes que vous avez ajoutés et les transformer en compost.

Nourrir la horde 

Certaines personnes nourrissent leurs vers tous les jours, mais les petits lombrics ont alors tendance à s’en tenir aux choses les plus faciles à digérer et à ignorer les articles les plus difficiles. Il est généralement préférable de stocker vos restes pendant quelques jours et de nourrir les vers environ une fois par semaine.

Ill.: exploreecology.org

Vous pouvez donner aux vers des restes de légumes et de fruits, du marc et des filtres de café, des céréales, des sachets de thé (mais pas de sachets en plastique!), du pain, etc. Les mauvaises herbes du jardin sont également très bien et les vers consommeront également du papier. Évitez simplement la viande et les autres produits d’origine animale, y compris le lait, sauf les coquilles d’œuf rincées et bien broyées. On dit souvent de ne pas leur donner des restes d’ail ou d’oignon ou des pelures d’agrume, mais en fait, on peut le faire si on limite les quantités, et surtout, si on les coupe en très petits morceaux.

Faites un smoothie de vos restes de cuisine! Photo: internewscast.com

Et justement, hachez tous les déchets finement, si possible. (J’avais l’habitude de mettre les restes dans un vieux mélangeur [mixeur] laissé sur le comptoir de la cuisine toute la semaine et qui servait alors de bac d’entreposage, puis de l’allumer, réduisant les restes presque en bouillie, avant l’alimentation hebdomadaire.)

Avec un plantoir, une truelle ou une cuiller, creusez un trou dans la litière et déposez-y les restes. Quelle quantité utiliser? Probablement plus que vous ne pensez! Les vers peuvent consommer jusqu’à leur propre poids en déchets de cuisine par jour, mais peuvent survivre avec beaucoup moins aussi. La population augmentera ou se contractera selon la quantité disponible, tout simplement. (Les vers peuvent vivre 3 ou 4 ans, mais se reproduisent constamment et quand un ver meurt… eh bien, les autres le «recyclent»!)

Finissez par couvrir la surface laissée exposée avec du papier déchiqueté humide frais (ce qui éloignera les moucherons indésirables) et remettez le couvercle. Maintenant, rincez votre contenant d’entreposage de déchets alimentaires… et recommencez à accumuler d’autres déchets en vue du prochain «repas».

Comment récolter vos dividendes

Tel que mentionné, du percolat (jus de vers), un liquide brunâtre, se formera sous le bac avec le temps. Vous pouvez retirer le plateau et verser le liquide riche en nutriments dans un arrosoir. (Certains modèles de composteurs ont un robinet qui permet une récolte plus facile.) Dilué dans 2 à 5 parties d’eau, ce percolat peut alors servir d’engrais liquide pour le jardin ou les plantes d’intérieur.

Au fil du temps, le bac commencera à se remplir de compost sous la litière de papier déchiqueté (qui vous renouvèlerez au besoin) et lorsqu’il est environ à moitié plein, il est temps de songer à le récolter. 

Parfois, il reste quelques vers dans le compost récolté que vous pouvez remettre dans le composteur. Photo: rodaleinstitute.org

Il y a plusieurs façons de récolter le compost sans vider le composteur de ses vers, mais la plus facile est tout simplement de nourrir les vers d’un seul côté du bac pendant environ 10 à 14 jours. L’accès à la nourriture les attirera vers ce côté, vous permettant de récolter du compost sans vers de l’autre côté. Ensuite, faites la même chose en changeant de côté pour la prochaine récolte.

Utilisez le compost produit dans votre jardin, sur votre pelouse, mélangez-le dans du terreau, etc. Il est très riche et certainement le meilleur compost que vous produirez à la maison. D’ailleurs, il est de meilleure qualité que la plupart des composts vendus sur le marché!

Et les moucherons?

Les mouches du vinaigre (mouches à fruits) et les mouches du terreau (sciarides) adorent les bacs de vermicompostage et s’y installeront si vous leur donnez une chance. C’est pourquoi il est important de toujours recouvrir les matières en décomposition d’une couche de papier déchiqueté chaque fois que vous exposez une section à l’air, que ce soit en y ajoutant de nouveaux matériaux ou en prélevant du compost. Cette couche de papier crée un obstacle que les mouches ne peuvent franchir.

Le vermicompostage: si simple à faire et, de plus, il vous donne un approvisionnement régulier du meilleur compost en ville! Qu’attendez-vous pour en fabriquer?

Le vermicompost au bureau dans le plus grand secret

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Il y a environ 25 ans, je travaillais non pas chez moi comme aujourd’hui, mais dans un bureau à l’extérieur. Il n’y avait pas de bac à compost dans l’édifice et pourtant, il y avait beaucoup de matériaux qui pouvaient être compostés. Alors, j’ai discrètement installé un bac de vermicompostage sous mon bureau. Et cela a fonctionné à merveille!

J’ai utilisé de petits vers choisis spécifiquement pour le compostage à l’intérieur, soit des vers rouges (Eisenia fetida). Quant au bac, je l’ai fabriqué à partir d’une boîte de rangement en plastique de type Rubbermaid en perçant des trous dans le fond. Avec un deuxième couvercle sous le bac pour récolter tout liquide en excès, c’était un habitat fort convenable pour les petits grouillards.

J’ai surtout nourri les vers de restes de nourriture de mes repas du midi (trognons de pomme, épluchures, etc.), de marc de café moulu venant de la machine à café du bureau et de feuilles mortes et d’autres résidus des nombreuses plantes que j’avais apportées au bureau. Quant à la litière, dont les vers vivent, j’ai tout simplement utilisé du papier déchiqueté pour la créer: un produit abondant, car il y avait une déchiqueteuse dans le bureau.

À peu près tous les 4 ou 5 mois, j’allais au bureau un week-end quand il n’y avait personne pour me surveiller et faisais un triage grossier, séparant de mon mieux les vers du compost, puis rajoutant une litière fraîche au bac. Quant au compost, encore tout chaud et sentant le bon humus, je le rapportais à la maison pour utilisation dans mon jardin et dans le terreau de mes plantes d’intérieur. Je peux vous assurer que les plantes adorent le vermicompost! À mon avis, c’est le meilleur compost qui existe!

Un secret pas assez bien gardé

Il est facile de cacher un vermicomposteur sous un bureau. Photo: http://www.lowes.ca, montage: jardinierparesseux.com

Bien sûr, je gardais cette activité secrète. Je suis à peu près sûr que si les autres employés avaient su que je faisais du compost sous mon bureau, quelqu’un s’en serait plaint. Et de toute façon, le composteur était si facile à cacher: il ressemblait à une boîte de rangement comme on en voit tant, le genre de boîte que quelqu’un aurait pu placer sous son bureau pour conserver quelques dossiers. D’ailleurs, je suis certain qu’il y avait des bacs similaires sous d’autres bureaux, mais probablement sans vers.

Ce régime a duré environ deux ans. Je suis sûr que j’aurais pu continuer beaucoup plus longtemps, mais un imprévu a rapidement mis fin au projet.

C’est que j’ai réussi à négocier un accord qui me permettrait de travailler à partir de mon domicile plutôt qu’au bureau. De toute façon, le bureau était encombré et avoir un employé de moins pour occuper de l’espace était considéré comme une bénédiction. De plus, j’ai toujours réussi à accomplir beaucoup plus quand je travaillais à domicile: il y a tellement moins de dérangements!

Il y avait juste un hic.

J’ai parlé trop vite!

Voyez-vous, la seule autre personne au monde qui savait qu’il y avait un bac de vermicompostage sous mon bureau était ma femme. Je lui en avais parlé brièvement et d’ailleurs, seulement une fois, mais elle n’apprécie pas les petites créatures grouillantes et ainsi n’avait pas montré le moindre enthousiasme pour le projet. D’ailleurs, j’étais convaincu qu’elle avait tout oublié. 

Un refus catégorique: les vers ne sont pas les bienvenus chez nous! Illus.: drawception.com & www.schoolrecycling.net, montage: jardinierparesseux.com

Cependant, quand je lui ai annoncé que j’avais négocié une façon de travailler à partir de chez nous, la première chose qu’elle a dite, avant même de me féliciter d’avoir obtenu l’entente, était: «Eh bien, reviens à la maison travailler si tu veux, mais ces maudits vers resteront au bureau! Il n’est pas question de rapporter ces bestioles dégoûtantes à la maison!». J’ai eu beau protester, en promettant de les garder hors de vue dans le sous-sol, mais ce fut en vain. Elle n’avait aucunement l’intention de bouger. Pour elle, les vers vivaient dehors, pas dans la maison.

J’ai facilement trouvé un nouveau chez-soi pour mes vers. Une amie de mon jardin communautaire les a pris en main. Elle est décédée il y a quelques années, mais je crois que sa fille s’en occupe encore.

Mais c’est dommage que je ne puisse plus fabriquer de ce fameux compost, car j’aurais assez de place pour un bac à compost ou deux sous mon bureau actuel. Et, je le répète, le vermicompost est le meilleur additif qui soit pour les sols de jardin. Mais ma femme demeure catégorique: aucun ver ne sera jamais autorisé à pénétrer dans la maison.

La morale de cette histoire est de ne jamais rien dire à votre conjoint, surtout si cela implique des vers.